Changer de lunettes pour changer la ville ?
Entre ruptures et mots-valises
Vous avez dit " ville durable " ? Premier terme de la
confrontation
Second terme : un sous-système urbain méconnu
Le titre même de nos journées m'inspire une remarque liminaire. Il pourrait en effet sembler opposer écologie urbaine et développement durable, envoyer la première aux oubliettes des objets usagés et poser le second en nouvel idéal, un idéal de substitution supplémentaire en somme, apparemment destiné à conjurer l'échec d'un précurseur. Comme le disait une BD des années 1970 du mouvement des mineurs de fond : " Votre mouvement ayant échoué, vous êtes priés de passer en salle de désintégration. ".
[R] Entre ruptures et mots-valises
Je ne pense pourtant pas qu'il y ait une rupture entre les approches nourries
- mais bien peu mises en uvre - par une discipline scientifique neuve,
mais une discipline quand même, et relativement autonome, l'écologie
des milieux urbains, et celles qui visent à concevoir les villes dans
la perspective d'un développement durable. Autrement dit : " Ville
durable et écologie urbaine, même combat ! ".
Mais ces projets n'occupent pas la même place sur un échiquier
particulièrement vaste depuis le Rapport " Brundtland " (validé
par l'assemblée générale des Nations unies en 1987 et
édité en français, mais au Québec, sous le titre
Notre avenir à tous, par Les Éditions du Fleuve, en
1989) et l'Agenda 21, programme adopté en juin 1992 par les gouvernements
assemblés à Rio de Janeiro, lors de la Conférence des
Nations unies sur l'environnement et le développement, " pour encourager
le développement durable et écologiquement rationnel dans tous
les pays " : la nécessaire transformation de nos conceptions
industrialo-occidentales du développement des sociétés.
Il y a, d'un côté, un projet de connaissance et, de l'autre,
un objectif de société. Que l'un et l'autre se nourrissent,
que les besoins de recherche convergent et que l'exigence de pratiques
interdisciplinaires pour l'une, désectorialisées pour l'autre,
présente des analogies et des familiarités n'autorise en aucune
façon de les confondre. L'écologie urbaine, comme projet, et
le développement durable, comme objectif, ne sont donc ni substituables,
ni opposables, sauf à les considérer comme ces mots-valises
jetables dont la techno-société française est friande
tant ils permettent de camoufler une inertie foncière.
Deuxièmement, si, comme je le pense, rupture il y a, elle se situe
un peu avant, à la fin de la période des Trente Glorieuses
durant laquelle la ville était encore conçue, au-delà
du geste démiurgique originel, comme une série de fonctions
s'excluant les unes les autres et comme un ensemble clos de machineries
juxtaposées
- quand bien même elle était déjà pensée,
mais a posteriori, comme un tout quasi dématérialisé
et exclusivement signifiant par certains sociologues (cf M. Castells,
1972. La question urbaine. F. Maspero, Paris, 450 p.) - et lorsqu'elle
était régie par des outils sectoriels.
Cette période n'est pas close. Elle s'achève lentement. Je
ne pense pas que la majorité des urbanistes, des architectes et des
édiles urbains aient fait une révolution analogue à
celle que le monde rural (est-ce parce qu'il est dans une situation politique
difficile ?) vit depuis quelques années, en consacrant jusque dans
une loi (la loi d'orientation agricole du 9 juillet 1999 - n°99-574)
la multifonctionnalité de l'espace agricole et rural (à tout
point de l'espace correspondent plusieurs fonctions et utilités
articulées, ensemble variable d'un point à l'autre) et en acceptant
de concevoir, certes un peu contraint, la multifonctionnalité - le
tripode économique, social et environnemental - de l'agriculture
elle-même. Combien de plans d'occupation des sols (POS) sans même
les courbes de niveau et combien, encore, de projets dits de haute qualité
environnementale (HQE) sans même une description succincte de leurs
milieux d'insertion. Pour le sens commun, la friche urbaine n'est qu'une
" dent creuse " à combler au plus vite de béton et de bitume
; d'ailleurs, elle apparaît, sur les cartes et les plans, parée
de la blancheur virginale des terrae incognitae vides.
Un peu comme un chirurgien qui ignorerait l'anatomie, l'ingénierie
urbaine intervient encore trop souvent sur la ville sans en connaître
ni les formes, ni les milieux, ni un bon nombre de mécanismes.
