
la recherche agronomique face aux gaz à effet de
serre
Part de l'agriculture et des forêts
Travaux de recherche à l'INRA sur l'effet de serre
et le changement climatique
Impacts du changement climatique sur la production
agricole
Agriculture et bilan des gaz à effet de serre
En conclusion
[R] Part de l'agriculture et des forêts
Dans ce contexte général, la situation française (et
ceci est également assez représentatif de l'Europe) est
marquée par une contribution des différents gaz à effet
de serre (GES) un peu différente des chiffres connus à
l'échelle du globe, comme l'indique le tableau I (d'après Germon,
2000).
Cette situation se caractérise par un niveau d'émission plus
élevé en CO2, mais ceci est peut-être attribuable
à une comptabilité différente des composés
fluorocarbonés (CFC) et, surtout, à une inversion de l'ordre
des deux autres GES principaux, l'oxyde nitreux ou peroxyde d'azote
(N2O) qui vient en seconde position, assez nettement, alors que
l'importance du méthane (CH4) est moindre. Et ceci est
attribuable, en grande partie, à l'importance du secteur agriculture
et forêts.
Tableau I. Contribution des différents gaz à
effet de serre :
1. au forçage radiatif de l'échelle du globe
(IPCC, 1996) ;
2. au potentiel de réchauffement global en France métropolitaine
en 1998 (CITEPA, 1999).
| 1 | 2 | |
| CO2 N2O CH4 CFC, HFC et dérivés HFC, PFC, SF |
63,7% 5,7% 19,2% 11,1% - |
64,9% 17,7% 11,3% - 1,6% |
L'agriculture contribue à elle seule pour 18% à l'ensemble
des émissions de GES au niveau français, alors qu'elle
représente moins de 3% du PIB (le secteur forestier seulement se
traduisant par des émissions nettes comprises entre 0 et 1 millions
de tonnes de carbone par an, suivant les modalités de comptabilisation
du changement d'occupation des terres). Dans le cadre de ce secteur agriculture
et forêts, c'est le N2O qui occupe la part
prépondérante, avec 56% des émissions, contre 33% pour
le CH4, et 11% pour le CO2 (mais les récentes
évolutions dans les modalités d'application du protocole de
Kyoto redonnent une importance particulière à ce poste, compte
tenu, bien sûr, des possibilités de stockage de carbone). Voir
la figure 1 (d'après les chiffres du CITEPA, 1997).
Une dernière information pour compléter cette présentation
du contexte (à partir des données publiées par le SCEES,
1998) : si le poids économique de l'agriculture est devenu faible,
celle-ci reste dominante au niveau de l'utilisation du territoire. Sur 55
millions d'hectares, elle en occupe encore 33 (soit environ 60%), dont 3
(5,4%) ne sont pas cultivés. Les bois et les forêts
représentent l'équivalent de 15 millions d'hectares (27,5%)
et le territoire non agricole environ 7 seulement (12,6%). La composante
agricole diminue régulièrement (de 130 000 ha en moyenne chaque
année) et cette libération de terres bénéficie,
pour partie, aux surfaces boisées (80 000 ha chaque année),
ce qui permet d'enregistrer, pour le chapitre " changement d'utilisation
des sols et forêts " une absorption nette équivalente à
10% des émissions des autres secteurs.
![[Image]](images/c46seg1a.jpg)

Figure 1. Part relative du secteur agriculture et forêts
dans les émissions de gaz à effet de serre (à gauche)
et part relative des différents gaz pour les émissions du secteur
agriculture et forêts (à
droite)
Sur les 54,5% de surface agricole utile (SAU) correspondant à 30 millions
d'hectares, les terres arables en occupent plus de la moitié (18 millions
d'hectares, soit 61%). Cette proportion augmente régulièrement
au détriment des surfaces toujours en herbe, qui occupent encore un
peu plus de 10 millions d'hectares (soit 35% de la SAU), ce qui est en diminution
notable par rapport aux 13 millions d'hectares en 1960 ! Quant aux cultures
permanentes (vignes, vergers), elles ont fortement diminué et n'occupent
maintenant qu'un peu plus d'un million d'hectare (soit moins que 4% de la
SAU).
En résumé donc, un secteur agriculture et forêts qui
ne pèse plus que 3% du PIB, mais occupe encore 87% de la surface du
territoire national et contribue, par le biais de la seule agriculture, à
l'émission de 18% des GES sur près de 60% de la surface. Compte
tenu des récents accords de Marrakech et des perspectives de
décompte des " puits ", cette importance de la surface occupée
redonne à ce secteur un poids significatif dans le contexte de l'effet
de serre et du changement climatique. Quels impacts prévisibles, quelles
solutions pour limiter les émissions et augmenter les capacités
de séquestration ? Ce sont les questions que va aborder cet exposé,
à partir des travaux de la recherche agronomique française
à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) sur le sujet
ces dernières années.
