
Les invasions biologiques
Une préoccupation récente
Mais enfin, où est le problème ?
Construire un consensus
Légitimer nos actes
Encadré : Les Cinq-à-sept®
Le sujet de cette séance du 18 juin
2002 :" Ôte-toi de là
que je my
mette ! Chroniques dinvasions ".
En 1996, 25% des espèces de mammifères et 11% des espèces
doiseaux étaient menacées dextinction. Et les
introductions sont lune des causes principales de
laccélération récente de lérosion
de la biodiversité.
La régulation de cette guerre des espèces fait dautant
plus partie des objectifs des politiques de préservation de la
diversité biologique que lhomme et ses activités tiennent
une place déterminante dans la crise.
Ecologie, biologie de la conservation, biogéographie,
génétiques diverses, anthropologie, ethnologie
sont
convoquées ; économie, médecine, droit, sociologie,
philosophie, éthique, sémantique, politique et géopolitique
sinvitent. La divergence des intérêts, lurgence
de laction et lampleur des incertitudes en font tant un terrain
de conflits quun champ privilégié pour lanticipation
et la précaution.
Le flou des définitions, la duplicité du vocabulaire, la
diversité des problématiques, limportance des enjeux
économiques et lambiguïté des politiques rendent
laction délicate.
Quelles conceptions de la biodiversité et de lécologie,
quels projets pour la biosphère et le monde vivant sous-tendent
actuellement laction publique, notamment en France ? Sur quelles
conceptions générales, quelles problématiques et quelles
références scientifiques fonder des actions politiques explicites
et cohérentes ? Le cas des vertébrés est-il un
cas particulier ?
Comme on le sait, le concept de biodiversité est très récent,
puisqu'il a été consacré au Sommet de la Terre de Rio
de Janeiro, en 1992. Mais c'est dès 1985 qu'Edward O. Wilson posa
la question de l'accélération du rythme de l'extinction des
espèces. Dans ce processus, à coté de la destruction
des habitats et des ressources alimentaires des espèces vivantes,
les invasions biologiques jouent un rôle majeur et, là aussi,
l'homme y prend une part considérable.
Dans le langage courant, " invasion " possède une connotation
plutôt négative : il n'est pas neutre d'employer ce terme
au lieu de " dissémination ". On sous-entend ainsi qu'une
espèce envahissante (" invasive ") est nuisible. Mais, au
sens le plus large, une invasion correspond seulement à
l'élargissement de l'aire géographique de répartition
d'une espèce. Elle peut être spontanée (nous connaissons
bien le cas de la Tourterelle turque
(1)), sub-spontanée par mise en contact de
milieux jusqu'alors étrangers (par exemple lors du creusement du canal
de Suez ou de Panamá), ou bien fortuite, accidentelle ou volontaire.
Ces processus sont connus de longue date (Darwin déjà en faisait
état), le problème est qu'ils s'accélèrent depuis
quelques années, essentiellement du fait de l'homme.
Il est certain que l'homme, de tout temps, a joué un rôle
important : ainsi estime-t-on que près de deux cents espèces
d'oiseaux ont disparu depuis 4 000 ans dans les îles du Pacifique,
après leur peuplement par les Polynésiens. Aujourd'hui sont
incriminés, entre autres choses, le développement des transports,
la vogue de la jardinerie et des animaux de compagnie et bien sûr
l'agriculture et l'élevage.
On nous rappelle la règle dite des dix pour cent
(2) : l'observation montre que, sur cent tentatives
d'introduction, dix réussissent et que, sur cent tentatives
réussies, dix s'avèrent dommageables. Les problèmes
posés peuvent toucher la santé ou la sécurité
publique (exemple des termites) ou, plus largement, l'ensemble des
écosystèmes par banalisation du milieu. L'évaluation
économique des conséquences de ces invasions n'est pas aisée
à réaliser : une première estimation effectuée
en 1993 par l'Office dévaluation des technologies américain
(Office of Technology Assessment - OTA) évoquait une perte de 97 milliards
de dollars, infligée à l'économie de ce pays ;
depuis lors, cette somme s'est progressivement et substantiellement accrue.
