Sujet :
Humanisme, biotechnologie et éthique de la science
Contribution initiale de
Pietro Rotili
Istituto Sperimentale per le Colture Foraggere - Lodi
Humanisme du IIe millénaire
Biotechnologie: apports et limites
Humanisme du IIIe millénaire
Présentation par Pierre Guy
Du même auteur dans le Courrier : Rotili P., 2001. L'avenir
des biotechnologies. CE, 42, 83-89. (L)
Contributions au débat et interventions
"Sujet" : ouvrage participatif auquel un premier texte sert d'amorce et que construisent progressivement les textes livrés par les lecteurs, spontanément ou suite à une sollicitation, et qui pourra prendre la forme d'un Dossier. Tout internaute devant cette page peut proposer sa contribution. Contact : Pierre Guy.
1. Biotechnologie et morale (Pietro Rotili) (2002)
2. OGM : Une question d'humanité (Albert Rouet) (2002)
3. Biotechnologie - Humanisme / Éthique / Société (Alain Deshayes) (2002)
4. Vers un nouvel humanisme (Pierre Marsal)
(2002)
5. Intervention de Guy Paillotin (2002)
6. Annotations de Michel Desprez (2003)
7. Remarques et questions de Georges Levesque sur la contibution de P. Marsal (2003)
[R] Humanisme du IIe millénaire
Introduction
Combien de pauvres y a-t-il sur la Terre? Sur cette planète qui par
rapport à l'Univers est plus petite qu'un atome. Cette Terre qui devient
toujours plus petite au fur et à mesure que la technologie avance.
Au troisième millénaire notre Terre deviendra-t-elle une grande
maison dans laquelle tous les habitants vivront comme des frères?
Teilhard de Chardin, grand savant et prêtre, aurait répondu
affirmativement.
L' ONU a sûrement le chiffre des pauvres de la Terre, mais il n'y a
pas besoin de cette estimation; il suffit de lire les journaux pour comprendre
qu'il s'agit de quelques centaines de millions.
Le XXème siècle est appelé le "siècle
bref" par Hobsbawn à cause du nombre d'événemets importants
qui, l'un après l'autre, ont donné l'impression que le temps
ait raccourci. Pour qui le temps est-il passé rapidement? Sûrement
pas pour les pauvres de la Terre. Pour l'Europe l'expression "siècle
bref" est bien valable.
Les deux grandes guerres, la guerre d'Espagne, la révolution bolchevique,
le nazisme, le fascisme, l'implosion de l'empire bolchevique, le triomphe
du capitalisme, sont les faits principaux en même temps que la destruction
de six millions d'hébreux dans les camps de concentration nazistes.
On a écrit que le capitalisme a battu le communisme : mais quel
communisme? Il s'agissait d'un régime policier qui se résume
dans le nom du Chef : Stalinisme. En fait, le stalinisme a été
une déviation du phylum du socialisme. Et l'Histoire condamne les
déviations : nazisme et fascisme, déviations, cette fois-ci
du phylum du capitalisme.
Il faut constater la progression impétueuse de la Nouvelle Economie.
Les politiciens se flattent de résoudre avec cet instrument nouveau
les problèmes du chômage. La Nouvelle Economie obéit
à la même règle que la Vieille Economie, c'est à
dire à la règle de base du capitalisme : compétition
et profit.
Cette règle produit richesse mais aussi chômage et donc
misère. Le mot d'ordre du capitalisme est de produire côute
que côute. Produire pour qui ? Pour les populations qui appartiennent
aux pays producteurs. Il s'agit d'un cercle infernal qui porte les pays riches
à devenir toujours plus riches. De quoi ? De services, d'instruments
pour communiquer, etc. Comment les pays riches peuvent-ils penser aux pays
pauvres, s'ils n'arrivent pas à éliminer les zones de chômage
à l'intérieur de leurs propres pays ? En deux cent cinquante
ans le capitalisme a montré que ces défauts sont inhérents
à son système. Il est intéressant de remarquer que ceux
qui conduisent l'économie mondiale appartiennent à peu près
pour 80% à la religion chrétienne. La compétition
capitaliste les empèche de penser que les habitants des pays riches
nagent déjà dans le superflu. Pourquoi ajouter au superflu
d'autre superflu ?
En plus, il faut constater le triomphalisme de la science biologique dans
le domaine de la génomique humaine et du clonage humain. Il semble
que demain, ou après demain au maximum, tous les problèmes
seront résolus dans ce secteur. On a l'impression d'assister à
la course vers l'or comme dans les films western.
Pourquoi l'Europe chrétienne a-t-elle été le théatre
de nombreuses guerres et de révolutions non seulement au "siècle
bref" mais aussi aux siècles précédents ? La
prédication de Jésus et de frère François d'Assises
n'a servi à rien. Pourquoi? La réponse que je me suis donné
est la suivante: la religion est un abri individuel, une sorte de détente.
Dans la vie sociale d'autres valeurs comptent qui sont le corollaire de la
règle base du capitalisme, c'est à dire la compétition
et le profit. D'ailleurs, pour la conquête des marchés on lutte
durement, bien que sans canons et sans bombes.
Le vieil Humanisme, au moins aux origines, fut un mouvement culturel tout
italien et se plaça entre la moitié du XIVème
siècle et la moitié du XVème siècle
; mouvement qui aboutit à la Renaissance.
L' Humanisme est l'exaltation de ces activités intellectuelles qui,
s'opposant à la subordination de l'humain au divin, indiquent l'Homme
comme la fin irrenonçable de tout savoir. Conception tout à
fait nouvelle car elle met en discussion les valeurs de la tradition
chrétienne. Pétrarque fut le premier à avoir claire
conscience que les textes classiques reproposaient une conception
différente non seulement de la littérature mais de l'histoire
et de la civilisation. Pic de la Mirandole peut être considéré
comme emblème de la polémique contre la dépréciation
médiévale de la condition humaine. La conception de base de
l'Humanisme est que l'Homme est libre auteur et constructeur de lui-
même.
Le vieil Humanisme était limité à l'Italie et après
à quelques pays européens. Il intéressait un petit nombre
de grands intellectuels qui ont renouvelé la culture italienne. La
renaissance a été la conséquence de l'Humanisme.
Le nouvel Humanisme dont on parle et à propos duquel on écrit
peut-il être égal au vieil Humanisme?
La Terre est devenue petite à cause de la télévision
et des autres instruments de communication. On parle tant de globalisation
et on fait tant de polémiques. Mais la globalisation existe
déjà, il suffit de suivre sur les journaux le cours des Bourses
les plus importantes de la Terre. La globalisation a mis en évidence
les inégalités économiques énormes entre les
peuples et les inégalités féroces surtout vis à
vis des femmes. On lit en effet que plus d'un milliard de femmes vivent dans
la misère et les mauvais traitements. C'est affreux de voir à
la télévision comment les femmes sont cachées au pays
des Talibans. L'Humanisme nouveau ne peut pas éviter de prendre position
sur les aspects moraux de l'existence sur notre planète, religieux
ou laïques ; il ne peut pas éviter de traiter des conséquences
de la science biotechnologique soit sur le plan moral soit sur le plan social
; il ne peut pas ne pas tenir compte des comportements de l'Homme vis à
vis de l'environnement; il ne peut pas taire les différences qui existent
dans le domaine de la Connaissance.
L'Humanisme du 3ème millénaire doit pouvoir
répondre aux questions suivantes :
1) Quel rôle aura la science biologique (génétique et
biotechnologique) dans la vie des hommes ?
2) Les préceptes des religions demeureront-ils les mêmes ?
3) La culture humaniste continuera-t-elle à ignorer la culture
scientifique et viceversa ?
4) Le modèle de l'Homme sur lequel les philosophes raisonnent aujourd'hui
demeurera-t-il le même ?
5) La Connaissance demeurera-t-elle l' apanage des castes intellectuelles
?
6) La globalisation éliminera-t-elle le racisme ?
7) Sera-t-il possible de construire un Humanisme intégral pour tous
les habitants de la Terre ?
8) L'Evolution biologique (darwinienne) de l'Homme continuera-t-elle ?
9) Dans quelle direction ira l'Evolution des caractères culturels
acquis (lamarkienne) ?
10) Sur quelles valeurs se basera l'Humanisme intégral ?
11) L'égalisation totale entre homme et femme chez toutes les populations
de la Terre se réalisera-t-elle ?
12) L'Occident renoncera-t-il à son pouvoir sur la Terre ou fera-t-il
comme Samson avec les Philistins ?
L'Humanisme de Watson
James Watson, prix Nobel avec Crick pour la découverte de la double
hélice de l'ADN, a été invité en France en 1995
au Colloque sur la propriété intellectuelle dans le domaine
du vivant. La conférence choisie par Watson avait pour titre
"Biotechnologie et Humanisme". Watson a ouvert son exposé en citant
la définition du mot Humanisme contenu dans le vocabulaire anglais
que je reporte: "un système de pensées et d'actions où
les intérêts, les valeurs et la dignité de l'Homme sont
de première importance"
La biotechnologie, soutient Watson, "interagit avec l'Humanisme en promouvant
les intérêts humains en nous faisant plus sains et
libérés des afflictions qui ont affecté les êtres
humains à travers les siècles". Toujours selon Watson, la figure
dominante dès aujourd'hui et pour des milliers d'années, sera
Darwin et non le Christ ou Mahomet, car Darwin a attiré l'attention
sur ce que nous sommes et a montré que les êtres humains sont
un produit de l'Évolution et non pas le produit d'un programme
dessiné par une puissance surnaturelle.
D'après Watson le nouvel Humanisme est fondé sur la science
biologique. Il faut enseigner la biologie et surtout la génétique
pour que la société puisse venir à l'aide des savants
lorsque des problèmes naissent, délicats, non du point de vue
moral, mais de celui de l'utilité pour l'espèce humaine.
Pour Watson, la morale en ce qui concerne la biotechnologie se situe dans
l'utilité pour les êtres humains. Dans le passage concernant
Jésus, Mahomet et Darwin, Watson raisonne comme si tous les êtres
humains lui étaient égaux ainsi qu'aux savants qui basent leur
vie seulement sur la Raison. Après les instincts, la triade de l'Homme
est : Sentiment, Raison et Volonté. Si l'on met de coté (en
sommeil) le Sentiment, l'Être humain devient un robot. Le Sentiment
d'amour, de haine, de fraternité, d'amitié, le Sentiment religieux,
le Sentiment du sacré, sont des constituants fondamentaux de la
personnalité humaine. Où se trouve alors l'Humanisme ? Watson
évidemment pensait à l'Occident et à la caste
intellectuelle.
Il n'est plus temps de parler d'Humanisme en regardant seulement l'Occident.
La Terre va devenir une grande famille. Lorsque l'Humanisme italien éclata,
l'Amérique n'avait pas encore été découverte.
Les religions du troisième millénaire : Moïse et Mahomet
ont laissé des codes moraux suivis par Israël et l'Islam. Ces
codes résisteront-ils à l'avancée du progrès
technologique ? Le millénaire est long et l'impensable peut arriver.
Il suffit de se tourner en arrière et de réfléchir sur
ce qu'il est arrivé sur la Terre et surtout en Occident. Aujourd'hui
et demain les peuples de l'Occident voyageront à une vitesse
exponentielle.
Un autre discours concerne la religion chrétienne. Dans les
Évangiles il n'y a ni préceptes moraux, ni dogmes. Tout cela
est venu ensuite, issu des administrateurs du Siège du Vatican. Quelle
sorte de changements peut-on envisager pour la religion chrétienne
? un retour à l'Évangile.
L'Humanisme de Monod
Monod, prix Nobel de génétique avec Lwow et Jacob,dans conclusion
du livre "Le hasard et la nécessité" parle de "Éthique
de la Connaissance". Cette recette devrait libérer les êtres
humains des angoisses: "
Nous sommes les descendants de ces hommes.
C'est par eux que nous avons probablement hérité l'exigence
d'une explication, l'angoisse qui nous oblige à chercher la signification
de l'existence. Angoisse créatrice de tous les mythes, de toutes les
religions, de toutes les philosophies, et de la science même". Quels
êtres humains? La moitié du monde lutte contre la faim, la
misère et la maladie. Monod parle aux élites intellectuelles.
Mais ces êtres privilegiés ne sont pas angoissés par
défaut de Connaissance, car ils savent que l'Homme ne pourra jamais
arriver à tout connaître.
Monod aussi privilégie chez l'Être humain la Raison. Mais un
Humanisme Nouveau devrait embrasser toutes les valeurs qui enrichissent
l'être humain: Sentiment, Raison et Volonté. On reproche à
la doctrine chrétienne de privilégier le Sentiment d'amour
envers notre prochain, et pour cette raison la religion chrétienne
est la plus difficile à pratiquer. Chez la société humaine
les types déterminés génétiquement pour l'amour
vers le prochain sont très très peu nombreux.
La proposition de Monod concernant l'Éthique de la Connaissance doît
être considérée comme l'un des piliers de l'Humanisme
intégral. Il y a quelques dizaines d'années les classes sociales
coïncidaient avec les classes culturelles, aujourd'hui cette liaison
s'est brisée et nous avons des familles très riches mais totalement
ignorantes.
L'Humanisme de Edwin Schrödinger
Dans le livre de Edwin Schrödinger "Science et Humanisme" on lit, sur
la couverture, "La science comme effort humain pour comprendre la condition
humaine". Dans la phrase du physicien, prix Nobel, est contenue toute sa
pensée sur les rapports entre Science et Humanisme. Il constate que
l'éducation scientifique est incroyablement absente dans tous les
pays de la Terre. Il constate que "la majorité des gens cultivés
ne s'intéressent pas à la science et ne se rendent pas compte
que les connaissances scientifiques font partie du substrat idéal
de la vie humaine". Si Schrödinger avait vécu aujourd'hui il
aurait constaté que les gens, pas seulement le peuple-masse, voient
la science comme pourvoyeuse de produits technologiques qui ont enrichi et
facilité la vie des populations de l'Occident.
En 1959 C.P.Snow a tenu une conférence à Cambridge dont le
titre était "Les deux cultures". Le sujet suscita dans tout le monde
de vifs débats. Le texte de la conférence fut publié
chez Feltrinelli avec une introduction de Ludovico Geymonat. Le mérite
de Snow fut de porter l'attention des savants sur un point très important
de la culture occidentale, c'est à dire la séparation des deux
cultures : humaniste et scientifique.
Il faut souligner que la fracture entre les deux cultures en Italie était
plus profonde que chez les autres nations européennes. La cause en
était dans le monopole culturel de l'idéalisme de Benedetto
Croce, qui niait toute valeur cognitive à la science. Même Gramsci
dans les écrits sur la Science acceptait la position crocienne. Pour
franchir la fracture profonde entre le monde de la culture humaniste et celui
de la culture scientifique il faut travailler sur les structures de
l'école. La révolution scientifique est porteuse de progès
économique et social : prolongement de la vie, abolition pour l'Occident
de la faim et de la mortalité enfantine. Lorsque le crocianisme dominait
en Italie, on a vu les succès les plus importants dans la Connaissance
de l'Univers et de la matière : Einstein, Plank, Bohr, Schrödinger,
Fermi, Joliot Curie et Enzeberger qui a découvert le principe
d'indétermination chez le monde infiniment petit de la
matière.
Qu'a-t-on a fait en Italie après cette époque de discussions
? Rien. Tout est resté comme auparavant. On n'a pas eu le courage
d'intégrer les deux cultures non seulement dans les écoles
secondaires mais dans les Universités mêmes, où
ç'eût été plus simple. Par exemple : dans les
facultés de sciences humaines, insérer dans les programmes
la génétique et l'étude de l'évolution, et dans
les programmes des facultés scientifiques insérer l'histoire
de la philosophie et la philosophie des sciences. De cette façon on
comblerait le fossé entre les deux cultures.
Dans la préface à l'édition anglaise de la "Logique
de la découverte scientifique" Popper éclaircit d'une façon
définitive sa position philosophique. "Par contre je suis convaincu
qu'il existe au moins un problème scientifique auquel tous les hommes
dédiés à la pensée sont intéressés.
C'est le problème de la cosmologie. Le problème de comprendre
le monde, y compris nous mêmes et notre Connaissance, en tant que partie
du monde. Je suis convaincu que toute la science touche la cosmologie, et
pour moi l'intérêt, tant de la philosophie que de la science,
est uniquement dans les contributions que ces deux disciplines ont porté
à ce problème".
Est-ce qu'au 3ème millénaire nous arriverons à
un point où le peuple-masse sera abruti par les objets technologiques
et où les gens de pouvoir aurons les objets technologiques et la
Connaissance? Je pense qu'il y a des limites à la société
de consommation : le peuple-masse la refusera. Aujourd'hui nous sommes à
la montée de cette société et nous ne savons pas quand
cette montée s'arrêtera.
Il reste le problème qui a un caractère universel: est-il possible
de porter au peuple-masse de tous les continents de la Terre la grande culture
pour qu'il devient peuple ?
L'Humanisme du 3ème millénaire ne peut pas faire
abstraction de ce fait, comme il ne peut pas laisser de coté une symbiose
avec la planète. Symbiose est synonyme d'amour pour les plantes, pour
les animaux et pour l'atmosphère. L'Humanisme du 3ème
millénaire ne peut pas faire abstraction de la parité entre
homme et femme.
L'Humanisme d' Axel Kahn
Le livre d'Axel Kahn "Et l'homme dans tout ça ?" porte en sous-titre
"Plaidoyer pour un humanisme moderne". En quoi consisterait cet Humanisme
moderne ? Pour Kahn il consisterait en la promotion de la solidarité.
Je me souviens du livre de L. Bourghois de 1896, cité par Kahn. Ce
mot "Solidarité", oublié au cours de la première
moitié du vingtième siècle, aujourd'hui est devenu presque
à la mode. Les politiciens, soit de droite soit de gauche, soit les
socio-biologistes l'utilisent. Ce mot a-t-il la même signification
pour les deux groupes ? Pour les socio-biologistes et les politiciens de
droite il est synonyme d'aumône. Kahn pense qu'il suffit d'éduquer
les êtres humains à la solidarité : l'histoire récente
et passée démontre le contraire.
L'esprit de solidarité et d'altruisme est contrôlé
génétiquement et ceux qui le possèdent appartiennent
à la 1ère et 2ème classes de la
courbe de Gauss (1).