Quant aux aménageurs publics ou privés, ils ont bien du mal
à passer, en matière d'aménagement du territoire, de
la collection des schémas d'objectifs sectoriels concurrents (autoroutes,
réseaux ferrés, liaisons aériennes ou fluviales
)
à des schémas de services collectifs plus intégrés
(espaces naturels et ruraux, par exemple) prévus par la loi d'orientation
pour l'aménagement et le développement du territoire du 4
février 1995 (n°95-115) et confirmés par la loi
d'aménagement et de développement durable du territoire du
25 juin 1999 (n°99-533) et à se faire, par exemple, à
l'idée d'intermodalité dans les transports.
Donc, chacun à leur manière et à côté d'autres
tentatives, le projet de la ville durable et celui de l'écologie urbaine
contribuent à marquer cette rupture et à la dépasser.
L'écologie urbaine est seulement apparue au grand jour un peu plus
tôt, à la fin des années 1970. Le projet de ville durable,
un peu plus tard, à la fin des années 1980, juste avant la
consécration conjuratoire, mais malheureusement vaine, de la
Conférence des Nations unies sur l'environnement et le
développement.
Il ne s'agit donc pas d'abandonner la première pour passer à
la seconde sauf à prendre tout cela pour des modes passagères,
des habillages conjoncturels ou des arguties de communication calés
sur les rythmes électoraux ou la succession, parfois
accélérée, parfois trop lente, de ministres ou de directeurs
d'administration centrale en mal de slogans frais. Et, il y a entre les deux,
complémentarité et continuité.
Enfin et troisièmement, ne tombons pas dans le piège
technocratico-politique. L'écologie, quel que soit le milieu auquel
elle s'intéresse - rural, naturel ou urbain -, est une discipline
scientifique de l'ordre du descriptif et de l'explicatif qui, une fois
constituée et combinée avec d'autres savoirs, peut
éventuellement enrichir des technologies et des méthodes -
des ingénieries, donc - utilisables pour l'aménagement et la
gestion des milieux. En tout cas, ce n'est sûrement pas en soi un corps
de règles et de normes techniques directement opérationnelles.
Cette confusion, fréquente chez les politiques et les techniciens
(cf dans les politiques successives du ministère de
l'Environnement, le glissement des " Protocoles d'environnement urbain "
de 1983 aux " Chartes d'écologie urbaine " qui ont leur ont
été substituées depuis) et suggérée par
certains scientifiques (rappelons-nous, en 1992, pendant la Conférence
de Rio, l'Appel de Heidelberg - cf P. Legrand, 1992. Le quiproquo
de Heidelberg. Le Courrier de la cellule environnement de l'INRA,
17, 57-61), n'est que l'avatar larvé et techniciste d'un positivisme
étroit, pendant apparemment respectable et académique de la
deep ecology.
Laissons donc l'écologie urbaine à sa place
- projet de connaissances de l'ordre du scientifique sur les milieux urbains
- et laissons-lui le temps de se constituer avant de la mettre à toutes
les sauces des angoisses existentielles d'élus et de techniciens
tétanisés par l'échec de l'urbanisme de la Cité
radieuse.
Après ces amuse-neurones, passons aux choses sérieuses.
Encore que, pour qui écoute entre les lignes, tout ait déjà
été presque dit.
Oui, il faut penser différemment le technique !
Je réponds sans aucun doute par l'affirmative à la question
qu'il nous est proposé de discuter cet après-midi : " Faut-il
de nouvelles façons de penser le technique ? ". Oui, il faut de nouvelles
façons de penser le technique. Incidemment, et Natures Sciences
Sociétés est bien placée pour le constater, je rappellerai
que ces nouvelles problématiques issues du projet de développement
durable imposent aussi de nouvelles façons de " penser le scientifique
", et pas seulement les concepts et les méthodes mais aussi les
organisations, les structures et leurs règles de fonctionnement. Le
parallèle mériterait d'être poursuivi et profondément
exploré, tant la question est devenue lancinante pour les institutions
de recherche.
Pour donner corps à cette affirmation et tenter de convaincre, je
suis parti de deux références, l'une abstraite et politique
et l'autre concrète et technique, que j'ai fait converger.