Il est bien évident que c'est une évaluation très
grossière, car elle ne prend pas tout en compte, ne serait-ce, a
contrario, que l'augmentation du produit intérieur brut
résultant de l'activité d'éradication de ces
nuisances (c'est l'exemple, en France, de la lutte contre le
Ragondin (3)) !
Ces faits reconnus, quelques questions se posent. Questions qui intéressent
les chercheurs : ce sujet est-il de nature scientifique ou
pré-scientifique ? Si la probabilité d'incidences
fâcheuses est voisine de 1% (10% de 10%), quelle est la
prédictibilité de la nuisance d'une espèce
envahissante ? Peut-on en anticiper les dégâts ? Questions
de nature plus politique qui peuvent se résumer ainsi : vaut-il
mieux prévenir ou guérir ? Prévenir, à l'instar
des états (anglo-saxons, en particulier) qui procèdent à
des contrôles draconiens aux frontières ? La politique
française instaurée en 1992 est-elle satisfaisante ? Qui
doit avoir la responsabilité opérationnelle de cette
politique ? Position extrême, on peut estimer que ces processus
sont irréversibles et que, quoi qu'on fasse, on ne peut pas s'y
opposer.
Prévenir ? Ce n'est pas aussi simple qu'il y paraît. La
façon de prendre en charge cette exigence dépend notamment
des conditions de l'invasion, suivant qu'elle est due à des causes
accidentelles, à des erreurs humaines (caulerpe
(4)), à des comportements humains inconséquents
(Grenouille-taureau
(5)), à des agissements guidés par
la recherche du profit (Tortue de Floride
(6) ,
écrevisses
(7))
La prévention suppose l'information
et l'éducation, ainsi que la réglementation et le contrôle.
Guérir ? C'est d'autant plus difficile à réaliser
que la décision tarde à être prise. Cela pose en effet
des problèmes techniques (que faire et comment faire ?) et
économiques (qui paie ?). Ce n'est pas toujours aussi simple
qu'il y paraît, ne serait-ce que parce que les scientifiques
eux-mêmes ne sont pas toujours d'accord sur l'évaluation des
risques et sur les méthodes à employer pour y
remédier : le cas de la caulerpe est particulièrement
exemplaire ; de même, il n'y a pas consensus sur la nuisibilité
de l'ibis (8) à l'égard
des colonies d'aigrettes. Des obstacles inattendus se manifestent parfois,
comme des plaintes déposées devant l'OMC pour entrave à
la liberté du commerce, lorsqu'on veut limiter l'introduction
d'espèces que l'on estime, à tort ou à raison, susceptibles
de nous porter préjudice (cas de la tortue). Le débat doit
être posé devant la Convention sur la diversité biologique.
[R] Mais enfin, où est le problème ?
Après tout, si la préoccupation est récente, le
problème posé n'est pas nouveau. et, hormis quelques cas
particuliers, comme celui du lapin en Australie ou des invasions de rats
sur des îles plus ou moins désertes, qui s'en souciait ?
Savoir que la Corse a depuis longtemps perdu, du fait de l'homme, toutes
ses espèces autochtones, ne dérange personne. Tout au contraire,
introduire de nouvelles plantes, de nouveaux animaux d'outre-mer en Europe,
ou dans le sens inverse, fut considéré depuis trois ou quatre
siècles comme uvre utile, comme action civilisatrice :
il s'agissait en quelque sorte, en acclimatant des espèces exotiques,
de reconstituer sur la terre la diversité du mythique jardin d'Eden.
D'où la vogue des jardins botaniques et des jardins d'acclimatation.
