I -Sauvegarde d'une partie du patrimoine
indigène
II -La reconstitution de peuplements
[R] I -Sauvegarde d'une partie du patrimoine indigène
Cette approche comporte deux volets distincts et complémentaires.
- Protection, en place, d'arbres adultes remarquables
S'appuyant sur les travaux anglais et nord-américains, une action
coordonnée menée entre 1977 et 1981 par des firmes de produits
phytosanitaires, le Service de la Protection des Végétaux et
l'INRA-Nancy a conduit à la mise au point d'une méthode de
protection d'arbres adultes sains, par injection de fongicides. Elle a permis
de sauver un certain nombre de beaux sujets mais elle demeure par son
caractère préventif, sa technologie et son coût, une
solution non généralisable dans l'espace et dans le temps.
L'extension de la lutte fongicide supposerait la découverte de fongicides
ayant des vertus curatives et une application plus simple. Il semble que
cet objectif ne soit pas encore accessible et que la population d'arbres
justifiables de traitements soit devenue très restreinte.
- Sauvegarde de ressources génétiques
A la suite de la première épidémie, il est apparu, notamment
à la faveur des travaux néerlandais, que les ormes aptes à
résister à la maladie se trouvaient en Asie, mais qu'ils ne
possédaient pas les qualités de forme et de vigueur des ormes
européens et qu'ils n'étaient pas nécessairement
adaptés à nos conditions écologiques. Il est donc essentiel
de conserver des ressources génétiques indigènes en
privilégiant les beaux arbres ayant subsisté (résisté
?) durablement au cours de l'épidémie actuelle.
Cette idée avait été avancée en 1979 lors d'une
réunion CEE Orme, mais elle n'avait guère reçu d'écho.
Ultérieurement, son intérêt potentiel avait été
reconnu, la France présentant une large variabilité au sein
de ses populations d'ormes. Une telle action a été engagée
en Normandie par les associations, les élus et les services publics.
L'avis des chercheurs de l'INRA a été sollicité à
plusieurs reprises et cette action a été soutenue par le
Ministère de l'Environnement. La sauvegarde de ressources
génétiques est en cours d'extension à d'autres régions
sous l'égide du CEMAGREF. A terme, un conservatoire global va être
créé au CEMAGREF.
Mais la seule conservation des clones ainsi collectés ne suffit pas
et il faudra, dans quelques années, valoriser ce patrimoine. Cette
proposition n'a pas été, jusqu'à présent, retenue.
Pourtant, il serait utile d'engager ultérieurement des recherches
multidisciplinaires pour tenter de comprendre comment les arbres "mères"
ont pu survivre nettement plus longuement que la plupart de leurs
congénères. Si l'on excepte l'isolement géographique
qui a pu mettre certains d'entre eux à l'abri de l'épidémie,
trois grandes pistes peuvent être a priori définies :
a) résistance au champignon responsable de la maladie: la
probabilité est présumée faible, mais sur des copies
végétatives on saurait tester rapidement cette
hypothèse.
b) inadéquation de certains ormes pour les insectes vecteurs de la
maladie. Ce domaine a été très peu abordé par
les chercheurs alors que, sans l'intervention des vecteurs, il n'y aurait
pas d'épidémie. Le concours d'entomologistes paraît
souhaitable, tout en sachant qu'il s'agira d'une recherche plus longue et
plus difficile que celle évoquée au § a).
c) rôle de l'environnement dans la survie d'ormes à la fois
sensibles à la maladie et adéquats pour les scolytes. Ce secteur
est quasiment vierge. Certes, des hypothèses ont été
émises, mais elles ne sont pas étayées par des
enquêtes substantielles et indiscutables et elles n'ont pas été
soumises à l'épreuve expérimentale.