[R] Vous avez dit " ville durable " ? Premier terme de la confrontation
D'une part, j'ai repris en la complétant (compléments entre
crochets) un peu la définition qu'a donnée de la " ville durable
" - raccourci pour " ville adaptée à un développement
durable " (il y a des villes qui durent et qui, paradoxalement, ne sont pas
durables
Et, d'ailleurs, la ville doit-elle durer pour être conforme
à un projet de développement durable ? Le développement
durable ne serait-il pas à la fois contre-intuitif et contre-inductif
?) -, la Commission française du développement durable, en
1996 (cf Contribution au débat national, Rapport 1996,
Eléments de bilan, p. 108) :
" La 'ville durable' est une agglomération [i.e. un établissement
humain dense, selon la terminologie de l'Agenda 21] dont le fonctionnement
social, biophysique [et écologique], les projets et l'évolution
s'inscrivent dans les perspectives ouvertes par le développement
durable.
C'est donc une ville :
- dont les habitants disposent des moyens d'agir pour qu'elle soit
organisée et fonctionne dans des conditions politiques, institutionnelles
sociales et culturelles, satisfaisantes et équitable pour tous (ce
que l'on pourrait appeler les conditions de citoyenneté) ;
- dont [le système], son fonctionnement et sa dynamique satisfont
à des objectifs de [pérennité] de conditions biologiques
satisfaisantes [pour la vie humaine], de [maintien d'un haut degré
de biodiversité] et de qualité des milieux, et de limitation
des consommations (ce que l'on pourrait appeler les conditions
d'égalité écologique) ;
- qui ne compromet ni le renouvellement des ressources naturelles alentour,
ni le fonctionnement, les relations et les dynamiques des écosystèmes
micro régionaux englobants, ni, enfin, les grands équilibres
régionaux et planétaires indispensables au développement
durable des autres communautés (ce que l'on pourrait appeler les
conditions d'égalité planétaires) ;
- et qui s'attache à préserver les capacités de survie
et les potentialités de choix des générations futures
(ce que l'on pourrait appeler les conditions d'égalité ou
d'équité différées). "
Cette définition est bien sûr imparfaite, en devenir. J'ai cependant
la faiblesse de préférer les concepts flous qui excitent la
réflexion aux concepts aboutis, en général
épuisés, trompeurs et sclérosants.
Il y manque, peut-être, une référence aux conditions
d'équilibre du réseau des villes, une autre à leur
hinterland social et économique. Et ceux qui pensent encore
qu'environnement et écosystèmes ne sont pas des concepts
bio-culturels, n'excluant pas l'Homme, croiront que " les petites fleurs
et les petits oiseaux " y ont la part belle.
Mais c'est un point de repère suffisant et déjà
discriminant. Si je pose la question de la place des habitants et de leurs
moyens d'agir, si je pose celle des rapports du POS à la zone inondable,
au bassin versant et à la rivière, je constate vite que cette
capacité discriminante est efficace pour évaluer les politiques
urbaines concrètes comme les modèles d'ingénierie ou
d'organisation. Elle permet même d'annoncer quelques catastrophes ou
dysfonctionnements.
[R] Second terme : un sous-système urbain méconnu
D'autre part, en second lieu, je me suis donné comme autre point de
repère un outil cartographique analytique du tissu végétal
urbain, le Cadastre vertâ, que nous avons mis au point et utilisé,
Christian Garnier, Emmanuel Guille, Alain Radureau et moi, au milieu des
années 1970, dans un petit bureau d'études environnementales,
Eco-Projet (cf E. Guille, P. Legrand, A. Radureau, 1978. Villes,
végétations et Cadastre vert. Métropolis, 32,
44-48).
C'est un système de cartographie fine, " populaire " (c'est-à-dire
qui peut être mise en uvre sans compétence particulière
par la population, au travers d'associations de base, par exemple),
évolutive et capable d'intégrer des données floues et
incomplètes, qui décrit non pas les espaces verts mais la
physionomie de toutes les végétations, quelles qu'elles soient,
présentes dans le tissu urbain. Nous l'avions conçu parce que
nous constations l'inefficacité et même la contre-performance
des outils d'analyse traditionnels qui produisent une représentation,
certes conforme aux canons de l'urbanisme mais trompeuse, d'une
réalité urbaine observable et vécue dont ils font
disparaître des pans entiers.
Les études que nous avons conduites ensuite sur ce système
des végétations urbaines ont permis d'approcher quelques dimensions
de la durabilité d'une ville : auto-reproductibilité et
complexité des systèmes écologiques, rôles dans
les micro- et macro-cycles écologiques, multifonctionnalité
et souplesse des usages, connectivité avec d'autres milieux et d'autres
éléments ou ressources (eaux, faune, sols, par exemple), haut
degré de biodiversité, etc.