Loin de constituer un appauvrissement de la diversité biologique,
pareilles actions pouvaient au contraire passer pour un enrichissement. Observons
d'ailleurs que la quasi totalité des plantes alimentaires cultivées
chez nous ne sont pas d'origine autochtone. On assiste donc en ce domaine
à un renversement des valeurs et des objectifs.
Pour minimiser le problème, on fera également observer que
l'action humaine sur la biosphère ne date pas d'hier. Aujourd'hui,
animaux et plantes sont pour la plupart adaptés à la compagnie
de l'homme et à ses pratiques. L'homme a lui même contribué
à remodeler le monde vivant, directement par la sélection ou
indirectement par l'adaptation des êtres vivants aux modifications
du milieu qu'il a provoquées. L'exemple des plantes messicoles est
particulièrement frappant : voilà des végétaux
dont le cycle végétatif s'est finalement calqué sur
le calendrier des pratiques culturales humaines. On ne peut qu'admirer
l'adaptabilité et la plasticité du vivant : n'est-il pas
capable de supporter toute perturbation ? La crainte du changement
proviendrait-elle du vieux fond conservateur de l'être humain ?
Quand bien même il n'existe plus rien de " naturel " sur
cette planète, pour beaucoup d'entre nous " l'état de
nature " est lié au souvenir d'un passé relativement
récent qu'on voudrait préserver. C'est là le mythe du
" bon vieux temps ".
D'autre part, la vieille distinction, que l'on apprenait sur les bancs de
l'école, entre espèces utiles et espèces nuisibles n'est
pas aussi simple qu'il y paraît
(9) : qu'est-ce donc qu'une espèce
nuisible ? Telle qui sera considérée comme nuisible à
tel moment de l'histoire pourra s'avérer utile en d'autres temps.
Enfin, pour des raisons pas toujours bien explicables, telle introduction
de réputés nuisibles pourra se voir cantonnée et
modérée dans ses incidences néfastes. Dans d'autres
circonstances, au contraire, des espèces importées deviennent
brutalement envahissantes : c'est l'exemple de la Fourmi
manioc (10)en Guadeloupe,
qui, après le cyclone de 1995, a commencé à mettre en
péril les dernières fougères arborescentes de la forêt
primaire. On évoque également le cas de
l'Achatine
(11), gros escargot parasite dans les Antilles.
En fait, l'élément nouveau - chacun s'accorde sur ce
point - est le fait que le phénomène s'est
singulièrement accéléré à notre époque.
Par exemple, il y a eu le même taux d'introduction de vertébrés
en Nouvelle-Calédonie entre 1950 et 1990 qu'entre -800 et 1950 !
Une évolution qui se mesurait en millénaires se produit maintenant
à l'échelle du siècle ou du demi-siècle. Les
écosystèmes n'ont pas le temps de s'adapter, les équilibres
ne peuvent plus se réaliser. Par ailleurs, les invasions se
répandant de proche en proche, chaque espèce entraînait
dans son sillage ses propres prédateurs, facteurs
d'équilibre ; ce n'est plus le cas maintenant. Les conséquences
de cette accélération sont totalement imprévisibles.
On connaît mal les conditions des équilibres biologiques et
encore plus mal les conséquences des ruptures de ces équilibres.
Une seule certitude demeure, c'est l'observation de l'appauvrissement actuel
de la biodiversité. Si l'on se réfère à la
règle des 10%, on pourrait demeurer optimiste : 1% de
probabilité de nuisances ce n'est pas statistiquement considérable.
En fait, l'impact écologique et économique de ces nuisances
ne se mesure pas à cette échelle, car toutes les invasions
n'ont pas le même impact : l'invasion de l'Australie par le Lapin
de garenne est restée mémorable.