L'être humain a hérité de deux parties de l'Évolution
: la partie biologique darwinienne et la partie culturelle lamarkienne. Au
cours des périodes de crise la partie darwinienne se réveille
et opère, tandis que la lamarkienne entre "en sommeil".Aujourd'hui
l'Occident vit en tranquillité et prospérité. En même
temps il y a une obsession de l'économie. La société
de consommation est devenue synonyme de liberté pour le peuple-masse
: je me sens libre si je peux acheter ce que je veux. Au peuple-masse les
produits technologiques, aux groupes de pouvoir et à la caste
intellectuelle Connaissance et produits technologiques.
L'Humanisme de Joël de Rosnais
Joël de Rosnais dans son livre "L'homme symbiotique" suppose au cours
du troisième millénaire la naissance du Symbionte. De quoi
s'agit-il ? Il s'agit d'un macro-organisme planétaire actuellement
en construction. Super-organisme hybride, biologique, mécanique,
électronique qui inclut les hommes, les machines et les réseaux
de communication.
De Rosnais n'explique pas comment on peut arriver à la naissance de
ce super-organisme planétaire en partant de la situation actuelle
qui voit l'énorme différence entre l'Occident et le reste du
monde. Il n'explique pas comment les êtres humains de l'Occident peuvent
en venir à participer à la construction de ce super-organisme
qui élimine toutes les compétitions qui sont l'essence du
Capitalisme.
Suivant le raisonnement de de Rosnais nous aurions au troisième
millénaire une sorte de paradis terrestre. Une très belle utopie.
Une planète merveilleuse où les êtres humains vivraient
en symbiose non seulement avec la nature mais aussi avec les machines et
le complexe des réseaux de communications. Bref, de Rosnais a
inventé le futur des populations de la Terre.
L' Humanisme de Heidegger
Le philosophe Beaufret juste après la fin de la deuxième guerre
mondiale, en 1946, écrivit à Heidegger. Dans sa lettre il y
avaient maintes questions, parmi lesquelles l'une d'importance
particulière: "Comment redonner un sens à l' humanisme?" Heidegger
(lettre sur l'Humanisme) a répondu : "Il l'a perdu car on a compris
que l'essence de l'Humanisme est métaphysique et cela signifie maintenant
que la métaphysique non seulement ne pose pas la question de la
vérité de l'être mais l'exclut, car la métaphysique
persiste dans l'oubli de l'être." "Restituer un sens peut signifier
seulement redéterminer les sens du mot".
Je pense que la question avait un sens plus politique que philosophique.
Pourquoi Heidegger a-t-il répondu ainsi ? S'il avait dû
répondre du point de vue politique il aurait été
embarrassé car il avait adhéré au nazisme.
"Redéterminer le sens du mot". Je ne sais pas quelle signification
avait cette phrase de Heidegger. Entendre l'Humanisme comme synonyme de barbarie
? Le mot "humanitas" fut utilisé pour la première fois dans
le monde de la Rome ancienne par opposition au mot "barbarie" se rapportant
aux barbares qui se pressaient aux confins de l'empire. En effet le mot
"barbarie" au 2ème millénaire a plus de succès
que le mot Humanisme. Et c'est l'Europe chrétienne qui fait des barbaries.
Il suffit de citer les événements les plus importants: la barbarie
de la Sainte Inquisition qui au cours des siècles a atteint des millions
d'êtres humains brûlés vivants au nom du Christ Sauveur;
les expéditions aux Amériques avec le génocide des
indigènes; la traite des nègres avec l'indifférence
des autorités de l'Eglise; les deux dernières guerres
mondiales.
Bref, si nous réfléchissons sur l'histoire de la Terre, nous
ne pouvons que constater que la grande barbarie a prospéré
en Europe. Après le Colonialisme la barbarie de l'Occident est revenue
en Europe au XXe siècle pour faire un massacre de vies
humaines. La sale guerre des tranchées en 1914-18 a servi à
massacrer des millions de jeunes et à préparer la guerre mondiale
de 1939-1945 avec 50 millions de morts entre soldats et civils.
L'Humanisme de Sartre
L'angoisse est-elle la conséquence du stress de compétition?
Il s'agit d'une maladie.
Le titre d'une conférence tenue par Sartre à La Salle est
"L'Existentialisme est un Humanisme". Le nom Existentialisme dérive
du fait que Sartre a renversé le couple Essence-Existence. Après
Platon, tous les philosophes ont écrit que l'essence précède
l'existence. Mais ni l'assertion platonique ni la sartrienne ne sont vraies.
On ne tient pas en compte que l'être humain est un produit de
l'Évolution biologique (darwinienne) et de l'Évolution culturelle
(lamarkienne). "nous sommes d'accord sur ce point: il n'y a pas une nature
humaine ; c'est à dire : chaque époque s'écoule suivant
des règles dialectiques et les hommes dépendent de l'époque
et pas d'une nature humaine" écrit Sartre, prix Nobel pour la
littérature, amplifiant le poids des caractères culturels acquis
(héritage lamarkien) et annulant le poids de l'héritage biologique
(darwinien).
L'Homo erectus, l'Homo habilis, l'Homo sapiens des origines : pour
ces individus l'essence précède-t-elle ou pas l'existence ?
À mon avis, ces deux entités se sont formées
dialectiquement; l'une a contribué à former l'autre et vice
versa. Le premier pas de l'Existentialisme est le principe de Descartes
"Cogito ergo sum". Est-il applicable à nos ancêtres
cités avant ? Les principes de subjectivité et
d'intersubjectivité concernent l'être humain vivant sans tenir
compte des effets de son histoire culturelle et biologique. Bref,
l'existentialisme sartrien est une doctrine ontogénétique car
il laisse de coté la préhistoire et l'histoire de l'être
humain.
L' Homme du temps de Sartre n'est pas identique à l'Homme des origines,
ni de l'ancienne Egypte, ni de l' Empire romain. Pourquoi? Si à partir
de ces époques l'Évolution biologique a été
négligeable, l'Évolution culturelle, elle, a été
immense. Ce fait enrichi le fardeau de l'inconscient. L'Homme contemporain
vit une vie en accélération continue. Et cela provoque stress
surtout chez les personnes engagées dans la compétition :
entrepreneurs, commerçants etc. Pour Sartre l'angoisse dérive
de la responsabilité envers les autres. Imaginez les commandants des
armées en guerre : il ont tout fait pour devenir commandants. Ils
endurent tout sauf l'angoisse. Un existentialisme qui tiendrait compte de
l' histoire (un existentialisme historique) pourrait être
complémentaire du matérialisme historique de Marx.
L'Humanisme de Sartre n'est pas exclusivement philosophique comme celui de
Heidegger. L' analyse de la condition humaine met en évidence deux
mots : liberté et engagement. L' Humanisme de Sartre est centré
sur la liberté comme le libéralisme de Benedetto Croce. Lorsque
Sartre parle d'engagement, à qui s'adresse-t-il ? Non pas à
la classe ouvrière, mais au peuple en général. Engagement
pour la liberté. Mais l'index est pointé sur la bourgeoisie,
la classe la plus égoïste qui a abandonné l'engagement
universel après la révolution française. Elle s'est
repliée sur elle-même pour défendre ses propres
intérêts. La classe ouvrière au XIXème
siècle a hissé le drapeau des valeurs universelles. Il suffit
de suivre l'histoire de la triade : Liberté, Egalité,
Fraternité. Dans cette triade sont concentrées les valeurs
du véritable Humanisme jamais réalisé. Qui porte aujourd'hui
le drapeau des valeurs universelles ? Personne. La classe ouvrière
a déménagé dans les appartements de la petite bourgeoisie.
Les valeurs universelles ont été oubliées dans l'Occident
riche. La valeur maximale est la consommation. J'ai déjà eu
l'occasion d'écrire que la société de la consommation,
en Occident, est devenue synonyme de liberté: je me sens libre quand
je peux acheter ce que je veux. J'aime penser ce que Marx aurait écrit
s'il avait vécu à la fin du XXème siècle.
Pour la petite bourgeoisie l'engagement sartrien est un mot vide. L'Homme
des philosophes n'est pas un Homme abstrait mais un modèle de la classe
dominante et de la caste intellectuelle. Marx et tous les philosophes marxistes
font exception. La doctrine marxiste peut être définie comme
une doctrine phylogénétique.
L'émotion et l'imagination sont les fondements du Sentiment. Chez
l' Homme des origines le Sentiment précède la Raison qui est
résumé dans le "Cogito" de Descartes. À partir
de là l'Homme n'est plus spectateur mais il est devenu acteur et sait
ce qu'est la liberté.
Il y a deux types d'angoisse: l'une est pathologique et l'autre est celle
"de la fin". L'angoisse décrite par Monod est pathologique et concerne
les savants qui sont en concurrence avec leur collègues ; celle
décrite par Sartre concerne les classes dirigeantes. L' angoisse "de
la fin" concerne plus ou moins tous les êtres humains. La cause en
est le Sentiment des limites de la vie : la mort est inéluctable.
Il ne suffit pas que la mort nous concerne tous. Schubert lorsqu'il se sentait
oppressé par la mélancolie se mettait au piano et composait.
Les sonates pour piano et quelques lieder sur des vers de Heine sont un
traitement puissant de l'angoisse. Le Sentiment de l'angoisse "de la fin"
ne disparaît pas mais il peut être transformé en
sérénité. Cela permet de transformer le noir en
lumière: la "lumière de la mort" du très beau vers de
Feuerbach. Le même résultat est obtenu en lisant le Cantique
des Créatures de frère François d'Assise, où
la Mort est appelée soeur.
L'Humanisme de Pierrat
"Nous sommes fils des étoiles" dit Pierrat dans une conférence
tenue à Colmar. "La plus petite chose qui nous constitue et dont l'origine
se confond avec celle de l'Univers car nous sommes aussi vieux que lui :
les atomes de notre corps ont 15 milliards d'années. L'étude
de l'Homme suppose l'étude du Cosmos car l'étude du Cosmos
ne peut qu'aboutir à l'Homme" dit Pierrat. Et il continue: " On ne
peut pas parler de l'Homme sans parler d' Humanisme qui est l'idée
que l'Homme se fait de lui- même." De cette façon nous avons
plusieurs Humanismes : des agriculteurs, des ouvriers, de la petite bourgeoisie,
de la haute bourgeoisie, des cardinaux, des missionaires, des peuples d'Afrique
qui meurent de faim et de maladies, etc.
L'idée de Pierrat correspond à l'immense variabilité
entre et à l'intérieur des populations de la planète.
On pourrait aller plus loin en affirmant qu'à l'intérieur des
classes sociales et culturelles chaque individu a sa propre idée de
l'Humanisme. Au cours du troisième millénaire pourrait-on arriver
à unifier l'idée d' Humanisme ?
La science est le moyen principal du progrès matériel et culturel
mais la science ne nous sauvera pas si nous ne prenons pas la décision
de sauver la Terre. Icare est le symbole du bien et du mal dans la science.
Aujourd'hui, quand les biotechnologies ont démontré l'énorme
capacité de transformer plantes, animaux et même êtres
humains, on se demande si le moment de ne pas faire tout ce que l'on sait
faire n'est pas arrivé. L'Homme se considère comme
co-créateur. L'Homme "occidental" invente, découvre, construit
mais ne crée pas et malheureusement ses inventions ont été
faites seulement pour l'Occident et ont dévasté la planète.
L'Evolution biologique et culturelle dépend désormais de nous
; nous ne la subissons plus et donc notre responsabilité est
entière. Cette affirmation est seulement en partie correcte car l'Homme
est entré dans le règne de la Nécessité et donc
ce qu'il doit faire il le fait.
Peut-on attendre une transformation biologique ultérieure de l'Homme
? C'est possible.
Pierrat sur le thème de l'Humanisme a centré parfaitement le
problème en raisonnant sur la variabilité de la condition humaine.
À la fin de sa conférence, Pierrat a repris le raisonnement
sur l'Homme des philosophes ; un modèle d'Homme construit sur les
valeurs de la caste intellectuelle. Pierrat dit: "Qu'est-ce-que l'Homme recherche
aujourd'hui?. Les questions d'aujourd'hui correspondent-elles aux affirmations
d'hier ? Qu'est-ce-que le Monde ? Qu'est-ce- que la vie ? Qu'est-ce-que l'Homme
? Qu'est-ce-que Dieu ? Hier on répondait car on pensait posséder
la vérité, aujourd'hui on s'interroge car on cherche la
vérité".
Qui possédait la vérité hier? La verité
complète personne ne la possédait et ne la possédera.
Les savants ont répondu en partie à quelques unes de ces
questions.
Par exemple : qu'est-ce-que l'Homme ? L'Homme est le produit de l'Évolution
biologique et de l'Évolution culturelle. Quel est ce produit ? Un
être autoconscient: un être conscient d'appartenir à une
société d'individus semblables à lui-même ; conscient
de vivre dans un milieu fait d'animaux, de plantes, d'atmosphère etc.
Où va ce produit de l'Évolution ? Il est sûr qu'il va
vers la mort. Est-ce que la mort touche seulement le corps ou l'esprit aussi
? Nul être humain ne sait répondre à cette question.
Qu'est-ce-que la vie ? Les réponses qu'on peut donner sont toutes
différentes. Le biologiste répond suivant les règles
de sa discipline. L'ignorant malheureux répond que la vie l'a dupé.
Pour tous les êtres humains la vie est un projet ébauché
au cours de l'adolescence. Combien de ces projets arrivent à bonne
fin ?
Chez les sociétés capitalistes, pour chacun de nous, les voies
de la vie sont déjà dessinées. Il y a bien sûr
des exceptions : des individus très doués qui sautent de leur
voie pour aller marcher dans une voie hiérarchiquement supérieure.
Je me demande quels projets prépareront les enfants qui ont
déjà le portable dans la poche et disposent de tous le jouets
électroniques qui arrivent sur le marché. Pas de lecture;
ordinateur et télévision seulement.
Le troisième millénaire verra les migrations en masse et
l'avancée de la désertification. Il y aura des hybridations
entre races biologiques et entre les cultures respectives. Avec le temps,
on aura un enrichissement de l'espèce humaine soit sur le plan biologique
soit sur le plan culturel.
Si on demandait aux gens de l'Afrique noire, décimés par la
misère et les maladies, et aux immigrés : "Qu'est-ce-que la
vie ?" comment nous répondraient-ils ?
La Cosmologie de frère François d'Assise
Pour Bacon le mot d'ordre mis en avant par les savants était "
Connaître la nature pour la dominer". Il y a encore quelques uns qui
raisonnent comme ça. Les entrepreneurs ont réduit en esclavage
cette partie de la Nature sans défense. Mais maintenant nous sommes
réduits à subir les réactions de la Nature qu'on n'a
pas pu réduire en esclavage. Entre temps l'Occident dépense
des tonnes de dollars pour aller sur Mars et refuse de dépenser un
sou pour guérir notre planète.
Qui n'a pas lu à l'école le " Cantique des Créatures"
de frère François d'Assise ? Il s'agit d'une cosmologie
extraordinaire et d'un Humanisme. À cette époque là
le système tolemaïque était en vogue mais frère
François a eu l'intuition de la réalité du Cosmos comme
on le conçoit aujourd'hui.
Frère François appelle frères et soeurs le soleil, la
lune, l'eau, le vent, la Terre, l'atmosphère, comme s'il connaissait
l'histoire de l'Univers. Il loue et remercie Dieu pour nous avoir donné
ces précieux frères et soeurs.
Dans l'Humanisme intégral les valeurs du milieu ne sont pas
inséparables des valeurs de l'être humain. En effet le Cantique
des Créatures est un des piliers de l'Humanisme intégral.
À la fin du cantique, frère François remercie Dieu car
Il nous a donné "soeur mort". Je me souviens des vers de
Louis-Andréas Feuerbach du poème "Rimes sur la mort" que je
reporte ci-après:
"Quelle lumière est dans la mort! Si claire
Nulle source ne brille : mort
Des brillants est le plus beau qui brille
À la main de Dieu: rien ne l'offusque
Nulle différence, nulle propriété.
Mort est l'âge d'or retrouvée,
sans inégalités et sans liens:
lumière qui se dilate à l'infini.
Tout être humain se fait pur une fois,
quand au moins il se trempe dans la mort".
Le problème de la mort est vécu surtout par les personnes
âgées. L'autoconscience fait ce mauvais jeu. Mais l'autoconscience
est la partie la plus noble de l'être humain, celle qui le transcende.
La mort est la simple conséquence de la vie : on t'a fait naître,
tu dois mourir. Néammoins la plupart des Êtres humains,
pressés par la peur, n'arrivent pas à préparer d'une
manière adéquate la valise pour le départ. Pourquoi
frère François met-il ensemble, dans les louanges au Seigneur,
tous les éléments physiques de l'Univers et soeur mort ? Car
l'Homme fait partie de l'Univers:
"Louange à toi, Seigneur,
pour notre sur Mort corporelle,
de laquelle nul homme vivant peut échapper.
Malheur.à ceux qui mourront dans les péchés mortels,
Heureux ceux que
Tu trouveras dans tes très saintes volontés,
car la deuxième mort ne leur fera pas mal."
Pourquoi ne parle-t-il pas de sur vie ? Car la vie présente
une variabilité infinie d'êtres humains: altruistes,
égoïstes, voleurs, assassins etc. La mort rétablit
l'égalité. On parle de personnes qui voudraient s'échapper
à la mort par le clonage. Est-ce une illusion ? Il y a quelques
années nous avons fait une expérience sur le clonage du
trèfle blanc. Et bien, le troisième clonage a donné
des plantes faibles et malades.
La deuxième mort : à quoi se réfère frère
François? À la doctrine de l'évêque Irénée
? Cette doctrine ne contemple pas l'Enfer, mais contemple la deuxième
mort pour les assassins et pour les mandants, c'est à dire qu'après
la mort du corps, il y aura aussi celle de l'âme. Mais tous les milliards
de petits pécheurs, comment se purifieront-ils ? Personne ne le sait.
La doctrine chrétienne est dure à pratiquer car elle contraste
avec l'essence de l'être humain - plaisir de prévaloir et esprit
de compétition - possédée par la plupart des habitants
de la Terre. Si personne ne le sait, chacun est libre d' imaginer le futur
après la mort. Les agnostiques s'arrêtent face aux faits non
vérifiables, mais il est impossible qu'ils n'aîent pas l'Espoir
que l'esprit ne meurt pas avec le corps. Ainsi même les agnostiques
imaginent le règne de l'Au-delà; ils imaginent que les
pécheurs, après la mort du corps , entrent dans un labyrinthe
d'où ils sortent après la purification pour entrer dans le
Monde des Esprits. Comment peut-on imaginer le monde des Esprits ? Un monde
où chaque Esprit peut retrouver le milieu où il a vécu
au cours de la vie terrestre. Le monde des Esprits est la Terre avec toutes
les villes, les villages et avec tous les paysages qui changent avec les
saisons. Chaque Esprit peut communiquer avec n'importe qui et se déplacer
où il veut. Parfaite égalité des Esprits même
sur le plan de la Connaissance. Le monde des Esprits est le lieu de la parfaite
félicité.