Je me suis ensuite posé la question suivante : quels
présupposés, quels concepts et quels outils de l'urbanisme
traditionnel, cette approche remet-elle en cause ?
[R] Conceptions et ingénieries ne résistent pas à la mise en perspective
En premier lieu, et très généralement, une pareille
approche repose sur l'idée que la ville est un écosystème
et que cet écosystème, dans une certaine mesure autonome par
rapport aux dimensions sociales, est un objet légitime de savoirs.
Contrairement à ce que pensait M. Castells (op. cit.,
p.164), la ville n'est pas un amas de " formes sociales particulières
" et bâtir une " théorie spécifique de l'espace " urbain
est envisageable. Cela ne tombe pas sous le sens et c'est même encore
parfois contrebattu.
Et l'urbanisme fut longtemps fondé - de la République de Platon
à la Cité radieuse de Le Corbusier - sur des idéologies
plutôt que sur des savoirs. On voit encore les ravages d'une conception
d'artefact absolu et technique dans les concours d'urbanisme ou d'architecture,
comme " Les Esquisses vertes " (organisé par l'ARENE, agence
régionale pour l'environnement et l'énergie d'Île-de-France)
qui, cette année 2000, ne proposaient pas un seul projet de réelle
haute qualité environnementale. D'ailleurs, souvent, avant la ville,
la terre est vierge, plate et sans histoire, pensent encore bien des
urbanistes
Pourtant, à l'analyse et sur la base de la représentation qu'en
donne le Cadastre vert, il apparaît que la répartition des
végétations urbaines dans les tissus urbains répond
plus à des lois statistiques de répartition aléatoire
(comme à Fives-Lille, dans le Nord ; cf P. Legrand, 1981. Les
accidents structurels et la végétation urbaine - mémoire
de diplôme d'architecte DPLG. École d'architecture de Paris-La
Villette, Paris, 1981, 168 p. + ann.) de la famille de celles qu'on identifie
en milieu rural qu'à des règles de composition urbanistiques,
fonctionnalistes ou esthétiques, qui, d'ailleurs, ignorent purement
et simplement certains composants essentiels de ces végétations
(la micro-agriculture urbaine ou les friches, par exemple, mais aussi certains
végétaux spontanés).
Ensuite, cette approche a montré l'incompatibilité entre ce
système urbain et toute une série d'outils conceptuels ou
opérationnels de la planification et de l'aménagement urbain
:
- le zonage spatial et la monofonctionnalité face aux
multifonctionnalités évolutives et aux systèmes aux
limites floues (la ville recèle, par exemple et comme les milieux
ruraux et naturels, d'écotones - zones de transition riches et complexes)
;
- la notion d'espace vert, réductrice, esthétisante et
artificialisante face à un système complexe, aléatoire
et, dans une large mesure, autonome et à haut degré de
biodiversité : le tissu végétal urbain ;
- les indicateurs quantitatifs simplistes (le mètre carré d'espace
vert par habitant, par exemple) face à la complexité et à
la variabilité des composants, des formes, des utilités, des
usages et des références sociales et culturelles ;
- des catégories de végétaux adaptés, par exemple,
aux standards de l'horticulture et à un entretien à forte pression
anthropique face à des écosystèmes spécifiques
et hétérogènes et à une biodiversité
végétale étendue (et inattendue
Pour s'en convaincre,
cf B. Lizet, A.-E. Wolf et J. Celecia (éd.), 1997. Sauvages
dans la ville. De l'inventaire naturaliste à l'écologie urbaine.
Hommage à Paul Jovet. JATBA, 1997, 34(2), 607 p.) et à
ses capacités d'accueil pour des faunes sauvages, par exemple ;
- des techniques de représentation et de projection qui ne permettent
de rendre compte ou, encore moins, de concevoir ni le flou et la complexité
intrinsèques à ces systèmes, ni l'imbrication
bâti/végétal, ni la fragmentation, ni l'"épaisseur
" stratigraphique du système, ni ses dimensions aléatoires,
ni ses dynamiques propres, etc. ;
- des méthodes de programmation, de conception et d'entretien qui,
en général, acceptent mal que le citoyen (incompétent,
dit-on) s'approprie des représentations et des projets et, encore
moins, y trouve les moyens de contrebalancer le pouvoir des techniciens,
des technocrates et, même parfois, des élus ;- etc.