Quelle que puisse être l'opinion qu'on se fait de la question, une
certitude réunit tous les intervenants du débat : on ne
peux rester sans agir. Mais sur quelles bases ? On convient qu'il se
pose, en France en tout cas, un réel problème d'expertise
scientifique et de décision politique. L'étendue des connaissances
qui seraient nécessaires à l'expertise est
considérable ; dans les faits, elle est fragile, évolutive
et inégale (très variable selon les problèmes qui se
présentent). Une des difficultés, parmi d'autres, réside
dans le fait qu'il est difficile d'avoir une parfaite conscience diachronique
d'un processus invasif ; on ne sait pas toujours quand et comment il
a débuté. Quant à la législation française
actuelle, elle paraît timide : on évoque bien sûr
la " loi Barnier " (du 2 février 1995), mais dépourvue
de textes d'application opérationnels, elle est d'une bien faible
utilité. Il faudrait pour le moins s'accorder sur les critères
à prendre en compte pour la mise en application du fameux " principe
de précaution " et, d'abord, sur des questions de
définition (qu'est-ce qu'une espèce envahissante ?),
de seuils (seuils sociaux ou économiques au-dessus desquels une
espèce animale incriminée pose de réels problèmes),
de méthodes (prospective et gestion de flux) et de garde-fous.
Les Australiens (qui dans le passé ont commis bien des erreurs) ont
aujourd'hui développé une démarche
intéressante : pour éviter d'importer des organismes qui
pourraient avoir des incidences négatives chez eux, ils se livrent
à des expérimentations préalables
chez les autres.
On cite les essais qu'ils ont réalisés à Hawaï
et la recherche en coopération internationale qu'ils ont lancée
à Montpellier dans le cadre d'une unité du CSIRO (Commonwealth
scientific and industrial research organization). L'avantage de cette approche
est qu'elle permet de poser les bonnes questions et de déterminer
une liste a priori des critères sensibles à prendre
en compte.
Il ne suffit donc pas de disposer d'experts d'un haut niveau de compétence
dans leurs domaines, ce qui est le cas en France, dans la tradition du
Muséum. Il ne suffit pas de multiplier les échanges scientifiques
nationaux et internationaux. Encore faut-il construire le questionnement
scientifique, organiser les connaissances, favoriser la discussion et la
confrontation. On doit sortir de l'enfermement des débats d'initiés.
C'est à ces conditions qu'il est possible de proposer aux décideurs
des éléments en appui à leurs indispensables choix
politiques. Il ne semble pas qu'actuellement les conditions requises pour
cette confrontation soient tout à fait réunies.
Une autre difficulté est inhérente à notre
société contemporaine. La pression de la demande sociale et
des intérêts économiques tendent à favoriser ce
processus de dissémination invasive. C'est, en particulier, l'effet
néfaste d'un certain exotisme qui conduit à introduire, sans
réflexion ni précaution, des animaux et des végétaux
sortis de leur niche d'origine. Nouveaux animaux de compagnie dont on se
débarrasse dès qu'ils deviennent gênants (tortue de Floride),
plantes ornementales envahissantes (herbe de la pampa), nouvelles tendances
de l'urbanisme (arbres exotiques dans les espaces verts municipaux,
" trouées vertes " mettant en contact des
écosystèmes disjoints)
C'est là une autre forme
de cette mondialisation dont il est tant question de nos jours. Tout comme
l'autre mondialisation, cette " mondialisation biologique " comporte
de redoutables périls. Imaginons seulement ce qu'il résultera
peut-être un jour de pareilles invasions d'OGM.
S'il n'est pas aussi évident qu'on pourrait le penser d'aboutir à
un consensus sur cette affaire, cela provient sans nul doute d'une question
de légitimité. De quel droit, au nom de qui et pour quoi l'homme
doit-il intervenir ? Qu'est-ce qui lui permet de juger ce qui bon et
ce qui est mauvais ? Dans quel sens est-il légitimé à
agir ? Y a-t-il des limites à ses initiatives ? Avant d'obtenir
la réponse au " comment ? ", il faut déjà
se demander " pourquoi ? ". Ces questions nous concernent
tous et ne doivent pas être réservées aux scientifiques,
aux politiques, pas plus qu'aux épistémologues, aux moralistes
ou aux philosophes. Si l'on veut que ces questions ne soient pas sans
réponse, tout citoyen doit pouvoir être partie prenante au
débat : celui qui va vider son aquarium dans une mare d'eau comme
celui qui manipule la bombe insecticide pour exterminer le moustique qui
perturbe son sommeil. Chacun d'entre nous est investi d'un pouvoir de
démiurge, décidant de ce qui peut croître et se multiplier
et de ce qui doit végéter ou périr. Savons-nous pour
autant l'utiliser avec discernement ?