Le croyant pense au Jugement Universel, l'agnostique pense à l'Esprit
qui, libéré du cerveau, c'est à dire du corps, a acquis
le pouvoir de s' auto-juger avec parfaite équité.
Le Cantique des Créatures ramène à la mémoire
les Noces de Cana qui sont le symbole de l'Amour comme joie de vivre, le
symbole aussi de l'harmonie entre corps et esprit ( âme). En lisant
l'épisode des noces de Cana l'esprit est envahi de couleurs
méditérranéennes comme ceci arrive en écoutant
le Te Deum de Berlioz.
Les administrateurs de la doctrine chrétienne ont brisé le
symbole de l'amour comme joie de vivre et en conséquence ont brisé
l'harmonie entre corps et esprit. Il ont prêché que la vie sur
la Terre est un passage plein de souffrances, une vallée de larmes.
Le corps a été réduit en esclavage par l'esprit. Ils
ont prêché contre l'esprit des Noces de Cana.
L'histoire a tout refoulé. Aujourd'hui l'esprit est esclave du corps;
tout est fait pour satisfaire les désirs du corps, les plus
absurdes.
L'Homme n'arrivera jamais à la paix intérieure s'il ne retrouve
pas l'équilibre entre corps et esprit comme les Noces de Cana nous
l'enseignent.
Le déséquilibre entre corps et esprit a été et
sera l'une des causes de toutes les malédictions des populations de
la terre.
Ville et Campagne
Je me réfère non aux ouvriers agricoles (le très beau
film "L'arbre des sabots") mais aux très petits propriétaires
terriens disparus durant les années 50 surtout en Italie Centrale.
Rentré à mon pays (Marano Equo-province de Rome) pour les
fêtes de Nôel, ma mère me demanda: "qu'est-ce-que
signifie-t-il décédé ?" Je lui répondis
"décédé signifie mort". Et elle : "pourquoi n'ont-ils
pas écrit mort sur l'affiche ?" Le mot décédé
venait de la ville. Le mot mort aujourd'hui est tabou. Dans le monde paysan
on l'utilisait normalement comme les mot manger et boire. Au cours des longs
soirs d'hiver, près du feu, le mot mort revenait souvent dans les
contes se rapportant aux morts et aux paysans très vieux.
D'autres expressions comme bien-être, bonheur, merci, je vous en prie,
sérénité, liberté, s'il vous plaît et pardon
n'appartenaient pas au dialecte paysan. Le mot serein concernait le ciel
et le mot tranquillité concernait le malade. C'était un monde
qui ne différait pas de celui de centaines d'années avant.
Personne ne possédait une horloge, sauf le médecin et les
instituteurs élémentaires qui venaient de Rome. Pour la population
il y avait l'horloge du clocher de l'église: la grande cloche sonnait
les heures, la petite les quarts d'heure. On entendait le son des cloches
même dans les champs les plus éloignés. Des années
plus tard, lorsque j'eus l'occasion de voir le tableau de Constable, la
mémoire me ramena à ce monde qui avait disparu. Il était
difficile de trouver des gens qui à l'école étaient
arrivées à la troisième élémentaire. Les
nouvelles ? Il y avait la radio à la maison du Fascio. Quelqu'un qui
avait du temps les entendait et puis les retransmettait aux autres paysans
réunis sur la place.
Les mots angoisse et dépression n'existaient pas. Pourquoi ? Il n'y
avaient pas de compétiteurs; le seul pour tous était Le Père
Éternel, qui, à leur avis, réglait les saisons et donc
les récoltes."Que ta volonté soit faite" était la phrase
la plus fréquente des hommes et des femmes. S'agissait-il de
résignation ? Non, c'était obéissance au Dieu créateur
professée avec simplicité extrême.
Avec la ville, est aussi disparu le Sentiment du sacré.
Haldane écrit " Personnellement, je ne regrette pas la disparition
probable du paysan en faveur de l'industriel, qui me semble un type de personne
supérieur à plusieurs points de vue. Au cours de l'histoire
le progrès humain a coïncidé avec le progrès des
villes, qui entrainaient une campagne réticente. La nourriture
synthétique fera apparaître jardins fleuris et usines à
la place de abattoirs et fosses à fumier, et rendra finalement la
ville autosuffisante " (Haldane et Russel: Dédale et Icare).
Quel progrès ? Du point de vue moral il y a eu un recul. L'Humanisme
du monde paysan a été bien supérieur à celui
de la ville.
Une question: le fardeau de l'inconscient pesait-il plus chez les paysans
ou chez les habitants de la ville ? Pour moi la réponse est
évidente. Les habitants de la ville souffrent, en grande partie, de
dépression et de
"angoisse de la fin". Autre question: aux pays où l'on professe le
Bouddhisme, l'Hindouisme et le Confucianisme, le fardeau de l'inconsient
est-il plus lourd que chez les chrétiens ? On peut avancer
l'hypothèse que la doctrine chrétienne, étant basée
sur l'amour du prochain, crée le sens de la culpabilité. La
religion chrétienne est dure à pratiquer.
Presque tous les italiens sont baptisés et confirmés mais au
cours de la vie se comportent suivant la courbe de Gauss.
Pourquoi dans le langage des paysans n'existait-il pas le mot "liberté"
? Car ils avaient pour patron Dieu seulement. La phrase "que Dieu nous aide"
est en contraste avec la phrase utilisée par les paysans "si Dieu
le veut": La première phrase vient des habitants de la ville. Sa
signification glisse dans la phrase "Dieu est avec nous". Comme si Dieu
était à notre service. Le honteux accaparement de Dieu par
les armées qui se battaient férocement.
Les agnostiques et les croyants
Cet argument rappelle le problème de la Foi. Est- il suffisant de
se dire: "Je crois en Dieu" ? Est-il suffisant d'être
baptisés ? Ce n'est pas suffisant. Ce qui compte ce sont les actions.
Un agnostique qui vit en respectant la doctrine chrétienne est un
vrai chrétien même s'il n'est pas baptisé et diffère
les réponses face aux problèmes non vérifiables.
L'agnostique est un disciple de la Raison. Est-ce qu'il n'a pas un sentiment
religieux ? Bien sûr il l'a ! Le Sentiment religieux n'est pas la Foi.
Personne n'est capable de dire: "j'ai la Foi". La possession de la Foi pour
tout être humain peut seulement être établie par Dieu.
L'agnostique ne nie pas la Foi. La Foi et l'agnosticisme peuvent bien coexister
chez la même personne. En faisant référence à
une image on peut dire que la Foi est comme le deuxième stade d'un
missile, le premier stade étant assimilable à la Raison.
L'agnostique ne fait pas comme Kant, que Heine définit comme le
Robespierre de la philosophie. Kant après avoir démoli les
preuves de l'existence de Dieu écrit: "Il faut que le vieux Lampe
ait un Dieu, sans quoi, pas de bonheur possible pour le pauvre homme
Or,
l'homme doit être heureux dans ce monde
c'est ce que la raison
pratique dit
je le veux bien, je...que la raison pratique garantisse
donc l'existence de Dieu". Heine observe: "Kant fait une distinction entre
la raison théorique et la raison pratique, et à l'aide de celle-ci,
comme avec une baguette magique, ressuscite le Dieu que la raison théorique
avait tué " ( Heine: Qu'est-ce-que l'Allemagne ?".)
Kant parle du vieil ami Lampe. Peut-on supposer que Kant lui-même ait
eu besoin d'un Dieu ?
L'agnostique n'affronte pas le problème de l'existence de Dieu car
il sait que la Raison ne peut pas résoudre ce probème.
L'athéisme est une autre situation : celui qui professe cette doctrine
possède une Foi négative.
Le marxisme a hérité l'athéisme des entrailles de la
culture bourgeoise. En Union Soviétique, l'athéisme a
fonctionné comme religion d'État contre le christianisme orthodoxe.
Erreur très grave. En Union Soviétique pouvait fleurir un Humanisme
intégral ; mais aucun type d'Humanisme ne peut naître et vivre
sous la dictature. Et pourtant la règle du communisme est écrite
au chapitre 4 des Actes des Apôtres.
Comment les agnostiques se positionnent-ils face au problème de
l'Au-delà ? Ils diffèrent de jugement, mais en eux il y a l'Espoir
que l'esprit ne meurt pas avec le corps. Popper et Eccles l'appellent
autoconscience. Pour Popper l'autoconscience représente le monde n°
2. Le monde n° 1 est matière et énergie et le monde n°
3 est représenté par les grands magasins de la haute culture
que l'Homme a produit à travers les siècles.
Personne ne peut dire que l'Au-delà existe. Eccles, prix Nobel pour
la neurophysiologie, dans le livre "Affronter la réalité",
comme tous les agnostiques, raisonne sur la possibilité que le monde
n° 2 de Popper (autoconscience, âme, esprit) soit immortel. On
ne peut discuter. Quand et comment l'autoconscience s'est-elle formée
? Chez l'Homo erectus, l'Homo habilis et l'Homo sapiens? S'est-elle
formée peu à peu, ou d'un seul coup comme le soutient Teilhard
de Chardin?
Bref, l'autoconscience, que je préfère appeler esprit, est-elle
le produit de l'Evolution ou elle est un don de Dieu? Dans le premier cas,
admettant que l'esprit soit immortel, on peut dire que l'Evolution a
créé l'immortalité de l'Homme.
Dans le domaine du christianisme, combien de catholiques connaissent les
Évangiles, les Actes des Apôtres et les première et
deuxième lettre de Jean? Les agnostiques non seulement connaissent
ces documents mais aussi ceux qui se rapportent à toutes les autres
religions de la Terre, y compris l'Animisme.
Personne n'a expliqué aux croyants qu'il y a contraste entre la
Genèse de la Bible et les résultats de la paléontologie.
La Genèse est un mythe assimilable à la mythologie grecque.
Les agnostiques offensent-ils Dieu ? Dieu ne peut pas se sentir offensé
par ses créatures qui utilisent la Raison pour se poser les trois
questions fondamentales concernant la vie de tout être humain: qui
suis-je, d'où viens-je, où vais-je ? La Raison ne peut
répondre qu' en partie à ces questions. L'agnostique sait que
la Raison peut poser des questions auxquelles, elle même, ne sait pas
répondre. Elle se demande si Dieu est perceptible de la même
manière par les diverses catégories sociales, c'est à
dire les paysans, les ouvriers, les employés, les entrepreneurs, les
intellectuels, les prêtres. L' agnostique répond que chaque
être humain a son Dieu. Mais le problème sur lequel sa
réflexion est plus spécialement concentrée est le suivant:
Dieu a créé l'Univers et ensuite a laissé l'Univers,
y compris la vie sur la Terre, suivre les règles propres à
la matière et aux vivants? Lois de l'infiniment grand découvertes
par Newton et par Einstein et de l'infiniment petit découvertes par
Heisenberg (le principe d'incertitude). Hawking dans le livre " Du Big Bang
aux Trous Noirs" écrit: " Ces lois pourraient être
décrétées à l'origine par Dieu, mais il semble
qu'ensuite il ait laissé l'Univers libre d'évoluer dans le
respect de ces lois et qu'il s'abstient d'intervenir directement sur lui."
Le même raisonnement est valable pour notre planète qui a vécu
deux "émergences". La naissance de la vie et l'apparition de l'Homme
au niveau le plus haut de l'Évolution de l'espèce. Cette
évolution a progressé suivant les règles découvertes
par Darwin.
Jésus Christ même a été laissé libre de
faire ce qu'il lui semblait juste de faire. Sa prédication, bouleversante
pour ces temps là, et encore plus bouleversante aujourd'hui, ne pouvait
que le conduire à la crucifixion. Si le Christ est le fils envoyé
par Dieu pour reconduire les hommes sur la route de l'amour fraternel, seul
les premières communautés ont vécu selon la doctrine
évangélique. Blaise Pascal a écrit une uvre pour
comparer le Christianisme de son temps à celui des origines. Aujourd'hui,
entre le Christianisme des origines et celui d'aujourd'hui la divergence
a continué d'augmenter. Le nombre des chrétiens a augmenté,
mais sont-ils chrétiens ? La plupart des croyants vont peut-être
écouter la Messe tous les Dimanches, mais quand il sortent de l'Eglise
il recommencent à vivre suivant la philosophie capitaliste : désir
de prévaloir et esprit de compétition. Les croyants peuvent
être d'accord avec les mots de Heine : "Le Monde est le grand hôtel
de Dieu sans Dieu" (Heine: Qu'est-ce-que l'Allemagne ? ). Deux questions
se posent. La première: l'agnostique se demande, vu l'histoire de
deux millénaires, faut-il considérer que la mission de Jésus
Christ sur la Terre a échoué ? Et une autre question : Qui
est le plus proche de Dieu, l'agnostique ou le croyant formaliste ? Dieu
n'est pas seulement Amour mai aussi Raison et Volonté. Jacques Maritain
écrit dans le livre "Le paysan de la Garonne" que toutes les
créatures appartiennent au Christ.
Dans "Ecce Homo", mis à part l'hypernarcissisme, il y a une
phrase qui résume la position de Nietzche philosophe: "Je suis le
disciple du philosophe Dionysos ; je prefère être un satyre
plutôt q'un saint." Nietzche est-il fils de l'Occident? Non. Nietzche
a eu l'intuition de la direction prise par l'Occident et il représente
l'Occident. Les personnages du pouvoir en l'Occident ressemblent aux
hommes-satyres, bien qu'ils soient baptisés et confirmés.
Le théologien dit que la Grâce est un don de Dieu. Ce don, Paul
l'a obtenu sur la route de Damas. Augustin l'obtint au cours du séjour
à Milan. Pascal l'obtint lorsque sa petite nièce guérit
tout d'un coup d'une maladie incurable. En fait Pascal fonda son apologie
du Christianisme sur les prophéties et les miracles.
L'agnostique ne juge pas la Grâce comme un don de Dieu car si Dieu
est amour il ne peut pas sélectionner parmi ses créatures.
L'agnostique remplace la Grâce par la Naissance de la Foi dans le Christ.
Cette Foi est une pulsion d'amour vers le prochain qui naît des profondeurs
de l'être humain. Comment naît-elle ? En connaissant la vie de
Jésus décrite par les Évangiles. Ce phénomène
peut-il se vérifier chez tous les habitants de la Terre ?
Dans le livre "Le paysan de la Garonne", Maritain raconte que plusieurs
années avant il avait dit à Jean Cocteau : "Il faut avoir l'esprit
dur et le cur doux. Et il ajoutait mélancoliquement que le monde
est plein de coeurs secs avec l'esprit faible." Maritain ne songeait pas
au problème génétique de l'homme. L' agnostique pense
que dans le contexte du capitalisme, seul chez les êtres humains
appartenants aux classes 1 et 2 de la courbe de Gauss, le phénomène
de la Naissance de la Foi peut se produire. Les êtres humains restants
peuvent, tout au plus, devenir des chrétiens formalistes avec leur
baptême et leur confirmation.
Ni les religions ni la science n'ont amélioré les êtres
humains du point de vue moral.
Je rapporte la conclusion de l'écrit de Russel: "Nous pouvons
résumer cette discussion en peu de mots. La science n'a pas fourni
aux hommes un plus grand autocontrôle, une plus grande bonté
ou un plus grand pouvoir de domination sur leurs passions lorsque ils
doîvent décider la ligne d'action à adopter. Il a donné
aux communautés un plus grand pouvoir d'indulgence vis à vis
des passions collectives mais, en faisant les sociétés plus
organiques, il a diminué la part jouée par les passions
personnelles. Les passions collectives des hommes sont en général
mauvaises. Les plus fortes sont la haine et la compétition envers
d'autres groupes. Donc, ce qu'aujourd'hui le pouvoir d'indulgence offre aux
hommes, vis à vis de leurs passions collectives, est un mal. C'est
la cause pour laquelle la science menace notre civilisation de destruction.
L'unique espoir bien solide semble se trouver dans la possibilité
qu'un seul groupe - disons les États Unis - arrive à dominer
tout le monde, processus qui conduirait à la formation graduelle d'un
gouvernement mondial, économique et politique, bien ordonné.
Mais, étant donnée la stérilité de l'empire romain,
le collapsus de notre civilisation serait peut être préférable
à cette alternative". (Haldane et Russel: Dédale et Icare).
Les mots de Russel, prix Nobel de littérature ont une valeur
prophétique.
À la recherche de l'Humanisme chrétien
Le mot "humanitas" a été produit par la culture de la
Rome ancienne. Ce mot s'adapte-t-il à la société romaine?
D'après ce que l'Histoire nous conte ce mot est limité à
la seule caste intellectuelle car la société civile n'avait
pas un niveau de barbarie inférieur à celui des barbares qui
se pressaient aux confins de l'empire.
Le premier Humanisme apparut sur la Terre a été le chrétien.
Il est né avec la prédication de Jésus, il y a à
peu près deux mille ans, et fut pratiqué par les communautés
chrétiennes groupées autour des disciples. Combien de temps
a duré cette période sublime riche en martyrs ? À peu
près jusqu'à l'arrivée de l'empereur Constantin. À
cette période là le monde chrétien se brisa en de nombreuses
sectes qui s'accusaient l'une l'autre d' hérésie. Ainsi l'amour
fraternel devint haine fraternelle.
Avec l'arrivée du pouvoir temporel, l'Eglise de Rome transforma
l'Humanisme chrétien en barbarie chrétienne. Quelques exemples
suffisent: les croisades contre les musulmans, la croisade contre les cathares,
les tortures et les bûchers de la Sainte Inquisition, surtout pour
les femmes, les comportements de l'Eglise de Rome face à l'esclavage
et au colonialisme.
Les missionnaires des siècles passés étaient presque
tous des brigands, les missionnaires d'aujourd'hui par contre sont porteurs
de la doctrine évangélique.
L'Eglise de Rome a même eu un Pape condottiere (Jules II), avec la
cuirasse, de l'armée du Saint Siège.
Où retrouver l'Humanisme chrétien ? Loin du Vatican, lieu de
politique et des grandes cérémonies. Récemment il y
a eu une grande floraison de communautés chrétiennes guidées
par des prêtres de base. Ces communautés portent le drapeau
évangélique : elles aident les pauvres et soignent les
toxicomanes.