[R] II La reconstitution de peuplements
- Clones en cours d'étude à l'INRA
La replantation en ormes ne peut être envisagée qu'avec des
clones assez résistants à la maladie. La France n'a jamais
eu de programme de sélection d'ormes et au début de
l'épidémie actuelle (1972?1973), il est apparu que la constitution
et le démarrage d'un tel programme était peu réaliste
et qu'il valait mieux s'appuyer sur ceux déjà en cours à
l'étranger, et, en particulier, sur celui d'un chercheur
néerlandais, le Dr. Heybroek.
Dans le cadre d'une concertation européenne, on a introduit d'abord
à Nancy (1980 et 1981) puis en Ile-de-France, grâce à
la collaboration de la ville de Paris (1983 et 1984), une cinquantaine de
clones en cours d'étude aux Pays-Bas. Les plantations ainsi
réalisées ont permis de disposer en France de ce matériel
végétal et d'en estimer peu à peu les caractères
horticoles. Toutefois, le déclin de l'épidémie ne permet
pas de tirer de ces essais des informations pertinentes sur le comportement
de ces clones à l'égard de la maladie.
Grâce à la collaboration de Mr. Decourtye (Directeur de recherche
à l'INRA d'Angers), la plupart de ces clones (néerlandais et
quelques américains) ont été bouturés à
Angers, puis ces boutures ont été inoculées à
Nancy et Angers. Ce premier tri phytosanitaire sera terminé cette
année. Les clones dont la réaction à la maladie est
jugée supérieure à ceux commercialisés en Europe
devront rapidement être de nouveau bouturés afin d'être
examinés plus en détail. C'est au terme de cette étude
que l'on pourra savoir si certains d'entre eux méritent d'être
diffusés en France.
Au printemps 89, l'INRA a reçu des Pays-Bas une vingtaine de nouveaux
clones dont la sélection est à engager. A terme, la multiplication
de clones jugés intéressants ne posera pas de problèmes
techniques, l'orme se greffe, se bouture ou même se cultive in vitro.
La micropropagation de quelques clones a déjà été
réalisée à l'ENSH (École Nationale Supérieure
d'Horticulture) où N. Dorion recherche également des variants
pour la résistance aux toxines du champignon.
- Mise en culture du clone "Sapporo" en France .
Les pépinières A. Briant d'Angers disposent de l'exclusivité
pour la France de trois clones sélectionnés par G. Smalley
à Madison (États-Unis). Une collaboration entre cette entreprise
et l'INRA (L. Decourtye et J. Pinon) vient de conclure à
l'intérêt potentiel du clone "Sapporo n°2". Bien que non
immun, ce clone présente, après la contamination, des
facultés de récupération qui conduisent souvent à
sa guérison. Ce clone sera prochainement commercialisé, bien
qu'il demeure des inconnues (forme des arbres adultes et adaptation
écologique). Il s'est bien adapté en Anjou et il pourrait,
constituer un support pour des essais de reconstitution de haies dans l'Ouest.
L'examen des plants inoculés à Angers se poursuivra cet
été et il sera alors décidé s'il y a lieu d'engager
des recherches sur ses mécanismes de résistance dont on commence
à entrevoir certains aspects.
Même si le "Sapporo" satisfaisait à terme à tous
égards, la plantation d'un seul clone créerait d'une part une
situation à risques sur le plan sanitaire et d'autre part une monotonie
sur le plan du paysage. Il en résulte la nécessité de
rechercher d'autres clones tolérants (l'immunité n'étant
probablement pas accessible). La piste la plus immédiate réside
dans les clones dont l'étude est en cours à l'INRA et qui doit
se poursuivre pour aboutir.
Depuis 1920, la graphiose de l'orme est probablement la maladie d'un arbre
qui a fait l'objet des recherches les plus nombreuses. Les publications parues
sur le sujet s'élèvent à environ 5000 dans le monde,
et pourtant le problème n'est pas encore résolu.
Note
(1) Ce titre avait été
donné à un article de S. GHERARDI paru le 29 mai 1984 dans
Libération.[VU]
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