Sans aller très loin dans cette réflexion, interrogeons-nous
tout simplement sur nos motivations profondes : en quoi et pourquoi
l'invasion (ou, au contraire, la disparition) de telle plante ou de tel animal
nous concerne-t-elle, autrement que pour des raisons affectives,
économiques ou sanitaires ? En quoi la disparition de la forêt
amazonienne peut-elle bien nous préoccuper ? D'autant plus que
les divers experts sont souvent partagés sur les conséquences
qui en résulteraient. En quoi sommes-nous dérangés par
la disparition de quelque 10 000 espèces vivantes par an, s'il
faut en croire E. O. Wilson ? Selon lui, l'histoire de la vie a connu
cinq crises d'extinction massive dues à des phénomènes
naturels (météorites, volcanisme, dérive des
continents
). L'homme s'apprêterait à provoquer la
sixième. Préoccupant certes, mais d'aucuns pourraient lui retourner
ses propres arguments : si le phénomène vital a pu, tel
un phénix, surmonter de tels cataclysmes et renaître, pourquoi
n'aurait-il pas suffisamment de ressources pour en surmonter un nouveau.
La Vie peut-être ? mais l'Homme ? sera-t-il le dinosaure,
la victime expiatoire d'une nouvelle fin des temps ?
Arrêtons là ce questionnement volontairement schématique
pour constater que sur ces interrogations les réponses de nos concitoyens
sont loin d'être unanimes. La conscience de l'importance de la
biodiversité n'en est qu'à ses débuts. Il y a, d'un
coté, les optimistes, ceux qui font confiance soit aux
propriétés homéostatiques de la Nature, capable de
s'autoréguler elle-même, soit à la modération
de l'homme, soit à la science pour réparer les conséquences
des préjudices causés. Il y a, d'un autre coté, les
prudents, ceux qui voudraient tout conserver en l'état sous prétexte
que même si l'on ne sait pas à quoi servent les choses elles
pourront toujours servir un jour (cela fait partie de l'argumentation de
Wilson). Et puis il y a la masse des indifférents.
Comment, à partir de positions aussi tranchées, est-il possible
d'aboutir un jour à un consensus ? N'y a-t-il aucune valeur
supérieure (pour ne pas dire transcendante) que nous pourrions partager
en commun et qui nous guiderait dans la réflexion et pour l'action
sur une question qui, à première vue, semble relever de simples
questions d'intendance (que faut-il permettre, que faut-il interdire, comment
éradiquer, etc. ?). Mais c'est là une autre question qui
dépasse le thème de ce " pince-neurones ".
Les Cinq-à-sept® de la mission Environnement-Société réunissent, entre 17 et 19 heures, en nos locaux, un peu dans la bibliothèque, un peu dans le stagiairarium, trente à quarante individus de tous horizons (invités expressément une semaine avant), assis plus ou moins confortablement pour écouter deux exposés introductifs brefs puis passer, toujours sous la houlette (légère) de Patrick Legrand, à une discussion libre mais ordonnée, en veillant à conserver pour d'autres occasions langue de bois et messages convenus. Pierre Marsal écoute et prend des notes pour sa chronique (exemples ci-dessous) où il tentera de restituer l'agitation neuronale de ces cent-vingt minutes ; il n'y citera personne pour conforter la liberté des débats. Puis, à 19 heures, les participants se lèvent et se laissent servir le " vin de ME&S ", blanc et frais, qui, tout en ramenant leurs axones, dendrites et synapses à une température moindre, leur inspire visiblement des sujets de débats complémentaires et supplémentaires. Les plus passionnés finissent (leur discussion) sur le trottoir.