La même chose peut se dire des communautés chrétiennes
fondées par les missionnaires d'Afrique et d'autres régions
de la Terre. Îles d'amour évangélique qui sont une goutte
dans un océan d'indifférence de la société
hypercapitaliste. Ces îles démentent le pessimisme de Pascal
sur la nature de l'Homme. Dans les "Pensées" il écrit: "L'Homme
n'est donc que masque, mensonge et hypocrisie en soi même et par rapport
aux autres : et toutes ces dispositions, si éloignées de la
justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son coeur." Et encore:
"Mais quand j'ai cherché de plus près et, après avoir
trouvé la cause de tous les maux, j'ai voulu en découvrir la
raison, j'ai trouvé qu'il y en a une bien vraie qui consiste en le
mal naturel de notre faible condition , mortelle et si misérable,
que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près."
Pourquoi l'Homme serait-il misérable du point de vue moral ? D'après
Pascal ce serait la conséquence du Péché Originel. Et
les Hommes généreux et altruistes membres des communautés
chrétiennes qui pratiquent l'amour évangélique ? Pour
Pascal, Janséniste orthodoxe, ces êtres humains auraient
étés touchés par la Grâce.
Deux siècles à peu près devaient se passer avant la
publication de "L' origine des espèces" de Darwin qui a expliqué
d'où vient l'Homme.
Ainsi la variabilité génétique de l'Homme est-elle
née, à laquelle la variabilité culturelle s'est
ajoutée.
J'ai représenté la variabilité génétique
à l'intérieur des nations par la courbe de Gauss (Rotili: "Le
clonage et la morale"). De cette courbe il résulte que la classe des
êtres humains généreux et altruistes est une petite
minorité. La Grâce n'a pas de rôle car, comme je l'ai
écrit dans le chapitre "Agnostiques et croyants" si Dieu est amour,
il ne sélectionne pas parmi ses créatures.
La Foi - conséquence de la Grâce selon Pascal - est comme le
courage : deux caractères soumis au contrôle génétique
et qui se manifestent dans la personnalité des individus à
l'âge de l'adolescence.
La Foi n'est pas toujours nécessaire dans le domaine de la religion.
Admettant que l'Univers n'existe pas ab aeterno mais qu'il ait
été créé : qui est le Créateur? Le Dieu
des Hébreux, des Musulmans, des Chrétiens, les Dieux des
Indiens?
Ces Dieux sont différents. Les hommes prétendent discuter du
Créateur de l'Univers comme s'il était leur frère ou
leur père. Cette absurdité dérive de la tradition
judeo-chrétienne.
Il y a un autre problème : dans le livre-colloque "Matière
à pensée" de G.P. Changeux et A. Connes ce dernier, éminent
matématicien, soutient que le monde des entités matématiques
est indépendant du cerveau humain. Est-il un monde platonique?
L'Évolution biologique et culturelle a toujours produit des individus
exceptionnels. Pour rester dans le domaine de la religion: Confucius, Bouddha,
Jésus, Mahomet, François d'Assise. Jésus peut-il être
considéré dans ce groupe ?
Jésus est un personnage historique comme les autres mais il y a plusieurs
éléments dans son histoire qui le détachent d'une
manière radicale des personnages cités.
Jusqu'à l'âge de 30 ans Jésus était un simple
menuisier comme son père. Après le baptême dans le Jourdain
par Jean Baptiste, il devint un personnage public. Il fonda un mouvement.
Le manifeste de son mouvement était le discours des Béatitudes
qui bouleversa la doctrine hébraïque. Son action, cohérente
avec les Béatitudes, consistait en la prédication dans les
sinagogues de la Galilée et de la Judée et à faire les
miracles. Les Scribes qui écoutaient les prédications de
Jésus dans les Sinagogues en sortaient indignés.
Qu' était-il arrivé? Pascal fait l'hypothèse que le
Créateur a décidé de faire connaître son Essence
aux êtres humains et a choisi Jésus comme son porte parole.
Les Evangiles racontent que, pendant que Jésus était baptisé
par Jean Baptiste, une colombe à rayons dorés apparut. C'est
le signe divin du choix de Jésus par le Créateur de l'Univers.
La tradition dit que Jésus est le Messie. Pour les hébreux
le Messie devait être un condottiere qui aurait racheté le peuple
d'Israël. Jésus était exactement le contraire d'un condottiere
d'armées. Jésus devait révéler l'Essence du
Créateur: l'Amour Universel.
Jésus non seulement est le porte parole mais il est en même
temps le témoignage qu'il existe un Créateur de l'Univers.
Pour ces raisons le Créateur a donné à Jésus
la capacité de la puissance divine pour convaincre les foules. La
foule des pauvres suivaient Jésus ; Les riches le
haïssaient.Appartenaient également à la classe des riches
les prêtres du temple de Jérusalem, les scribes et la plupart
des Pharisiens.
La condamnation à mort de Jésus n'est pas seulement venue de
la bouleversante interprétation des Écritures mais
spécialement du fait qu'il prêchait la pauvreté et l'amour
universel comme c'est écrit dans le discours-manifeste des
Béatitudes.
La doctrine de Jésus est la doctrine du Créateur de l'Univers.
Jésus n'est pas le Rédempteur, comme il dit Pascal. Une fois
que la doctrine du Créateur est connue, tout être humain est
libre de se racheter ou pas.
Si on se réfère à l'Ancien Testament pour trouver les
antécédents de Jésus, l'histoire de la Terre se
réduirait à l'histoire du peuple hébraïque. En
fait, après la mort de Jésus les apôtres et le disciples
ont porté la doctrine du Créateur dans tous les pays alors
connus. On l'appela Christianisme du nom du Christ, le Messie. Mais Jésus
n'est pas le Messie, il est le préféré de Dieu
Créateur de l'Univers.
Miracles: les exorcistes et les guérisseurs opéraient au temps
de Jésus et opèrent encore aujourd'hui.
Entre le malade et le guérisseur il se crée une interaction
active. C'est autre chose pour les miracles ayant comme objet les
éléments physiques : la transformation de l'eau en vin (noces
de Cana) ; la tempête apaisée; la multiplication des pains;
ou la résurrection des morts ; le fils unique de la veuve que Jésus
ressuscita alors qu'on le conduisait au cimetière; la résurrection
de Lazare quatre jours après la mort.
L'évangéliste Jean écrit que la résurrection
de Lazare fut la goutte qui a fait déborder le vase. Caïphe,
le Grand Prêtre, réuni les prêtres du temple et ils
décidèrent de proursuivre Jésus. Caïphe et ses
collègues craignaient pour leur pouvoir ménacé par la
puissance divine de Jésus.
Le livre-colloque de Messori et Brambilla a comme titre :" Quelques raisons
pour croire".
Quant à la vie de Jésus il n'y a pas besoin de la Foi, car
il s'agit d'une réalité historique.Il faut l'analyser et ça
suffit. Même pour la résurrection de Jésus il n'y a pas
besoin de la Foi.
La résurrection de Jésus est un fait logique : le Créateur
a donné à Jésus le pouvoir de ressusciter les morts;
il est naturel que le Créateur ressuscite son porte-parole et le
témoignage vivant de l'existence du Créateur même. En
fait il ressuscite Jésus et le porte près de lui.
Il faut se demander si la logique des êtres humains entre dans la logique
du Créateur de l'Univers.
Les êtres humains sont seulement indirectement fils du créateur
; ils sont le produit direct d'une longue Évolution biologique et
culturelle.
A ce point intervient la Foi. Qu'est ce que fait ce Jésus à
coté du Créateur de l'Univers ? A-t-il été
délégué pour intervenir sur les événements
des humains ?
Salvatore Quasimodo, à l'occasion du prix Nobel , a intitulé
son discours "Refaire l'Homme". Seul un poète peut imaginer qu'une
telle tache soit réalisable.
Le Créateur de l'Univers voit tout et écoute tout, mais il
n'intervient pas ni pour punir les mauvais, ni pour récompenser les
bons. Il a fait connaître son Essence et tous les Êtres pensants
terrestres et pas terrestres sont libres de faire ce qu'ils veulent : Leur
liberté est limitée seulement par eux mêmes et par
l'environnement, y compris la société des êtres pensants.
Après la mort, chacun doit expier ses péchés (voir le
chapitre "François d'Assise"). Il est évident que si le
Créateur le voulait, il pourrait transformer tous les Êtres
pensants de l'Univers en la 1ère classe de la "courbe de
Gauss" comme le supposaient Teilhard de Chardin et le musicien Messiaen.
Je suis d'un autre avis, comme je l'ai écrit dans le dernier chapitre
de "Biotechnologie et Humanisme". L'histoire par nécessité
déplacera ( au 3ème millénaire?) le pouvoir
des classes 3ème et 4ème aux
1ère et 2ème de la "courbe de Gauss"
mais n'améliorera pas génétiquement l'être
humain.
En synthèse:
a) Dans la Bible sont réunies mythologie et histoire.
b) Les spécialistes affirment que le christianisme a ses racines dans
l'Ancien Testament, c'est à dire dans la religion hébraïque.
Les principles de l'hébraïsme, au temps de Jésus,
étaient la prière, l'aumône et le jeûne. L' Amour
ne rentrait pas dans la doctrine hébraïque. La crucifixion de
Jésus représente la différence entre les deux religions.
L'hébraïque représente la société d'aujourd'hui,
capitaliste ; la doctrine de Jésus, c'est à dire celle du Dieu
Créateur de l'Univers, représente la société
de demain, celle communiste.
c) Le Dieu-Créateur est Simplicité et Amour.
d) Les religions de la Terre ont transformé le Céateur de l'Univers
en un Dieu domestique, terrestre.
e) Le Créateur a-t-il privilégié la planète Terre?
Étant Amour, le Créateur ne sélectionne pas. La
planète Terre est une toute petite molécule par rapport à
l'espace-temps de l'Univers. Le Dieu-Créateur a revèlé
son Essence à tous les êtres pensants de l'Univers. Alors combien
de Jésus y a-t-il dans l'Univers ? Il est probable qu'il y en a plusieurs,
mais il est fort improbable qu'ils ressemblent au Jésus de la
planète Terre.
f) Y aura-t-il la fin du temps et de l'histoire ? Je ne crois pas, car le
Dieu-Créateur est Amour et ne tuera pas sa créature,c'est à
dire l'Univers, et par conséquence tous les habitants de l'Univers
vivront pour l'éternité : plantes, animaux et êtres
pensants.
Le futur de l'espèce des êtres pensants de l'Univers est dans
leur planète respective, tandis que le futur de chaque individu de
l'Univers est dans l'Au-delà. En revenant à la planète
Terre, la vie sur la Terre n'est rien par rapport à l'Eternité
de l'Au-delà. Cela devrait pousser les êtres humains d'un certain
âge à considérer cet aspect. Mais la société
de la consommation cloue l'être humain au présent. L'essence
de la société capitaliste - désir de prévaloir
qui produit le principe de compétition - est à l'opposé
de la doctrine prêchée par Jésus et donc produit remord
et peur de la mort.
L'évolution biologique renforcée par l'évolution culturelle
a produit , en majorité, ce type d'être humain: Notre planète
en ressent les conséquences. Le troisième millénaire
renversera-t-il cette situation en passant le pouvoir à la
1ère et la 2ème classes de la "courbe
de Gauss" ?
Claudio Napoleoni, éminent économiste, quelques jours avant
sa mort, alité dans sa chambre, causant avec des amis, disait: "
Maintenant je dois aller voir où en sont-elles les choses" (Bozze
88). Evidemment Napoleoni se référait à l'Au-delà.
Il est improbable que Napoleoni n'ait pas cherché à imaginer
l'Au-delà. Peut-être Napoleoni ne croyait ni à l'Enfer
ni au Paradis, mais à l'Au-delà seulement, interdit aux assassins
et leurs mandants selon la doctrine d' Irenée, évêque
de Lyon.
Je m'efforce à imaginer les probables réflexions de Napoleoni
sur l'Au-delà :
a) l'Au-delà est l'Univers des Esprits (Ames), dont le corps n'occupe
pas d'espace ;
b) cet Univers est le royaume de la Sérénité de l'Amour
et de la Joie. Il n'y a ni argent, ni pouvoir ;
c) participent à cette triade les Esprits qui se sont purifiés
de leurs péchés commis au cours de leur vie terrestre ;
d) l' Au-delà permet de rencontrer les parents, les grands parents,
les amis, etc. Il permet même de connaître l'ascendance de la
famille ;
e) dans l'Au-delà on vit en fraternité avec toutes les races
humaines ;
f) on peut connaître quels sont les ancêtres d'il y a des millions
d'années (Homo erectus, Homo habilis); on découvre que
l'Homme de Néandertal enterrait ses morts : passage important dans
l'histoire de l'Evolution biologique et culturelle de l'espèce humaine
;
g) on peut visiter les Au-delà d'autres probables planètes
;
h) que font-ils les Esprits dans l'Au-delà ? Ils font ce qu'ils faisaient
sur la Terre comme un jeu joyeux. Il y a des villages et des villes ; ciel
et mer, plaines et montagnes, mais ils n'occupent pas d'espace. Bref,
l'Au-delà vit parmi nous terriens ;
i) les animaux sont comme le loup de Gubbio : ils vivent avec les Esprits.
Les oiseaux non seulement sont sur les arbres mais ils jouent et chantent
aussi dans les rues et les places ;
j) dans l'Au-delà il y a les jouets pour les enfants, les pistes de
ski, les pistes pour l'athlétisme, les terrains de football, etc.;
k) il y a les salles de concert, les théatres, les expositions de
peinture, etc. Bref, c'est un monde où chaque Esprit se réjouit
d'une liberté absolue. C'est un monde où tout est jeu et
sérénité. Le jeu n'existe pas dans la vie mortelle.
Lorsque les enfants jouent, l'instinct de prévaloir se révèle
en eux. Seulement les petits des animaux jouent. Chez les êtres humains
l'instinct de prévaloir est rationalisé quand l'adolescence
et la jeunesse arrivent; ainsi le jeu devient combat. Même quand il
n'y a pas comparaison directe, l'esprit de victoire est le ressort toujours
présent. Le jeu véritable existe seulement dans l'Au-delà:
Amour fraternel et jeu ;
l) celui qui aime la musique peut connaître les musiciens d'autrefois
; qui aime la peinture et la sculpture peut connaître peintres et
sculpteurs; qui aime la littérature peut connaître poètes
et romanciers ; les scientistes peuvent connaître leurs collègues;
les amoureux des sports peuvent connaître ceux qui étaient leurs
idoles ;
m) où se trouve-t-il l'Au-delà? Il n'y a pas un lieu
spécifique. Il est sur la planète Terre comme les probables
Aux-delà dispersés dans l'Univers ont leur localisation dans
leurs planètes respectives. Chaque planète habitée par
des êtres pensants a un Au-delà à elle ;
n) Est-ce-que les Esprits regardent les mortels ? Est-ce-qu'ils se
préoccupent de leurs parents mortels ? Non. Les Esprits savent que
tous les mortels doivent faire leur expérience.
La vie ici-bas n'est pas un jeu: c'est avant tout compétition, espoir,
illusion, douleur, joie, désir, amour, souci, envie, luxure, haine,
vengeance. Et la foi ? Chez les sociétés de "consommation",
la foi est une hypocrisie. Les gens autour de 75 ans devraient être
éduqués à la nostalgie pour l'Au-delà, ce qui
se concrétise dans la rencontre des parents, les grands parents, les
amis et les amies.
Combien de catholiques ont lu la vie de Jésus racontée dans
les Evangiles ? Le Dieu créateur est Simplicité et Amour. Il
a été bati sur notre Dieu un chateau de mystères qui
rendent sceptiques les croyants.
[R] Biotechnologie: apports et limites
La conférence d'Asilomar
En 1975 à Asilomar (Californie), il y a eu une conférence à
laquelle cent quarante personnalités du domaine de la biologie, du
droit et de la médecine ont participé. Le sujet de la
conférence était une réflexion sur la recombinaison
de l'ADN qui avait brisé les barrières du processus évolutif
en donnant lieu à la technique appélée Ingénierie
Génétique. Un moratoire fut proposé pour
réfléchir sur cette téchnique qui aurait
révolutionné les règles de la génétique.
En fait un certain nombre de chercheurs étaient inquiets du fait que
ces expériences pourraient créer des organismes nouveaux dangereux
pour la santé publique. On décida de continuer en choisissant
comme points de repère les problèmes de la sécurité
et de l'utilité. Vingt cinq ans après, tous les participants
de 1975 se retrouvèrent à Asilomar pour faire le bilan de la
situation dans le domaine de la biologie moléculaire.
a) Tous les participants décidèrent en plein accord qu'il ne
convenait plus aux chercheurs d'assumer, eux seuls, les risques de leur travail.
De plus, en discutant des OGM, de la thérapie génique et de
l'utilisation des informations de la génomique, on conclut que les
chercheurs auraient dû s'engager davantage dans la discussion
publique.
b) La thérapie génique n'a pas donné de résultats
positifs. On est convenu de suspendre la recherche sur les êtres humains
et de réfléchir sur les vecteurs utilisés et à
utiliser.
c) Les OGM occupent aux USA un tiers de la surface de maïs et la
moitié de la surface de soja et de coton. Il est donc trop tard pour
revenir à un processus scientifiquement contrôlé.
d) Quant aux xéno-greffes , c'est à dire aux greffes d'organes
non humains sur les êtres humains, ce qui préoccupe c'est la
possibilité de transférer sur les êtres humains des souches
de virus animaux. Il faudrait bien réfléchir avant de passer
à l'utilisation des xéno-greffes.
e) Trop de chercheurs sont désormais liés sous plusieurs formes
aux sociétés privées qui, d'une façon ou de l'autre,
gagnent de l'argent avec la biologie moléculaire. Ce fait n'est pas
positif (La Recherche, Juin 2000).
La Génomique Humaine
Il est difficile d'établir une date d'origine au projet Génome
Humain. Certains Auteurs le font remonter à décembre 1984,
lorsque le DOE (Department of Energy), agence fédérale responsable
des programmes nucléaires aux USA convoqua une réunion à
Alta (Utah) pour discuter sur les instruments à utiliser pour
révéler les mutations chez les descendants de Hiroshima et
Nagasaki. Le séquençage de l'ADN fut considéré
comme l'un des moyens les plus efficaces (Danchin, La Recherche, Juin
2000).
En fait, le projet Génome Humain n'aurait pas pu être imaginé
sans l'efficacité du séquençage de l'ADN et sans le
développement de l'informatique qui permit d'automatiser ce processus.