Autrement dit, un bon nombre des caractéristiques urbaines accessibles
par l'observation ou par les analyses menées sur la base d'une
hypothèse théorique globale (" La ville comme un
écosystème ") sont niées par les conceptions de la ville
et les ingénieries qui prédominent actuellement : la
diversité, l'imbrication, la fragmentation, l'aléatoire, les
cinétiques et la multiplicité des intervenants, par
exemple
Pourtant, ce système urbain répond bien aux critères
de durabilité avancés par la définition de la Commission
française du développement durable. Reprenez-en les quatre
paragraphes-cribles. Je pourrais, pour le montrer concrètement, vous
renvoyer à l'analyse des fonctions, des corrélations et des
utilités des environ 80 ha de micro-agriculture urbaine répartis
sur les 350 ha de la ville de Châteaubriant (Loire-Atlantique ; cf
P. Legrand, 1982. Cadastre vert. Analyse de l'Atlas des
végétations urbaines de Châteaubriant : les secteurs
nord-est et central. Ville de Châteaubriant/École nationale
des ponts et chaussées - CERGRENE, 54 p. + ann.) comme à d'autres
travaux sur Rennes, Lille, Nantes, Nancy (cf Chr. Garnier et P. Legrand,
1997. Le Cadastre Vert, Méthodologie, Bilan d'une expérience
et perspectives de recherches. JATBA, 34(2), 373-393).
D'ailleurs, même la Food and Agriculture Organisation (FAO) commence,
par exemple, à s'intéresser à cette même
micro-agriculture urbaine interstitielle dans les agglomérations des
Pays en voie de développement (cf Questions relatives à
l'agriculture urbaine. Organisation mondiale pour l'alimentation et
l'agriculture, Le Courrier de l'environnement de l'INRA, 36, 107-108).
Et, en France et en Europe, des ingénieries alternatives se
développent, comme la gestion différenciée des espaces
verts sur l'initiative de certains corps techniques ou de certaines
municipalités (cf, par exemple, Vers la gestion
différenciée des Espaces verts. Actes du Colloque de
Strasbourg - 24-26 octobre 1994. CNFPT et IVF, 1995, 231 p., ou la tentative
encore modeste de la haute qualité environnementale - HQE).
Il me faut conclure.
J'espère vous avoir montré que la problématique du
développement durable appliquée à la ville imposait
un changement radical des paradigmes conceptuels qui ont actuellement cours,
quand on pense la ville, et de leur traduction en termes d'ingénierie,
et que ce changement, qui est amorcé sans être encore
définitif tant les résistances sont fortes, s'appuie, notamment,
sur une écologie urbaine elle-même en devenir.
Pour finir de vous convaincre, sachez que le programme Man and Biosphere
de l'UNESCO se pose actuellement et très sérieusement la question
de constituer de réserves de biosphère urbaines.
Tout cela n'est pas étonnant. Paul Jovet (cf J.-M. Drouin,
1997. Paul Jovet : Les concepts de l'écologie végétale
à l'épreuve de la ville. JATBA, 34(2), 75-89) avait
déjà montré, il y a un bon demi-siècle, que les
plantes messicoles pourchassées en Île-de-France trouvaient
refuge dans Paris même.
Et n'importe quel jardinier amateur sait que, derrière ses poireaux
et ses carottes et même dans un jardin de sous-préfecture, il
y a des valeurs culturelles, peut-être un projet de culture biologique,
des utilités économiques, du paysage, des faunes, un coin en
désordre, un sol, un climat, des échanges et des interactions
biologiques, des rapports à l'eau, d'autres, matériels ou
immatériels, avec ses voisins, d'autres encore avec des amis, quelques
inimitiés parfois, des outils, des pratiques, des firmes agrochimiques
et des jardineries, des associations locales ou nationales, et bien d'autres
choses encore qui font que la vie est la vie.
Adresse aux Pairs : ceci a l'odeur d'une communication
scientifique, ça en a l'allure, même, ça en a le goût,
peut-être. Mais, ça n'en est pas une
tout en en ayant
la prétention. Ce fut prononcé pour une réunion de
débat, ouverte. Ça s'adresse peut-être aussi aux
impairs
Mais, sans aucun doute, ça n'arrive pas à la cheville de Georges
Perec, maître de l'imitation délectable des textes scientifiques
(Cantatrix sopranica L. et autres écrits scientifiques. La
Librairie du XXe siècle, Seuil, 1991, 118 p.).
Pourtant ville et chanteuse soprano sont de bien beaux objets pour la recherche
scientifique