Précédentes chroniques : - La Bataille de La Villette (Courrier n° 36) ; - Mériter la confiance du consommateur et du citoyen ; - OGM, essais et désir de transparence (Courrier n° 37) ; - Les experts et la vache folle (Courrier n° 39); - Les OGM, une technologie totalitaire ? (Courrier n° 44). Les textes sont en ligne à www.inra.fr/dpenv/cinqasept.htm.
(1) Aucun oiseau n'a présenté
un phénomène d'expansion naturelle aussi important que la
Tourterelle turque, Streptopelia decaocto. Limitée au début
du XXe siècle à la Turquie et aux Balkans, elle
a commencé à déferler sur l'Europe à partir des
années 1930, atteignant la Belgique et l'Alsace en 1950, l'Écosse
en 1957. [VU]
(2) À
tort ou à raison, les spécialistes de la biodiversité
aiment beaucoup les pourcentages qui frappent l'imagination. Le même
Wilson, cité plus haut, a par exemple fait remarquer que
réduire la superficie initiale d'une
réserve de 90 % entraîne la disparition de 50 % des espèces
présentes.
[VU]
(3) Myocastor
coypus, gros rongeur aquatique, a été introduit pour sa
fourrure à la fin du XIXe siècle. Cest un
ravageur redoutable des digues et des cultures. Cuisiné, il a goût
de lapin [VU]
(4) Dans le Dossier
de lenvironnement n°19, Lutte biologique II, Alexandre
Meinesz traite de cette algue envahissante dans " La lutte biologique
contre les espèces introduites envahissantes en milieu marin "
(en ligne à www.inra.fr/dpenv/meined19.htm).
[VU]
(5) Originaire
de l'Est des États-Unis, Rana catesbeiana a été
introduite dans de nombreux pays où elle menace la biodiversité
des zones humides (étangs, lacs, marais...). Elle est en expansion
dans le Sud-Ouest de la France depuis son introduction en 1968. Cest
un prédateur nocturne, très vorace.
[VU]
(6) Trachemys
scripta, importée en grand nombre pour les aquariophiles, se retrouve
dans les milieux naturels du fait des propriétaires qui sen
débarrassent. Elle y concurrence les tortues
autochtones.
[VU]
(7) On (re)lira
Laurent P.J., 1990. Point sur les risques engendrés par l'introduction
intempestive de l'écrevisse rouge des marais de Louisiane. Courrier
de la Cellule environnement de lINRA, 11,
7-10.
[VU]
(8)
Échappé dune volière, lIbis sacré
(Threshkiornis aethiopica) est maintenant installé dans
lOuest de la France.
[VU]
(9) à
(re) lire sur ce sujet Lambert S., 1999. Animaux utiles et nuisibles dans
les livres scolaires. Courrier de lenvironnement, 38, 23-40
(en ligne à
www.inra.fr/dpenv/lambec38.htm).
[VU]
(10) Cet
Hyménoptère Formicidé sud-américain, coupeur
de feuilles et champignoniste, a été introduit aux Antilles
au milieu du XXe siècle. Longtemps ravageur agricole,
Acromyrmex octospinosus a récemment envahi la forêt à
la faveur des chemins quon y a tracés et y menace, notamment,
des fougères arborescentes endémiques.
[VU]
(11) Achatina
fulca, originaire dAfrique de lEst, a été
importée aux Mascareignes par les premiers colons, soucieux de disposer
descargots à cuisiner. Les transports de troupe de la Seconde
Guerre mondiale lont répandue partout dans le Pacifique. Vers
1980, le mollusque ennemi des plantes cultivées est en Martinique
et en Guadeloupe. Il ny provoque pour linstant pas de catastrophe
mais fait lobjet dune surveillance attentive.
[VU]
[R]