En 1997 la société Perkin-Elmer mettait en vente son
séquenceur à capillaire qui a été la base de
l'accéleration du séquençage dans tous les laboratoires
du monde.
1995, signa un tournant dans le projet Génome Humain avec l'entrée
dans le jeu de Craig Venter, très intéressé par le
progrès technologique et qui pensait en termes industriels.
En 1998, Venter avec la Perkin-Elmer fonda la société "Celera"
avec l'ambition de séquencer en trois ans le génome humain
par la technique du "shotgun" sans séparation préalable des
chromosomes. L'assemblage des fragments aurait été
réalisé au moyen de super-ordinateurs grâce à
un algorithme inventé par Gene Myers. Le séquençage
devait être réalisé par des centaines d'appareils capillaires
de la Perkin-Elmer.
"Celera" est une société privée. Son objectif est
évidemment le profit. En effet, Venter annonça qu'il ne mettrait
pas les séquences obtenues à la disposition des chercheurs
de tous les pays de la Terre.
La déclaration de Bill Clinton et de Tony Blair sur le génome
humain a été interprétée comme une attaque contre
la brevetabilité des gènes. Sans perdre de temps, leurs
porte-parole ont démenti cette interprétation.
Nous nous trouvons donc face à un mélange de valeurs propres
à la science (l'amour de la Connaissance) et de rivalités
politiques et économiques.
La scène est occupée, même dans ce cas, par les règles
du marché libre qui agit par la protection de la propriété
intellectuelle.
Rechenmann et Gautier se demandent comment interpréter les milliards
de bases contenues dans le génome humain (La Recherche, Juin 2000).
La bio-informatique permet de localiser les gènes des bactéries
mais pour les organismes plus complexes le taux d'erreur est proche de 50%.
Quant à la découverte des fonctions des gènes, c'est
autre chose. Les quatre milliards environ de paires de bases sont réparties
sur vingt trois chromosomes.
Le séquençage d'un génome consiste à déterminer
la suite des nucléotides qui composent la macromolécule de
l'ADN. Chaque nucléotide est dénommé par la lettre initiale
de la base azotée spécifique contenue dans ce long texte (quatre
milliards de caractères pour l'Homme) écrit dans un alphabet
de quatre lettres : A, C, G, T. L'efficacité de l'entreprise de
séquençage est mesurée par le nombre de kilobases par
jour. Cela est directement lié à l'importance du parc "machines".
Des ordinateurs puissants sont nécessaires pour ordonner les
sous-séquences ainsi obtenues pour reconstruire la séquence
complète du génome.
La séquence complète du génome humain que Craig Venter
et sa société Celera affirment avoir réalisé
ne sera pas disponible avant qu'elle ne soit publiée. Le terme
génome indique l'ensemble des gènes d'un organisme, tout en
rappelant qu'il existe aussi de ADN non chromosomique.
Une fois le séquençage et l'alignement des gènes sur
les chromosomes effectués, il reste le travail le plus difficile de
la génomique, c'est à dire l'individualisation des fonctions
des gènes. Chez les organismes eucaryotes la situation se complique
beaucoup car les régions qui codifient ne représentent qu'un
pourcentage très bas de la séquence totale du génome,
entre 3% et 5% chez les mammifères. La voie se situe dans la recherche,
dans les banques des données, de gènes ayant une séquence
similaire, en se basant sur le principe qu'une homologie de structure comporte
une homologie de fonction. Mais cette méthode a ses limites. Une autre
difficulté de la recherche des fonctions des gènes est dans
le fait que l'association de fragments provenant de gènes différents
provoque l'émergence de fonctions nouvelles.
À ces difficultés liées au fonctionnement des systèmes
vivants on peut ajouter celles liées à la nature incomplète
et en même temps erronée des bases des séquences
disponibles.
Pour toutes ces raisons les résultats produits par les ordinateurs
ne représentent que des hypothèses à vérifier
par l'expérimentation.
C'est pour cette raison que la priorité accordée au génome
humain a été critiquée. On soutient qu'il aurait
été plus utile de faire le séquençage du génome
du rat qui possède de nombreux gènes homologues à ceux
de l'homme et avec l'avantage que sur le rat on peut procéder à
la vérification expérimentale.
S'il est facile de cumuler des données élémentaires
telles que les séquences, la représentation informatique des
données sur les fonctions, comme par exemple celles qui sont relatives
aux voies métaboliques, pose encore des problèmes non
résolus.
La fonction de certaines protéines est d'interagir avec les régions,
dites régulatrices, généralement en amont des gènes,
et de commander l'activation ou l'inhibition de ceux-ci. Le produit de ces
gènes est, à son tour, susceptible d'agir directement ou
indirectement sur l'expression d'autres gènes. Ils existent ainsi
des interactions moléculaires qui adaptent les protéines aux
besoins de la cellule dans un contexte donné. La connaissance de ces
réseaux est un objectif très important car elle est susceptible
d'expliquer la spécialisation d'un organisme pluricellulaire en même
temps que son développement et sa morphogénèse.
Je résume la position de Lewontin sur la génomique humaine
reportée dans son livre "Biologie et idéologie".
a) Pourquoi devrait-on connaître toute la séquence des A,C,G
et T qui composent tous les gènes humains ?
On soutient que si nous avions une séquence de référence
provenant d'un soi-disant individu normal et si nous la confrontions avec
des morceaux de la séquence provenant d'une personne malade, alors
nous pourrions localiser le défaut génétique provoquant
la maladie. Nous pourrions alors traduire le code génétique
de la personne malade en une protéine altérée pour voir
ce qui ne va pas dans la protéine et cela pourrait nous donner des
indications sur la façon de traiter la maladie. Ainsi, si les maladies
sont causées par des gènes défectueux et si nous savons
comment est fait un gène jusque dans se petits détails
moléculaires, alors nous saurions quoi faire pour éliminer
la physiologie anormale.
b) Qu'est-ce qui ne va pas dans cette façon de voir ? La première
erreur est de parler de séquence génique humaine, comme si
tous les êtres humains étaient égaux. En réalité,
entre les protéines des séquences aminoacidiques de deux individus
normaux il y a une quantité de variation énorme car une
protéine donnée peut avoir une diversité de compositions
aminoacidiques sans préjuger de ses fonctions. Un gène moyen,
de la longueur par exemple de trois milles nucléotides, différera
entre deux individus normaux de vingt nucléotides à peu près.
Quel sera donc le génome qui devrait fournir la séquence pour
le catalogue de la personne normale ? En outre, chaque personne normale est
porteuse de plusieurs gènes défectueux en dose unitaire
hérités d'un des parents qui sont cachés par une copie
normale reçue de l'autre parent.
Alors, tout morceau d' ADN qui sera séquencé contiendra un
certain nombre de gènes défectueux inconnus entrés dans
le catalogue. Si l'ADN d'une personne affectée par une maladie était
comparé à l'ADN d'une séquence normale standard, il
serait impossible de décider, parmi les nombreuses différences
entre les deux ADN, laquelle est responsable de la maladie.
En outre, si la maladie a une origine génétique complexe, des
personnes différentes peuvent avoir la même maladie, causée
par causes génétiques différentes. C'est le cas de la
thalasshémie. La carence d'hémoglobine est une conséquence
de défauts du gène qui codifie pour la protéine de
l'hémoglobine. Il y a au moins dix sept défauts sur des parties
différentes du gène, chacun donnant lieu à une
réduction de la quantité d'hémoglobine. Il serait vain
de chercher un nucléotide particulier pour différencier les
personnes normales des thalasshémiques.
c) Le deuxième problème de séquençage du génome
humain est dans la prétention que, en connaissant la configuration
moléculaire de nos gènes nous saurions tout ce qu'on peut savoir
sur l'Homme.
Pourquoi tant de chercheurs puissants et fameux veulent-ils séquencer
le génome humain ? La réponse est en partie dans le fait que
ces personnalités sont tellemnt vouées à l'idéologie
des causes simples et unitaires qu' elles croient à l'efficacité
de la recherche sans se poser de questions plus complexes. Mais, en partie,
la réponse est bien plus grossière : c'est que participer et
contrôler un projet de recherche qui vaut des milliards de dollars
représente une perspective extraordinairement attrayante pour un
biologiste.
Sélection végétale assistée par la biologie
moléculaire
On dit sélection assistée mais on devrait dire construction
variétale assistée. La sélection est seulement une phase
de la construction variétale. À la notion d'assistance à
la construction variétale on peut attribuer une signification large
en y faisant rentrer toutes les interventions qui n'appartiennent pas au
schéma classique du processus de construction variétale propre
à chaque espèce. Exemple : chez le maïs l'emploi de
l'autofécondation fait partie depuis des dizaines d'années
du schéma de construction variétale, donc cette opération
ne peut pas être appélée assistance. Différent
est le cas, par exemple, de la luzerne ou du dactyle, plantes
autotétraploïdes à allogamie non absolue.
L'autofécondation pour ces plantes peut être considérée
comme un instrument d'assistance au processus de construction variétale.
En général, dans ce processus, la génétique,
la physiologie, l'agronomie, la biologie moléculaire, la pathologie,
la phytosociologie etc. ont leur rôle propre.
Ce processus n'est pas la somme mais l'intégration de ces disciplines.
De plus, ce processus se définit-il comme science ou technologie ?
Il est en même temps science et technologie. Des concepts importants
tels que charge génétique, densité biologique,
réaction adaptative, vigueur, linkat, complémentarité
et d'autres encore, ne peuvent montrer leur valeur opérative qu'au
cours du processus de construction variétale. Que devrait faire le
chercheur specialisé dans l'amélioration génétique
?
Il devrait travailler sur la méthodologie de la construction
variétale et les idées nouvelles sur ce processus devraient
être soumises aux essais expérimentaux suivant la ligne classique
de l'épistémiologie. Mais l'essai principal ne peut être
que la construction d'une nouvelle variété.
Autofécondation et RFLP
À l'Institut de Lodi, pour la construction de nouvelles
variétés de luzerne et de dactyle, nous travaillons en nous
fondant sur la formule suivante (Rotili et al. : Congrès, Grado
1996):
Valeur du génome = qualité des gènes + qualité
des linkats + interaction intra chromosome + interaction entre chromosomes
(hétérozygotie).
Nos expériences ont demontré que ce n'est qu'en réduisant
le niveau d'hétérozygotie que la sélection peut concentrer
les gènes et les linkats favorables à la vigueur (aptitude
à produire).
Les avantages principaux de l'autofécondation sont:
a) elle augmente l'efficacité de la sélection ;
b) elle rend possible l'homogénéisation du matériel
végétal pour les caractères physiologiques : une grande
variabilité génétique pour des caractères comme
la précocité et la quantité de repousse, taux de croissance
et précocité de floraison est un facteur défavorable
pour la persistance et la stabilité de la production de fourrage.
Une telle variabilité porte en effet sur des taux différents
de récupération des réserves racinaires au moment de
la coupe, avec des conséquences sur la production et la persistance.
c) L'autofécondation assistée par la sélection et la
biologie moléculaire est la voie la plus efficace pour concentrer
les structures génétiques (gènes et linkats) favorables
à la vigueur. Par conséquence, il est possible d'améliorer
la valeur des parents, c'est à dire l'Aptitude Générale
à la Combinaison en terme de génétique quantitative.
Comment peut-on connaître le niveau d'hétérozygotie au
cours de la phase d'autofécondation ? Il y a quelques années
on ne pouvait connaître ce niveau qu'en passant à la phase
d'hybridation et de multiplication. Aujourd'hui, avec la voie moléculaire,
et précisément par la technique RFLP (Restriction Fragment
Length Polymorphism) nous pouvons suivre, pas à pas, la dynamique
du niveau d'hétérozygotie des plantes au cours de la phase
d'autofécondation (Scotti et al., Theoretical and Applied Genetic,
n. 101 - 2000) tout en épargnant temps et argent.
La Génomique Végétale
Qu'est-ce que la génomique? C'est l'opération de cartographie
de tous les gènes d'un organisme pour comprendre leur régulation
et surtout leurs fonctions. Je dirais cartographie de gènes et linkats
(voir notre formule du génome). Pour l'opération "génomique",
au cours des dernières années, plusieurs laboratoires publics
importants se sont mobilisés en association avec des sociétés
privées en France, Allemagne, USA, Canada et Japon. Cette association
de publique et privé est cimentée par la possibilité
de mettre en porte-feuille des brevets. L'objectif final de la génomique
est de permettre la construction de nouvelles variétés qui
répondent mieux aux attentes des consommateurs et des agriculteurs
tant pour la qualité alimentaire que pour la sécurité
environnementale.
Le rôle des marqueurs moléculaires.
Les travaux de biologie moléculaire ont permis de construire des cartes
génétiques des plantes cultivées fondées sur
l'emploi de sondes moléculaires. Ce sont des jalons qui permettent
de déterminer les distances tout au long des chromosomes. De cette
façon il est possible de localiser les composantes génétiques
des caractères agronomiques par rapport à ces jalons. En
définitive, on identifie des régions sur les chromosomes
impliquées dans le déterminisme génétique de
certains caractères. Ces régions sont dites porteuses de QTL
(Quantitative Trait Loci). À ce stade, la solution consiste à
faire l'inventaire des gènes qui interviennent dans la fonction
étudiée. Lorsque l'un de ces gènes aura une position
chromosomique compatible avec la localisation du QTL on utilisera d'autres
techniques (par exemple le séquençage des allèles) pour
confirmer le rôle du QTL dans la variabilité du caractère
étudié. Le résultat de cette approche est directement
utilisable pour la construction de variétés nouvelles. Ayant
identifié les différents gènes responsables de la
variabilité génétique pour le caractère
étudié et les allèles les plus intéressants,
on pourra, dans un programme d'amélioration génétique,
utiliser ces connaissances pour construire des variétés qui
réunissent ces différents allèles.
Il suffira de faire des croisements entre individus porteurs des allèles
choisis et d'identifier chez la descendance les individus qui cumulent l'ensemble
de ces allèles. Cette voie, nommée Sélection Assistée
par Marqueurs Moléculaires est encore le point central des objectifs
de la génomique végétale. Il faut ajouter, toutefois,
que l'approche décrite est très laborieuse et n'utilise pas
pleinement les connaissances nouvelles qui dérivent du
séquençage des génomes.
Le rôle de la plante modèle
L'étude des génomes modèles est définie comme
une révolution de la génomique végétale (Caboche,
Biofutur, n° 172, 01997). La constitution de cartes
génétiques sur des espèces végétales
différentes a permis de mettre en évidence une similarité
d'organisation de ces génomes.
Pour simplifier, on peut affirmer que l'ordre des gènes tout au long
des chromosomes est conservé par blocs de grande amplitude entre
espèces apparentées. Cela est particulièrement significatif
lorsque on compare les génomes des céréales. Si l'ordre
des gènes tout au long des chromosomes est conservé, leurs
distances peuvent être considérablement différentes.
Ainsi l'idée est née d'analyser les génomes de plantes
modèles ayant des petits génomes en les soumettant à
un séquençage complet, pour connaître la nature et l'ordre
des gènes tout au long des chromosomes. Et ensuite de déduire
l'organisation des gènes au long des chromosomes pour les autres
espèces plus complexes. Cette similarité des génomes
est appelée Sintenia
Si les informations acquises sur les génomes modèles peuvent
servir à connaître les génomes plus complexes, alors
cela vaut la peine de concentrer les efforts pour connaître les
génomes choisis comme modèles. Ceci est le raisonnement fait
par les biologistes moléculaires.
L' INRA français travaille, depuis dix ans environ, au
séquençage intégral de l'Arabidopsis, choisie
comme modèle pour les dicotylédones. Au Japon et aux USA on
travaille sur le génome du riz choisi comme plante modèle pour
les monocotylédones-céréales.
À partir de l'analyse des génomes modèles on pourra,
au moyen des données de Sintenia, déterminer les bases
moléculaires des QTL pour les espèces cultivées. Les
travaux sur les génomes modèles ont besoin d'instruments
bio-informatiques très puissants pour identifier les gènes
des séquences génomiques et pour gérer les informations
correspondantes. Ces instruments sont particulièrement importants
pour rechercher les gènes ayant la même fonction chez des
espèces différentes. Pour synthétiser, c'est ce que
l'on dit sur la "génomique végétale".
Scepticisme sur les résultats de la génomique
végétale
Je suis sceptique quant à la réussite de cette grande
initiative scientifique, en ce sens que les résultats, à mon
avis, ne seront pas ceux que les spécialistes du secteur attendent.
Les raisons de ce scepticisme sont résumées ci-après.
a) Le généticien moléculaire fait une grande erreur
d'évaluation par rapport à l'ADN qui ne code pas; c'est à
dire, par rapport à toute la régulation du gène. Dire
que l'ADN régulateur ne code pas, n'est pas correct. La vérité
pourrait être que cet ADN répond à un code de nature
différente qu'il faut découvrir. Si cela est vrai, l'ADN dit
"non codant" représente une grande limitation pour la biologie
moléculaire.
b) Encore une grande limitation: on sait que le taux de recombinaison entre
deux gènes est génétiquement contrôlé.
Par qui ? Par l'ADN codant ? On n'a pas trouvé de gènes de
recombinaison qui codent.
Alors ? Par l'ADN "non codant" dont on ne sait rien ?
c) La biologie moléculaire n'aborde pas les problèmes de
chronologie. Il y a un ordre chronologique dans le fonctionnement des gènes
impliqués dans la morphogénèse d'un être vivant.
d) Le sigle QTL revient souvent en génomique végétale.
C'est une notion ambiguë. Est-ce le locus qui est quantitatif? Il s'agirait
dans ce cas d'un locus sous-divisé en sub-loci à effets cumulatifs
(additivité, interaction de type Cis, etc.). Si c'est ça, nous
avons à faire à un linkat et non pas à un locus. Plusieurs
chercheurs se sont lancés paresseusement sur cette notion qui ne
mènera nulle part.
Le linkat (voir notre formule) fut proposé par Demarly, éminent
génétitien de l'Université de Paris-Orsay, en 1968
(Eucarpia, Milan). Par la suite, Demarly perfectionna la notion de linkat.
Nous avons découvert le linkat chez la luzerne en 1976 (Rotili, Crop
Science n°16).
Le linkat est un bloc génique particulier car : a) il possède
des zones d' ADN qui régulent la valeur de recombinaison interne (crossing
over intra linkat) ; b) c'est une notion de valeur sélective qui
contrôle la solidité du linkat : si le contexte est
défavorable la valeur de recombinaison augmente ; alors le linkat
se dissocie car il ne supporte pas la charge génétique. Si
le contexte est favorable le linkat renforce sa cohésion. Un bloc
génique comme le linkat est, en somme,un produit de la sélection
; c) c'est une notion de régulation : chez le linkat il y a un grand
nombre d'interactions Cis et donc l'expression globale est la résultante
de ces interactions. L'existence du linkat a été prouvée
tant au niveau moléculaire qu'au niveau génétique.
e) Le généticien moléculaire a une conception contradictoire
du génome : d'un coté il le voit d'une façon
simplifiée au maximum, de l'autre il lui attribue un pouvoir absolu
dans la formation du phénotype. Il ignore l'épais réseau
d'interactions qui existent soit à l'intérieur du génome
soit entre le génome et l'environnement. C'est justement l'environnement
qui modèle le phénotype. Un génome, spécialement
pour la partie concernant les caractères quantitatifs, ne peut être
connu si on ne fait intervenir l'environnement, entendu comme la lumière,
la température et les éléments nutritifs. Bref, si l'on
veut connaître la capacité productrice d'un génome il
faut le soumettre à un test agronomique adéquat, pour qu'il
puisse exprimer toutes ses potentialités.
Conclusions
a) Le produit de la phase de séquençage du génome n'est
pas constitué par des vrais gènes mais par des petits morceaux
d'ADN qui peuvent être définis comme "gènes
bio-informatiques", qui deviendront veritables gènes lorsque on
connaîtra leurs fonctions, et cela sera impossible avec les seules
techniques génomiques .
b) Pourquoi le processus de construction variétale, dit traditionnel,
a-t-il été fructueux ? C'est que les constructeurs de nouvelles
variétés travaillent sur le niveau d'intégration de
tous les facteurs en jeu: gènes, linkat, interactions intra génotype
et interactions entre génotype et environnement.
c) Les généticiens moléculaires, plongés dans
leurs techniques raffinées, ne voient pas l'unité de l'organisme
vivant; ils sous-évaluent la logique qui préside à la
formation du phénotype (Waddington, The Evolution of an Evolutionist,
1975).
d) Selon les spécialistes, la génomique devrait entrer en
concurrence, dans la construction de nouvelles variétés, avec
l'ingénierie génétique.À mon avis, il s'agit
d'une illusion. Derrière la technique de l'ingénierie
génétique, il y a la plus importante découverte des
trente dernières années dans le domaine de la
génétique. Donc je confirme, ce que j'ai déja dit ailleurs:
à coté de la recherche qui construit les OGM, l'État
devrait financer une recherche de contrôle des OGM mêmes. Recherche
très difficile, mais il n'y a pas d'autre voie si l'on ne veut pas
laisser les mains libres aux grandes compagnies internationales
propriétaires des OGM, lesquelles, au nom du profit se moquent de
la santé du consommateur et des dégats à l'environnement.
En même temps, ce serait une très grave erreur si les
autorités politiques empêchaient la recherche sur l'ingénierie
génétique. Avec l'ingénierie génétique
on peut briser les lois forgées par l'évolution. La limite
de ce pouvoir énorme est intrinsèque aux OGM mêmes, qui
peuvent être inutiles ou même nuisibles. Un exemple d'inutilité
: nous pouvons transformer la luzerne de C3 en C4. Mais si cette transformation
comportait la perte de la pérennité, la plante nouvelle serait-elle
utile ? Elle ne serait pas utile. Par contre, il serait très utile
d'obtenir une plante de luzerne à graines dix fois plus grandes que
celles qu'elle a. L'intérêt majeur serait de permettre des semis
de précision graine à graine, comme pour le maïs ou le
blé et d'avoir une implantation régulière des
luzernières. Nous obtiendrions une limitation des effets négatifs
de la compétition sur le rendement, et une meilleure utilisation de
la surface. Si, en plus de cette transformation, s'ajoutait la perte de
l'allogamie, on aurait un double avantage.
e) Le lecteur se demandera: comment est-il possible que maints chercheurs
illustres dans tout le monde se soient mis sur une route susceptible de ne
pas donner les résultats espérés ? Et encore, comment
les grandes compagnies privées ont-elles payé des centaines
de milliards pour cette opération immense ? Evidemment, moi aussi,
je me suis posé ces questions. Les réponses que je me suis
donné ne m'ont pas satisfait. Je rappelle, de toutes façons,
que le chercheur est un grand explorateur et en tant que tel, ce n'est pas
la première fois qu'il prend une fausse route. Quant aux financiers,
je rappelle que le chercheur est très bon avocat et propagandiste
de ses idées.
Les organismes génétiquement modifiés (OGM)
Aperçus historiques
Quand on parle de biotechnologies, l'esprit se tourne immédiatement
vers les produits transgéniques, c'est-à-dire vers les OGM.
La technique avec laquelle on produit les OGM est l'ingénierie
génétique. Mais les choses ne sont pas ainsi. Dans le champ
des biotechnologies entrent également les cultures in vitro
et l'analyse génomique. Pensons tout de suite au projet du Génome
humain coordonné par le prix Nobel Dulbecco. Un projet qui va se conclure
et qui certainement apportera de nombreux avantages pour l'homme dans le
secteur médical. La presse s'est beaucoup occupée de ce projet,
c'est pourquoi nous donnont quelques nouvelles de la génomique
végétale.
Au cours des dernières années, la génomique appliquée
au règne végétal a fait l'objet d'une mobilisation
internationale extraordinaire: "Plants genomes initiatives" aux
États-Unis, programmes "Zigia" et "Gabi" en Allemagne, "Rice Genome
Research Program" au Japon. En France, une structure puissante a été
crée grâce à l'association de la recherche publique (INRA,
CIRAD, IRD et CNRS) et de la recherche privée (Biogemma,
Rhône-Poulenc et Bio-Plante).
Des résultats de la génomique dépend, en grande partie,
la capacité future de créer des variétés
performantes.
Qu'est-ce que la génomique? Elle consiste à faire le catalogue
de tous les gènes d'un organisme, puis à comprendre leur
régulation, leurs fonctions et leurs interactions. Le programme du
grand groupe français concerne l'analyse du génome pour trois
espèces importantes cultivées en Europe : le maïs, le
blé, le colza. Pour chacune de ces espèces, on a défini
4 lignes de recherches:
- l'analyse structurale du génome ;
- la recherche des gènes impliqués dans les résistances
aux maladies ;
- des gènes impliqués dans les caractères agronomiques
;
- des gènes impliqués dans la qualité des plantes.
À noter que les résultats de ces études peuvent permettre,
dans un programme d'amélioration génétique, d'avoir
recours à ce qui est défini comme la sélection
assistée par des marqueurs moléculaires (SAMM). Une telle approche
ne demande pas de faire appel à la transgenèse, qui produit
précisément les OGM.
On ne connaît pas un secteur plus finalisé, ni plus novateur
que la transgenèse. Et cependant, au début, tout s'est
déroulé en l'absence totale d'une demande sociale spécifique.
Aujourd'hui, les choses sont différentes: les acteurs de la demande
sociale sont entrés en scène et pas pour accepter passivement
ce que l'on a produit ces vingt dernières années. L'origine
de la transgenèse se trouve dans la recherche de base conduite dans
les années 1950 et 1960. Très vite, les chercheurs se sont
aperçus que les techniques très puissantes de recombinaison
génétique et de clonage des gènes pouvaient aller très
loin vers une application pratique capable de générer
d'énormes profits mais également jusqu'à des inventions
importantes pour la santé humaine. Une fois écoulé le
moratoire d'Asilomar, les biologistes moléculaires américains
furent les protagonistes de ce tout nouveau phénomène qui
consistait à promouvoir l'exploitation économique des recherches
menées au sein des universités avec des financements de
l'État. Ils ont fondé des sociétés par actions,
qui, à peine cotées en bourse, ont eu un énorme succès
et sont passées sous contrôle des multinationales. Depuis lors,
la biologie moléculaire est devenue une gigantesque affaire
économique et politique. Aux États-Unis, les accords entre
groupes industriels et organismes publics de recherche sont montés
à des chiffres incroyables. Un exemple: l'université de Washington
a reçu, en 1988, 100 millions de dollars de Monsanto pour les droits
d'exploitation des recherches.
"Les universités sont un enfer de corruption" dénonce Léonard
Minski, dans Scientific American, et Thomas Meyer, de l'université
de Caroline du Nord, se demande: "Est-il juste que les industriels exploitent
les découvertes faites avec des fonds publics ?".
La situation a changé ces dernières années. Des groupes
aguerris de recherche mixtes ont surgit. Ils sont fondés sur l'association
du privé et du public. Nous avons rapporté l'exemple des projets
qui concernent la Génomique ; la même logique, plus pressante
même, est à la base de l'activité d'ingénierie
génétique pour la prodution des OGM. D'autre part, il est
impensable de s'engager dans ces secteurs sans l'apport déterminant
des grandes compagnies privées pour le développement des
créations et pour l' introduction relative sur le marché.
Partie en retard, la France est en train de se rattraper rapidement. Le
Gènopole a été inauguré il y a deux ans, au
cur de la région parisienne, précisément à
Évry. Dans cette citadelle des sciences, sont concentrés les
meilleurs groupes de recherche publics et privés. Les domaines de
recherche sont la médecine, la pharmacologie et l'agriculture : une
agriculture à même de répondre aux défis alimentaires
et environnementaux. En somme, la France, selon les mots du ministre de la
Recherche scientifique et technologique, a l'intention d'assumer un rôle
de leader dans la compétition internationale en ce qui concerne les
sciences de la vie.
En lisant cela, on ne peut faire moins que de penser à la situation
de notre pays. Il me semble alors voir un grand désert dans lequel,
ça et là, se détachent de minuscules bosquets de palmiers
qui révèlent autant de micro-oasis.
Comme le dit Marc Van Montagu, il est toujours difficile de déterminer
l'origine d'une découverte scientifique. Où et quand la technologie
de la transgenèse est-elle née ? À qui en attribuer
la paternité? Les premiers essais de transgenèse en laboratoire
furent effectués au début des années 1980, mais ce fut
le résultat d'un travail mené à Gand (Belgique) à
partir de 1969 par Van Montagu et Schell sur Agrobacterium tumefaciens. Les
deux chercheurs formulèrent une hypothèse qui, par sa charge
révolutionnaire, laissa sceptiques presque tous leurs collègues:
ils soutinrent que c'était un transert d'information génétique
de la bactérie à la plante. Il ne fut possible de vérifier
positivement cette hypothèse qu' à la fin des années
1970 quand, surtout par des laboratoires américains, furent mises
au point les techniques de clonage des gènes.
Agrobacterium tumefaciens se révéla un excellent vecteur
de gènes à insérer dans le génome de cellules
végétales. Cette technologie fut utilisée dans les
laboratoires du monde entier et, aujourd'hui encore, elle semble la plus
efficace.
C'est depuis lors, que les grandes compagnies agrochimiques, comme Plant
Genetic System, Monsanto, Zeneca, Novartis, Du Pont et d'autres,
commencèrent à investir massivement dans la transgenèse.
Sur le plan scientifique, nous nous trouvons face à une découverte
qui repose sur un principe révolutionnaire dans le domaine de la biologie:
on peut modifier des plantes avec des gènes qui proviennent d'une
autre plante, ou d'une bactérie, d'une levure ou d'une cellule animale.
Ce fait nous permet d'affirmer que, théoriquement, il n'y a plus de
limites dans le domaine de l'amélioration génétique.
Toutes les barrières technologiques ont été franchies.
Vingt ans à peine se sont écoulés et, sur le marché,
ont été lancés près de 400 produits OGM : environ
55% par des compagnies américaines et 45% par des européennes.
Parmi les biochimistes qui travaillent dans ce secteur, le concept de la
plante comme une officine moléculaire est de plus en plus répandu.
Ce modèle de plante, à mon avis, ne conduira qu'à des
déconvenues, au moins pendant quelques lustres. Les microorganismes,
bactéries et levures, présentent des avantages considérables
dans ce domaine pour l'efficacité, la maîtrise du milieu de
culture et la sécurité environmentale. Aujourd'hui, on travaille
sur des structures monogéniques qui, souvent, ne sont pas fiables.
Celui qui fait de l'amélioration génétique sait que
l'action d'un gène n'est parfois ni unique ni uniforme. Nous ne devons
pas oublier que, jusqu'à aujourd'hui, les variétés
transgéniques de grande culture ont été crées
pour la résistance aux désherbants et aux insectes. Ces
résistances n'augmentent pas les potentialités productives
en elles-mêmes de la variété. C'est une amélioration
indirecte. La productivité est un caractère polygénique
et des groupes génétiques qui la contrôlent sont
distribués, à mon avis, sur tout le génome,
spécialement dans les plantes fourragères comme la luzerne.
C'est ce qui rend extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible,
au moins à courte échéance, l'amélioration de
la productivité des plantes au moyen de l'ingénierie
génétique. Au contraire, l'amélioration
génétique, plus ou moins traditionnelle, sur des caractères
complexes comme la capacité de production, a réussi parce que
nous ne travaillons pas sur les gènes mais sur leurs fonctions. Il
ne faut pas oublier non plus que la transgenèse, au fond, en est à
ses premiers pas, qu'elle a à peine vingt ans. On peut affirmer que
l'avenir appartient à la transgenèse et qu'elle sera certainement
à même d'améliorer des fonctions de plus en plus complexes
en ce qui concerne les plantes agronomiques.
Le modèle de plante cité plus haut deviendra réaliste
dans, peut-être , 50 à 100 ans. Pour cette période, on
peut faire l'hypothèse de la construction de plantes non présentes
dans la nature et, peut-être, pourquoi pas, d'hommes géants
et sur-intelligents, sans cheveux ni barbe (quel embêtement) ainsi
que des femmes intelligentissimes et d'une volonté de Walkyries.
Pour l'instant, nous ne pouvons pas ne pas rappeler les succès que
l'ingénierie génétique a obtenu dans le secteur
médical : la production d'insuline, le vaccin contre l'hépatite
B, l'hormone de croissance, les facteurs anti-hémophiles, etc.
En même temps, nous ne devons pas négliger de mentionner les
résultats d'une étude du ministère de l'Agriculture
des États-Unis. Ces résultats disent que, dans 12 cas sur 18,
les semences génétiquement modifiées (maïs et soja)
ne donnent pas de meilleures productions que les semences traditionnelles
(Daily Mail, Juillet 1999).
OGM aux États-Unis et en Europe
Aux États-Unis, la diffusion des OGM n'a pas rencontré de
difficulté jusqu'à la fin 1998. A contrario, en Europe,
est apparue, il y a 7 ou 8 ans, une forte opposition de la part des organisations
environnementale, des consommateurs et des chercheurs en écologie.
L'opposition aux OGM est devenue si forte que les principales
sociétés agroalimentaires comme Danone, Unilever, Nestlé
ont déclaré au cours de 1999 qu'elles retiraient les OGM (soja,
maïs) de leurs produits. Seule l'Espagne a continué à
augmenter la culture de maïs transgénique passant de 1 500 ha
en 1998 à 20 000 en 1999.
La résistance des consommateurs européens à l'introduction
des OGM et la nouvelle réglementation européenne (1139/98/CE
du 28 mai 1998) sur l'étiquetage obligatoire des produits
génétiquement modifiés commencent à avoir des
effets économiques non négligeables au Canada et aux
États-Unis. En fait, beaucoup de grandes sociétés
céréalières, dont Cargil (le plus grand marchand de
céréales du monde) et Casco (un des plus gros acheteurs de
céréales canadiens), ont déclaré en mai 1999
qu'ils éviteraient d'acheter les variétés de maïs
transgénique. Entre temps, Dan Glickman, ministre de l'Agriculture
des États-Unis, a réaffirmé sa demande d'ouverture du
marché européen aux OGM. Il n'exclut pas des mesures de
rétorsion, particulièrement douanières. En même
temps, il a demandé aux groupes agro-industriels américains
de procéder volontairement à l'étiquetage des produits.
En outre, il a suggéré la nécessité de réaliser
des études sur l'impact des OGM sur l'environnement et la santé
humaine. Le Washington Post du 15 août 1999 écrit que les
États-Unis sont en train de remettre en cause la politique des OGM,
qui consiste à dire qu'un OGM n'a pas besoin d'une étude
particulière puisqu'il est fondamentalement équivalent à
un organisme non modifié. Pour parachever le tableau, ajoutons que
l'étiquetage des produits OGM a été adopté
également en Australie, en Nouvelle Zélande et, en partie,
au Japon. Le Brésil a interdit le commerce du soja Round Up Ready
de Monsanto.
Nous concluons cette brève énumération avec l'annonce
de la suspension des nouvelles autorisations pour le commerce des OGM dans
l'Union européenne (décision du 25 juin 1999). Mais les anciennes
autorisations restent valables aujourd'hui.
Pourquoi les OGM sont-ils rejetés en Europe et par le reste de
la planète?
On demande désormais partout d'étiqueter les produits OGM.
À mon avis, l'étiquetage seul ne suffit pas. Il pourrait servir
à couvrir l'incapacité des politiques à prendre leurs
propres responsabilités.Il y a plus: un produit OGM, même
étiqueté, à l'aide d'une bonne promotion, peut
conquérir la faveur du consommateur comme c'est arrivé en
Angleterre avec la pulpe de tomate de la multinationale Zeneca. La solution
se trouve dans l'évaluation des risques pour l'environnement et la
santé. En ce qui concerne ce dernier aspect, les données
toxicologiques sur le produit du gène sont bien connues.
L'évaluation de l'allergénicité se fonde sur la comparaison
avec les substances allergéniques connues. Il s'agit d'améliorer
la valeur des tests. La solution concernant le risque environnemental est
plus difficile à trouver. La modélisation de flux des gènes
est encore trop grossière par rapport aux exigences. Si mes informations
sont correctes, dans le secteur de l'évaluation des risques des OGM
pour l'environnement c'est la France, et spécialement l'INRA, qui
occupe la première place, et pas seulement en Europe. "Afin que les
biotechnologies s'élèvent de manière incontestable au
rang de progrès pour l'humanité, il est nécessaire qu'elles
démontrent qu'elles peuvent non seulement faire plus et mieux, mais
aussi avec une sécurité plus grande par rapport aux méthodes
classiques" soutenait Axel Kahn, alors président de la Commission
française du génie biomoléculaire.
Les OGM actuellement sur le marché peuvent-ils être
considérés comme sûrs pour la santé humaine et
pour l'environnement ? Examinons quelques cas :
a) OGM et antibiotiques.
Selon trois chercheurs de l'université Rockfeller de New York, il
est possible d'éviter l'utilisation des génes de résistance
aux antibiotiques dans l'élaboration des OGM pour identifier les cellules
qui ont intégré le transgènes: Cette fonction peut
être assurée par un gène qui produit seulement une hormone
de croissance de la plante, c'est-à-dire la cytokinine qui doit être
activée par une molécule chimique. Munies de ce nouveau marqueur,
les cellules transformées sont identifiées, non plus grâce
à leur résistance à un antibiotique mais par leur
réponse à une molécule chimique, le dexaméthasone,
qui active le gène de l'hormone de croissance (Nature Biotechnology,
septembre 1999).
b) Maïs Bt. Le bacille Bacillus thuringiensis (Bt) produit de
nombreuses toxines qui paralysent le système digestif des insectes
comme la Pyrale qui attaque le maïs. La toxine Bt est utilisée
à faibles doses depuis des dizaines d'années en agriculture
biologique. Selon une équipe de l'université du Kansas, la
Pyrale du maïs peut développer en quelques générations
une résistance à ces toxines. Ainsi, non seulement les plantes
transgéniques Bt ne seront plus résistantes à la Pyrale
mais les agriculteurs biologiques ne pourront plus utiliser le Bt devenu
inopérant (Science, 7 mai 1999). Trois autres chercheurs de
l'université de Cornell soutiennent que le pollen de maïs Bt
a des effets néfastes sur le papillon Monarque. Ils ont observé
que 44% des larves élevées sur des feuilles saupoudrées
de pollen de maïs Bt mourraient prématurement. À la suite
de cette étude, la Commission européenne a pris la décision
de suspendre la procédure d'autorisation du maïs transgénique
de la société Pioneer Hi-bred international au nom du principe
de précaution, sans toutefois rediscuter les autorisations
antérieures du maïs Bt de Monsanto et Novartis. La résistance
au Bt incorporé au maïs et au coton est traitée dans une
étude publiée dans Nature (5 août 1999). On doit se demander
honnêtement quelle est la fréquentation des champs de maïs
par le papillon. De toute manière, l'usage massif d'antiparasitaires
et de désherbants cause beaucoup plus de mal à tous les insectes,
spécialement aux insectes pollinisateurs.
c) Flux de gènes. La possibilité de transfert d'un gène
par le pollen a été étudiée sur le colza et la
betterave, seules plantes en Europe susceptibles de dissémination
génique. Pour parler réellement de flux de gènes entre
une plante cultivée transgénique et une population spontanée
apparentée, il est nécessaire que la dispersion pollinique
conduise à la formation d'hybrides interspécifiques fertiles
et pérennes. D'où la nécessité d'avoir des
résultats sur de nombreuses générations. Un groupe de
l'INRA a étudié sur le terrain le problème et a
démontré que les fécondations interspécifiques
se produisent rarement mais que, lorsqu'elles surviennent, elles peuvent
aboutir à la production de semences hybrides. Dans cette situation,
il pourrait y avoir transfert du gène de résistance à
un herbicide de la plante cultivée transgénique vers les mauvaises
herbes apparentées et, donc, apparition de mauvaises herbes
résistantes à la génération suivante. Dans tous
les cas, les prévisions à long terme sont très difficiles.
Le travail continue avec l'aide de modèles de génétique
des populations qui intègrent de nombreux paramètres biologiques
et environnementaux: distance de la dispersion pollinique, mode de reproduction,
compétition, techniques culturales etc. En l'état actuel des
connaissances, on peut résumer de la manière suivante la
probabilité que des flux de gènes s'opèrent à
partir des plantes transgéniques :
- chaque transgène a une probabilité non nulle de sortir de
sa variété pour se répandre dans les variétés
interfertiles spontanées de la même espèce dans une distance
déterminée qui peut aller jusqu'à 800 m ;
- la possibilité d'introgression vers les autres espèces est
faible mais réelle pour les plantes comme le colza ; un jour ou l'autre
cela se réalisera (A. Coleno 1996) ;
- le transfert des transgènes vers la flore bactérienne
environnante est probablement négligeable même si la
réalité du phénomène à l'échelle
de l'évolution est scientifiquement plausible.
Brevets
Après les premières découvertes, au début des
années 1980, les techniques de l'ingénierie génétique
se sont développées de manière spectaculaire. Si l'Europe
a eu un rôle important dans le progrès des connaissances
fondamentales, les États-Unis se sont lancés. immédiatement
dans l'exploitation économique des nouvelles technologies. Les avantages
sont considérables. Par exemple, dans le domaine pharmaceutique, avec
les nouvelles molécules produites par les biotechnologies, le marché
mondial est estimé à 373 milliards de dollars (plus de 400
millions d'euros) jusqu'en 2002. Ces faits ont soulevé la question
des brevets pour les organismes vivants. C'est un problème aussi bien
éthique que commercial. L' Assemblée européenne a
adopté, le 23 septembre 1999, le rapport Wodarg selon lequel la protection
de la propriété intellectuelle représentée par
les brevets, fait partie intégrante de l'économie de marché.
Mais, s'agissant d'organismes vivants, la reconnaissance de la
propriété intellectuelle moyennant un brevet soulève
de graves problèmes parce qu'elle peut porter préjudice aux
intérêts des agriculteurs des pays en voie de développement.
On lit que l'Australie est le pays qui, plus que les autres, pratique la
bio-piraterie. Avec la prise de brevets, on pourra voir des faits curieux.
Par exemple, les multinationales américaines ont breveté les
gènes qui définissent le goût du riz Basmati, un riz
naturel indien. Il ne faudra pas s'étonner si ces entreprises
américaines demandent un jour aux Indiens de payer pour cultiver leur
propre riz. Récemment, le Parlement européen a demandé
de trouver une solution pour protéger la propriété
intellectuelle et, en même temps, la valeur non remplaçable
du patrimoine commun de l'humanité.
Un garant des biotechnologies. Quand on discute avec les sociétés
qui s'intéressent aux OGM (Monsanto, Novartis, Zeneca, etc.), elles
soutiennent la thèse que leur travail n'est pas contraire aux
intérêts de la communauté mondiale ; ainsi, parfois,
elles arrivent à dire qu'elles travaillent pour le bien de l'agriculture
et du consommateur qu'est le public. Il est évident qu'il s'agit de
mensonges et de propagande. Elles disaient la même chose à
l'époque de ce qu'on a appelé la Révolution verte. Les
sociétés (qui non seulement vendent des semences mais
également les engrais, les anti-parasitaires et les désherbants)
ont réalisé alors des gains importants, tandis que les agriculteurs
des pays pauvres perdaient littéralement leur équilibre à
cause de l'intervention irrationelle des nouvelles technologies. Dans le
cas de la révolution biotechnologique, les problèmes sont bien
plus compliqués et il ne pourrait en être autrement s'agissant
d'instruments d'une puissance transformatrice jamais vue jusqu'à nos
jours. Nous nous trouvons dans un monde nouveau dont nous n'avons exploré
qu'une infime partie et c'est pourquoi nous devons nous attendre à
aller au devant de grand risques pour l'homme, l'animal et l'environnement.
L'éthique des multinationales est le profit, et il doit en être
ainsi. Sans profit, elles disparaîtraient et ce serait un mal pour
la société. Nous avons cité des cas d'association
privé-public dans le domaine des biotechnologies. On ne sort pas de
cette logique si on ne veut pas être rétrograde.
Si on discute de ces arguments avec les chercheurs, les réponses varient
: désintérêt, neutralité, engagement social. L'
éthique du chercheur est de travailler pour faire avancer les
connaissances, convaincu que les découvertes et inventions sont toujours
positives. Statistiquement parlant, il se désintéresse de ce
qui peut arriver par la suite; l'important est d'avoir réussi. Il
y a deux autres acteurs sur la scène du monde des biotechnologies:
l' État et le public avec ses défenseurs (les associations
de consommateurs, environnementales, etc.).
Jusqu'à aujourd'hui il n'existait que la recherche créative.
En vérité, en France, l'INRA a fait quelques pas en direction
d'une recherche de contrôle, c'est-à-dire une recherche
chargée d'évaluer des risques pour l'homme, l'animal et
l'environnement. Modestes initiatives par rapport aux engagements financiers
énormes de la France dans le secteur de la recherche créative.
Il faut ajouter que la recherche de contrôle, dans certains cas, est
beaucoup plus difficile et onéreuse que la recherche créative.
Il est évident qu'il incombe à l'État de financer la
recherche de contrôle, de même que l'État doit nommer
un garant des risques biotechnologiques assisté d'une commission d'experts
chargée d'évaluer les résultats de la recherche de
contrôle.
Conclusions
a) La mondialisation des marchés permet aux grandes compagnies de
vendre en tous les pays de la Terre les semences génétiquement
modifiées.
b) Le moratoire en Europe finira tôt ou tard .
c) Il faut distinguer les OGM nuisibles pour la santé des consommateurs
et pour l'environnement. Comment ? Il faut séparer la recherche de
production d' OGM de la recherche du contrôle des OGM. En outre les
compagnies productrices d'OGM, avant de les mettre sur le marché,
doivent présenter un dossier, comme cela est fait pour les produits
pharmaceutiques, où il sera évident que l'OGM n'est pas nuisible
pour la santé des consommateurs, ni pour l'environnement.
d) L' ingénierie génétique est une grande ressource
pour l'humanité : ses produits doivent être soumis à
des contrôles rigoureux.
e) La recherche de contrôle des OGM est plus difficile que la recherche
de leur production, spécialement pour ce qui concerne
l'environnement.
f) Les consommateurs américains ont utilisé durant 5-6 ans
les OGM. Quels ont-été les résultats pour leur santé
et pour l'environnement?
[R] Humanisme du IIIe millénaire
L'éthique de la science et la morale des savants
L'éthique de la science dépend de la morale des savants.
L'éthique de la science a valeur absolue car son but est la connaissance
de l'Univers, de la planète Terre avec toutes ses composants: plantes,
animaux, êtres humains, atmosphère et eau. L'éthique
de la science dépendant des savants, sa valeur absolue devient relative.
Car les savants, en poursuivant leur but de connaissance, commettent des
actions que l'on peut définir immorales. Par exemple la vivisection
des animaux. Au cours des années 50 quand on passait à travers
la place de la Minerve, à l'intérieur de la Cité
Universitaire de Rome, on entendait les cris des chiens qui faisaient frissonner
et suggéraient: pourquoi pas ne vivisectionner le vivisectionneur?
La technologie dérive de la science. En biologie ce principle a
été bouleversé. Les spécialistes de la clonation
sont devenus autant de "maître Geppetto", le constructeur de Pinocchio.
Ils construisent des animaux (demain même des êtres humains)
sans connaître les processus se produisant dans les cellules
manipulées. Wilmut, le constructeur de la brebis Dolly, a declaré
que sur 434 expériences une seule a réussi. Nous sommes revenus
à la magie.
Autrefois, se dédiaient à la science seulement les personnes
ayant une forte vocation. Aujourd'hui tout a changé: il y a des
armées de chercheurs qui considèrent le domaine de la science
comme un emploi quelconque. Ces chercheurs ne produisent pas science mais
seulement banalité.
Les surdoués se posent d'abord cette question: "Comment élargir
les limites de la connaissance?"
Dans le livre "Les brahmanes de la science" de S. Klaw est reportée
cette phrase de A. Einstein: "Pour cette classe d'hommes la science est une
sorte de sport dans la pratique duquel ils exultent, juste comme un athlète
exulte dans l'exercice de sa capacité musculaire".
Ceci est tout ce qu'on voit de l'extérieur: Ces jeunes, en ruminant
autour de la question posée stipulent un pacte faustien, non avec
Méphistophélès - le temps de
Méphistophélès est fini - mais avec l'Alter Ego de
soi même qui enfonce ses racines dans l'inconscient.
Le mot d'ordre de ces jeunes chercheurs est "s'efforcer vers un but". Dans
leurs manifestations il se crée en eux un sens d'impatience et
d'agitation. En somme, ce pacte procure joie et angoisse. Comme Faust, ces
jeunes chercheurs possèdent deux âmes. L'une pour le prochain,
l'autre pour eux-mêmes. Quand ces chercheurs arrivent au seuil des
70 ans, ils redécouvrent la question qui sera la dernière de
leur vie : "Existe-t-il l'Au-delà ?". Et pour tout le reste de leur
vie ils oublient la science et leurs réflexions sont concentrées
sur cette dernière question.
Liberté Égalité Fraternité
L'histoire des trois mots Liberté, Égalité, Fraternité
est la suivante: ils furent inventés par la révolution
française en 1793. Cette triade devint la devise officielle de la
république après le 1848. Abrogée de nouveau au cours
du deuxième empire, elle fut reprise en 1875. Aujourd'hui cette triade
se trouve sur les timbres français.
C'est un moyen qui fait oublier la signification profonde de ces mots. Ils
représentent la morale de l'Illuminisme.
La plus belle utopie de l'histoire. Qui dit que les grandes utopies ne deviennent
pas réalité ? Le troisième millénaire sera le
temps de la triade. Pouquoi ? Car dans les trois mots sont
synthétisées les trois doctrines les plus importantes de
l'Humanité: libéralisme, communisme et christianisme. Pour
cette raison la triade est un des piliers de l'Humanisme intégral.
Le discours de Robespierre à la Convention du 24 Avril 1793 a
été synthétisé dans ces trois mots fameux. En
fait ils entrent dans l'histoire en 1793. Robespierre était un disciple
de J. J .Rousseau.
La grande et moyenne bourgeoisie (le troisième état) haissait
Robespierre. L'histoire lui a attribué la Terreur en oubliant les
Hébertistes et les Enragés. Jean Jaurès fut le premier
à réhabiliter Robespierre. Le discours cité est le fondement
des démocraties occidentales.
Voyons quelques articles proposés par Robespierre dans le discours
du 24 Avril 1793 sur les droits de l'Homme:
Art.1. Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels
et imprescriptibles de l'Homme, et le développement des toutes ses
facultés.
Art.2. Les principaux droits de l'Homme sont ceux de pourvoir à la
conservation de son existence et la liberté.
Art.3. Ces droits appartiennent également à tous les hommes,
quelle que ce soit la différence de leurs forces physiques et
morales.
L'égalité des droits est établie par la nature ; la
société, loin d'y porter atteinte, ne fait que la garantir
contre l'abus de la force qui la rend illusoire.
Art.4. La liberté est le pouvoir qui appartient à l'Homme,
d'exercer à son gré toutes ses facultés ; elle a la
justice pour règle, les droits d'autrui pour bornes, la nature pour
principe, et la loi pour sauvegarde.
Art.5. Le droit de s'assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions,
soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, sont des
conséquences si nécessaires du principe de la liberté
de l'Homme, que la nécessité de les énoncer suppose
ou la présence, ou le souvenir récent du despotisme.
Art.6. La propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir
et de disposer à son gré de la portion de bien qui lui est
garantie par la loi.
Art.7. Le droit de propriété est borné comme tous les
autres par l'obligation de respecter les droits d'autrui.
Art.8. Il ne peut préjudicier ni à la sûreté,
ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la
propriété de nos semblables.
Art.9. Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et
immoral.
Art.10. La société est obligée de pourvoir à
la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit
en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état
de travailler.
Art.11. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire,
sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartien à
la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être
acquittée.
Art.12. Les citoyens, dont les revenus n'excèdent point ce qui est
nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer
aux dépenses publiques; les autres doivent les supporter progressivement
selon l'étendue de leur fortune.
Art.13. La société doit favoriser de tout son pouvoir les
progrès de la raison publique, et mettre l'instruction à la
portée de tous les citoyens
Art.14. Le peuple est souverain; le gouvernement est son ouvrage et sa
propriété; les fonctionnaires publics sont ses commis.
Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et
révoquer ses mandataires.
Art.15. La loi est l'expression libre et solennelle de la volonté
du peuple..
Art.16. La loi est égale pour tous.
Art.17. La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la
société; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.
Art.18. Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l'Homme, est
essentiellement injuste et tyrannique ; elle n'est point une loi.
Art.19. Dans tout état libre, la loi doit surtout défendre
la liberté publique et individuelle contre l'abus de ceux qui gouvernent.
Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible,
est vicieuse.
Art.20. Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier
; mais le vu qu'elle exprime doit être respecté comme
le vu d'une portion du peuple qui doit concourir à former la
volonté générale.
Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d' exprimer
sa volonté avec une entière liberté ; elle est
essentiellement indépendante de toutes les autorités
constituées et maîtresse de régler sa police et ses
délibérations.
Art.21. Tous les citoyens sont admissibles à toutes les fonctions
publiques, sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talents,
sans aucun autre titre que la confiance du peuple.
Art.22. Tous les citoyens ont un droit égal de concourir à
la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.
Art.23. Pour que ces droits ne soient point illusoires et l'égalité
chimérique, la société doit salarier les fonctionnaires
publics, et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail, puissent
assister aux assemblées publiques où la loi les appelle, sans
compromettre leur existence ni celle de leur famille.
Art.24. Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux
agents du gouvernement, lorsqu'ils sont les organes ou les exécuteurs
de la loi.
Art.25. Mais tout acte contre la liberté, contre la sûreté
ou contre la propriété d'un Homme, exercé par qui que
ce soit, même au nom de la loi, hors des cas déterminés
par elle et des formes qu'elle prescrit, est arbitraire et nul; le respect
même de la loi défend de s'y soumettre ; et si on veut
l'exécuter par violence, il est permis de le repousser par la force.
Art.26. Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires
de l'autorité publique appartient à tout individu. Ceux à
qui elles sont adressées, doivent statuer sur les points qui en font
l'objet; mais ils ne peuvent jamais ni en interdire, ni en restreindre, ni
en condamner l'exercice.
Art. 27. La résistance à l'oppression est la conséquence
des autres droits de l'Homme et du Citoyen.
Art.28. Il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses membres
est opprimé. Il y a oppression contre chaque membre du corps social,
lorsque le corps social est opprimé.
Art.29. Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection
est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré
des droits et le plus indispensable des devoirs.
Art.30. Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rentre dans
le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits.
Art.31. Dans l'un et l'autre cas, assujettir à des formes légales
la résistance à l'oppression, est le dernier raffinement de
la tyrannie.
Art. 32. Les fonctions publiques ne peuvent être considérées
comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs
publics.
Art.33. Les délits des mandataires du peuple doivent être
sévèrement et facilement punis. Nul n'a le droit de se
prétendre plus inviolable que les autres citoyens.
Art.34. Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations
de ses mandataires ; ils doivent lui rendre un compte fidèle de leur
gestion, et subir son jugement avec respect.
Art.35. Les Hommes de tous les pays sont frères, et les différents
peuples doivent s'entraider selon leur pouvoir, comme les citoyens du même
État.
Art.36. Celui qui opprime une seule nation se déclare ennemi de
toutes.
Art.37. Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les
progrès de la liberté et anéantir les droits de l'Homme,
doivent être poursuivis par tous, non comme des ennemis ordinaires,
mais comme des assassins et comme des brigands rebelles.
Art.38. Les rois, les aristocrates, les tyrans , quels qu'ils soient, sont
des esclaves révoltés contre le souverain de la Terre qui est
le genre humain et contre le législateur de l'univers qui est la
nature.
Tout au long du XIXème siècle, surtout en France,
il y eu lutte entre le troisième et le quatrième État.
Mondialisation
En 1931 Teilhard de Chardin écrivait: "l'âge des nations est
passé. Il s'agit maintenant pour nous, si nous ne voulons pas périr,
d'abandonner les vieux préjugés et de construire la Terre.
Plus j'observe scientifiquement le monde, moins je vois d'autres solutions
biologiques possibles que la conscience active de son unité". Soixante-dix
ans sont passés et ces mots sont d'une actualité bouleversante.
Aujourd'hui les effets de la Bourse de Wall Street sont perçus dans
tout le monde, les biens se déplacent à une vitesse, inconcevable
auparavant, dans tout le Monde, les marchandises d'un pays tel que la Chine
se trouvent sur les marchés italiens et vice versa. Qu'est-ce que
cela signifie? Que la Terre va devenir un seul grand continent ? Au cours
du troisième millénaire la prophétie de Teilhard de
Chardin va sûrement se réaliser; où sont les obstacles
aujourd'hui ? Dans l'immense différence de richesse entre l'Occident-
Europe, USA, Japon, Australie, Nouvelle Zélande- et les autres pays
de la Terre. Si on continue de ce pas l'Occident sera suffoqué par
ses produits technologiques. Il y a une limite à la consommation.
Il y aura la chute des productions et l'augmentation vertigineuse du
chômage. Il faut s'opposer à la mondialisation gérée
par les pays du G8.
Les politiques de l'Occident comprendront-ils cette situation? Ils la
comprendront mais il se tairont par crainte de perdre les votes. La course
de l'Occident sera de plus en plus destructrice des richesses de la
planète. Teilhard de Chardin était un optimiste dans ce sens
qu'il pensait que, tôt ou tard Dieu aurait porté les habitants
de la Terre au point Omega, lieu de l'amour universel.
L'histoire nous apprend que Dieu, s'il existe, a toujours laissé les
hommes libres de faire ce qu'ils ont voulu. Dieu n'a pas même
interféré sur l'Évolution de l'Homme, ni biologique
ni culturelle, ni sur l'Évolution du Cosmos, qui s'étend suivant
ses lois.
Le produit de l'Évolution humaine est représenté par
la courbe de Gauss ( Rotili, Le clonage et la morale ).
Si les choses en sont à ce point, seule une grande crise économique
et écologique pourra sauver l'espèce humaine. Existe-t-il une
démocratie complète? Chez les démocraties occidentales
chaque individu a droit de vote et possède d'autres droits, mais la
grande différence de richesse réduit en grande partie
l'égalité des droits.
Pour ce motif, je considère que le libéralisme crocien est
une utopie comme la conception de liberté de l'existentialisme sartrien.
Je rapporte les mots de George Soros (La Repubblica): "Le capitalisme crée
la richesse mais ne donne pas garantie de respect de la liberté, de
la démocratie et de l'état de droit. Le monde des affaires
est motivé par le profit, il n'est pas fait pour sauvegarder les principes
universels,
les participants sont en compétition et, s'ils pouvaient,
ils élimineraient la concurrence. Ainsi la liberté, la
démocratie et l'état de droit ne peuvent être confiés
aux forces du marché. La globalisation empêche aux états
de faire ce qu'ils veulent mais, dans la globalisation, la libre concurrence
crée et renforce les inégalités au niveau national et
international. Les intérêts collectifs, du maintien de la paix
au respect des droits humains, à la protection de l'environnement,
sont tenus en piètre considération
Pour apprécier
les bénéfices de la globalisation il faut un engagement
international vis à vis des thèmes négligés.
" D'après les écrits de Soros il n'y a pas de quoi être
optimistes. D'ailleurs la globalisation est administrée par les pays
riches. Le système capitaliste global a augmenté la
différence entre riches et pauvres aussi bien entre pays qu'à
leur intérieur. Remédiera-t-on à cette situation ? L'
Occident renoncera-t-il à commander la planète. Appellera-t-il
des super-hommes et des super-femmes à gérer despotiquement
la planète ? Et lorsque les milliards de perdants se rebelleront que
fera l'Occident ?
Migration et races humaines
Il y a des biologistes qui soutiennent que l'évolution de l'espèce
humaine est terminée. L'Homo sapiens , développé
en Afrique, a occupé tous les continents et s'est stabilisé
génétiquement. Cela est vrai pour le présent, mais pour
le futur ? Le troisième millénaire sera le millénaire
de la migration. Les migrations au cours de dizaines d'années
méneront à l'hybridation des races humaines et de leurs
cultures.
Si cela se vérifie, l'Évolution de l'espèce humaine
entrera dans une nouvelle phase.
À propos des races humaines il y a des chercheurs qui les nient
(Lévi-Strauss : Race et Histoire). Au contraire, il y a des chercheurs
qui donnent aux races un poids génétique consistant. Voir le
tests d'intelligence (QI) faits en USA sur blancs et noirs. Les tests ne
sont pas valables car les auteurs ont oublié d'homogénéiser
le milieu culturel des sujets à l'étude.
Lévi-Strauss soutient que les races n'existent pas car leur
différence est seulement de nature culturelle. Dobzhanski soutient
par contre que la différence entre les races est soit
génétique soit culturelle, tout en soulignant que la partie
génétique est négligeable par rapport à la
culturelle.
P. Guy, généticien de l'INRA, se demande quelle part appartient
à la partie génétique et combien à la partie
culturelle. Il n'y a pas d'études dans ce sens. Au troisième
millénaire tout peut arriver dans le domaine de la génétique.
Il se peut qu'il y aient des personnes qui veulent être clonées:
Et alors on pourra étudier ce problème (Rotili : Le clonage
et la morale). Ce fait est vrai au point de vue théorique, sur le
plan opératif maints doutes restent.
Y. Demarly, généticien de l'Université de Paris-Orsay,
fait une estimation de la partie génétique et de la partie
culturelle. La partie génétique 10%, la partie culturelle 40%,
l'interaction 50%.
Lucio Caracciolo a résumé sur "La Repubblica" du 24/02/2001
la recherche sur l'immigration en Europe faite par Ivo Diamanti. L'Europe
a besoin des étrangers et en même temps a peur de perdre sa
propre identité culturelle, le travail et la sécurité
personnelle.
Humanisme intégral
L'Humanisme des philosophes, des hommes de lettres, des savants et de toutes
les religions de la Terre est un Humanisme stérile car il n'a aucun
effet sur la vie quotidienne des gens. Les individus continuent à
vivre leur vie suivant les règles du capitalisme. Même ceux
qui appartiennent à la 1ère classe de la courbe
de Gauss. Il faut un Humanisme fondé sur un système politique,
économique et culturel qui mette sur le même plan tous les individus
de notre planète. Un Humanisme intégral. Est-ce une utopie
?
Le 3ème millénaire portera avec lui la réalisation
des utopies nées au 2ème millénaire.
Comment?
L'Histoire de la Terre est entrée dans le domaine de la
Nécessité absolue. Au cours de l'Histoire la Nécessité
a opéré d'une manière intermittente comme, par exemple,
la réalisation des villes. Athènes au temps de sa splendeur
comptait 12.000 habitants et Rome au temps de l'Empire comptait plus d'un
million d'habitants (Hall:"la dimension cachée").
La Nécessité de la globalisation, la Nécessité
des migrations, la Nécessité du croisement entre races, la
Nécessité de continuer à empoisonner l'environnement
et enfin la Nécessité d'un effondrement de l'Occident qui redonnera
à la planète sa liberté pour fonder un Humanisme
intégral pour toutes les Nations.
L' Occident renoncera-t-il à son domaine sur la Terre ou fera-t-il
comme Samson avec les Philistins ? Dans les deux cas la planète va
acquérir sa liberté et le gouvernement de la Terre passera
aux mains des classes 1 et 2 de la courbe de Gauss. Dans ce cas, l'Humanisme
intégral pourra se réaliser sur la Terre, fondé sur
trois piliers de la pensée occidentale :
a) Liberté, Égalité, Fraternité, une triade née
du discours de Robespierre à la Convention du 24 Avril 1793.
b) La Cosmologie de frère François d'Assises : le Cantique
des Créatures.
c) L'Éthique de la Connaissance de Monod.
À propos de l'Humanisme, Maritain écrit (Maritain: "L'Humanisme
intégral"): "Au regard de l'Humanisme nouveau dont nous parlons, il
faut changer l'homme bourgeois, oui ; et pour cela il faut même aussi
changer l'homme, oui, et cela seul au fond nous importe : je veux dire, au
sens chrétien, faire mourir le 'vieil homme' et donner place à
l' 'homme nouveau' , qui se forme lentement - dans l'histoire du genre humain
comme en chacun de nous - jusqu'à la plénitude de l'âge,
et en qui s'accomplissent les voeux les plus profonds de notre essence. Mais
cette transformation demande d'une part que l'on respecte les exigences
essentielles de la nature humaine, et cette image de Dieu, et ce primat des
valeurs transcendantes qui permettent justement et amorcent un renouvellement;
d'autre part que l'on comprenne qu'un tel changement n'est pas l'oeuvre de
l'homme seul, mais de Dieu d'abord et de l'homme avec lui, et qu'il n'est
pas l'effet de moyens extrinsèques et mécaniques, mais de principes
vitaux et internes : cela, c'est l'enseignement du christianisme de
toujours.
Toutefois, si une nouvelle chrétienté réussit à
s'instaurer, son caractère distinctif sera, croyons-nous, que cette
transfiguration, - par laquelle l'homme, consentant à être
changé et sachant qu'il est changé par la grâce, travaille
à devenir et réaliser l'homme nouveau qu'il est
de par Dieu, - cette transfiguration devra atteindre réellement, et
non pas seulement d'une façon figurative, les structures de la vie
sociale de l'humanité, et comporter ainsi, - dans la mesure où
cela est possible ici-bas pour tel ou tel climat historique, - une
véritable réalisation sociale-temporelle de l'évangile.
Teilhard de Chardin fonde sa Cosmologie sur l'Évolution. D'après
Maritain, Teilhard a fait de l'Évolution une religion. La Cosmologie
de Teilhard est cohérente et fondée sur la Science et la Foi.
Le concept du mal chez Teilhard consiste en la résistance de l'Homme
à l'unification des populations de la Terre vers la fraternité
universelle. C' est un concept qui ignore l'essence de l'Homme - désir
de prévaloir et esprit de compétition - et sa liberté
de faire le bien et le mal. L'histoire nous conte la férocité
des hommes : l'invention de la croix par les Romains, les pratiques de la
Sainte Inquisition pour brûler vivantes les personnes jugées
comme hérétiques, la destruction de 6 millions d'hébreux,
les attaques à la baïonnette de la 1ère guerre
mondiale, les bombardements, y compris atomiques de la 2ème
guerre mondiale.
Comme nous l'avons vu, la position de Maritain n'est pas loin de celle de
Teilhard : la transformation de l'Homme vers la fraternité universelle
(pour Teilhard le point Omega). L'Homme tout seul n'y arriverait pas.
J'essaie de résumer la pensée du père Teilhard de Chardin
(uvres publiées par les Éditions du Seuil, Paris) :
a) la densité démographique élevée et le
développement scientifique créeront les conditions pour une
grande société terrestre à l'intérieur de laquelle
les différences entre les peuples, les religions et les races seront
non annulées mais positivement dominées ;
b) nous sommes nés et vivons en fonction d'un mouvement cosmique.
La direction de ce mouvement se fait vers le point Omega où
l'Humanité sera hautement socialisée, où la loi de l'amour
universel célèbrera son apothéose. Tous les individus
seront alors purs, beaux et glorieux comme le dit Messiaen (émission
de la radio française), le grand musicien chrétien qui a
chanté la résurrection et la montée de l'Humanité
vers la fin des temps et de l'histoire. Au cours de ce mouvement nous serions
poussés non seulement par la puissance de l'Évolution, mais
plus encore par la force d'attraction émanant du point final (point
Omega) ;
c) la Parousie (deuxième arrivée glorieuse du Christ) aurait
lieu lorsque l'Évolution de l'Humanité aura rejoint le point
Omega.
Interprétant les paroles de Teilhard on est conduits à penser
que la main de Dieu conduirait l'Evolution de l'Humanité vers le point
Omega.
Face aux positions de Maritain et de Teilhard, l'agnostique s'arrête
et regarde l'histoire de l'Humanité pleine d'atrocités et de
contradictions. Il lui est difficile de croire que l'histoire de l'Humanité
soit guidée par la main de Dieu.
L'agnostique pense que les habitants de la Terre rejoindront l'Humanisme
intégral par leurs propres forces tout en suivant la logique de la
Nécessité qui sera la base de la liberté et de la
fraternité universelle.
L'agnostique n'exclut pas qu'au cours des siècles, dans ce nouveau
contexte planétaire (Humanisme intégral), pourrait se
vérifier le bouleversement, c'est à dire que la voie lamarkienne
des caractères culturels acquis pourra dominer la voie darwinienne
de l'héritage biologique. Dans ce cas l'Humanité aboutirait
à l'Homme Nouveau dont parlent Maritain, Teilhard et Messiaen.
Note
(1) Rotili dans l'article "Le clonage et la morale"
présente la courbe de Gauss de la façon suivante: "L'instinct
de la guerre est la pointe extrême de l'esprit de compétition
qui est présent chez toutes les populations de la Terre. Si ce
caractère est polygénique sa distribution est continue et nous
pouvons le représenter par une courbe en cloche (courbe de Gauss)
avec les classes: 1ère classe "non compétitifs"
(coopératifs-altruistes), 2ème classe "peu compétitifs",
3ème classe "compétitifs" (égoïstes), 4ème
classe "très compétitifs" (aggressifs). Les individus de la
2ème classe (peu compétitifs) ont "en sommeil" l'instinct de
solidarité qui se réveille aux périodes de crise. Le
pourcentage d'individus présents dans les quatre classes varie de
nation à nation. Cette variabilité permettrait d'individualiser
la courbe relative à chaque nation. [VU]
Pietro Rotili par lui-même
Tout d'abord, je me suis occupé de blé, ensuite, à
Lodi, de l'amélioration de la luzerne pendant trente ans.
En 1976, j'ai reçu le titre de docteur d'Etat auprès
de l'université de Montpellier.
J'ai fait trois mois de stage à Lusignan dans l'équipe
de Pierre Guy et de Pierre Jacquard. Ce fut une expérience cruciale
pour moi, car à Lusignan se pratiquait l'autofécondation de
la luzerne. L'amélioration génétique à Lodi fut
fondée sur l'utilisation de l'autofécondation et sur la prise
en compte de la compétition entre les plantes.
Nous avons fondé avec Pierre Guy le groupe Eucarpia Medicago
Sativa, que nous avons animé pendant 25 ans. J'ai assuré pendant
21 ans la direction de l'Istituto Sperimentale per le Colture Foraggere de
Lodi.
Introduction par Pierre Guy
Pietro Rotili est né le 18 janvier 1931 à Marano Equo, dans
la campagne romaine.
Ses parents étaient paysans.
Il est connu comme scientifique, mais c'est aussi un homme engagé
et un humaniste.
Scientifique :
Il a fait des études de biologie à Rome qui l'ont conduit à
travailler pour le Ministero dell'Agricoltura. Il s'est occupé du
blé à Rome, puis méthodiquement, patiemment il a
amélioré la luzerne, Medicago sativa. De nombreuses publications,
un doctorat d'Etat obtenu à Montpellier jalonnent son itinéraire
scientifique (cf P. Rotili par lui -même).
Tout "naturellement", il a été nommé directeur de l'Istituto
Sperimentale per le Colture Foraggere di Lodi et de ses stations
expérimentales de Cagliari (Sardegna), Foggia (Puglia) et Montagnana
(Veneto) .
Cet Institut a 5 Sections: Miglioramento, Biologia, Chimica, Agronomia,
Alpicoltura.
Homme engagé
Pietro Rotili est un homme de conviction et d'engagement.
Il a soutenu un combat :
- pour le développement agricole au service des agriculteurs ;
- pour l'organisation de la recherche agronomique où s'inspirant du
modèle français (dont l'INRA), il a soutenu une réforme
de la recherche agronomique en Italie ;
- enfin, aujourd'hui, malade, atteint phusiquement par une sclérose
latérale amyotrophique, mais d'une lucidité et d'une intelligence
éclairées, il veut apporter au monde d'aujourd'hui un humanisme
moderne, au service de notre civilisation en crise.
Humaniste
Pietro Rotili est un humaniste dans tous les sens du terme, mélomane
averti, homme cultivé, sa connaissance des écrivains et des
philosophes est étonnante. Agnostique, il cherche auprès des
anciens mais aussi des modernes - Heidegger, Axel Kahn, Maritain, Nietsche,
Sartre, Teilhard de Chardin - un sens à l'humanité, un sens
de la vie pour l'homme.
Etonné, hanté par Jésus de Nazareth, il y voit le
modèle d'un homme nouveau et reproche aux chrétiens de ne pas
lire les Evangiles.
Ce serait le trahir que d'écrire que Pietro Rotili prétende
apporter une solution universelle, mais par son cri, car il s'agit bien d'un
cri, en scientifique et en homme engagé, il veut éclairer une
piste pour notre humanité malade.
Il nous rappelle que l'histoire du monde occidental est jalonnée de
ces hommes qui ont témoigné sur notre route.
Pietro Rotili n'est qu'un parmi d'autres, avec ses défauts et ses
qualités.
Nous avons décidé de mettre ce texte "Humanisme, Biotechnologie
et Ethique de la Science" sur le site Internet du Courrier de l'environnement
de l'INRA, car nombreux sont ceux qui s'interrogent en Homme dans ce
monde en dèsarroi où le meilleur côtoie le pire.
Nous demandons, nous proposons à tous ceux qui le voudront bien de
participer à cette réflexion décapante, salvatrice,
sur "Humanisme, Science et Ethique" qu'il a relancé. C'est un signe
d'Espérance.