[R] Travaux de recherche à l'INRA sur l'effet de serre et le changement climatique
Si les travaux de recherche poursuivis dans les années 1980, tant
dans le cadre du département de Bioclimatologie (en particulier à
Avignon et Grignon sur l'impact des modifications du microclimat ou du climat
local) que dans celui des départements d'Agronomie (Clermont-Ferrand
et Laon) ou de Science du sol (Avignon, Dijon, Grignon, Orléans, etc.)
sur les cycles du carbone et de l'azote, permettaient de disposer du potentiel
scientifique et technique nécessaires, ce n'est que vers le début
des années 1990 qu'il a été décidé d'organiser
une mobilisation de chercheurs et laboratoires sur ce thème. Cette
mobilisation s'est appuyée sur une incitation (soutenue par des
crédits affectés), dans le cadre du programme Agrotech (voir
le compte rendu dans INRA, 1995). Elle a permis de rassembler une
communauté d'une vingtaine de chercheurs sur les deux volets
complémentaires suivants :
- évaluation des impacts d'un doublement du CO2 et d'un
réchauffement climatique sur la production agricole et forestière
;
- quantification des échanges des surfaces agricoles et forestières
pour les GES et appréciation de l'efficacité des pratiques
pour réduire les émissions ou augmenter les absorptions.
Ces deux volets complémentaires ont été poursuivis
simultanément et leur philosophie générale est
représentée dans les deux schémas ci-dessus (fig. 2
et 3), sachant que nous ne traiterons pas ici de la production forestière
en nous limitant au seul aspect de l'agriculture.
Figure 2. Organisation des travaux sur l'impact du changement
climatique
LMD : Laboratoire de météorologie dynamique du CVNRS ; CNRM
: Centre national de recherches météorologiques.
EA :département Environnement et Agronomie (INRA) ; FMN :
département Forêts et Milieux naturels (INRA).

Figure 3. Organisation des travaux sur l'effet de
serre
[R] Impacts du changement climatique sur la production agricole
Les travaux dans ce domaine effectués au cours de la dernière décennie ont logiquement porté, en premier lieu, sur les productions qui occupent une part prépondérante de la superficie agricole : les grandes cultures et les prairies et fourrages.
Figure 4 : Schéma de prise en compte des différents
facteurs pour la simulation du fonctionnement des
cultures
Rayt = rayonnement ; Tair = température de
l'air.
Grandes cultures
Pour les grandes cultures, les travaux ont combiné des études
écophysiologiques sur l'influence du doublement du CO2
sur le fonctionnement des cultures et des analyses à partir des
modèles de simulation de ces cultures, CÉRES puis STICS,
développés à l'INRA (Brisson, 1998), en prenant en compte
simultanément l'effet du CO2 et des scénarios
climatiques pour la fin du siècle (fig. 4, ci-dessus).
Appliqués essentiellement au blé et au maïs, ces travaux
ont permis d'obtenir des ordres de grandeur des effets attendus sur le rendement
de ces cultures pour des situations climatiques variées (Delécolle
et al., 1995), dont l'essentiel est présenté dans le
tableau II, ci-dessous (repris d'après Delécolle et al.,
1999).
Ces résultats font apparaître des effets se situant dans une
fourchette allant de +10% à -15%, environ, résultant du poids
relatif d'un effet positif de la fertilisation carbonée (fig. 5) et
de l'effet négatif du raccourcissement du cycle végétatif
attribuable au réchauffement prévu. À noter également,
dans tous les cas, une diminution attendue de la consommation en eau,
conséquence de la réduction de conductance stomatique.
Tableau II. Impacts simulés pour différentes
espèces et conditions
| Culture | Lieu | Rendement | Consommation en eau |
| 1 - Blé - Maïs 2 - Blé |
Versailles (sans irrigation) Avignon (irrigué) Versailles (sans irrigation) Avignon (irrigué) Toulouse (irrigué) Versailles (irrigué) |
+5,7 +2,5 +10,6 -16,1 +4,0 +2,9 |
- 1,7 - 5,7 - 12,4 - 16,2 - 5,8 0 |
Variations simulées des rendements et des consommations
en eau de cultures de blé et de maïs en différents lieux
(exprimées en pourcentages des valeurs simulées en conditions
actuelles).
Résultats 1 : scénario climatique GISS transitoire, année
2030, CO2 460 ppm, modèles CÉRES, moyenne sur 30 ans
simulés.
Résultats 2 : scénario ARPÈGE Climat, anomalies de
températures sur sept ans, modèles STICS, effet CO2 non pris
en compte, moyenne sur 16 années simulées.
Sources : Delécolle (données non
publiées).
Ces résultats permettent d'avoir un ordre de grandeur des effets prévisibles sur les grandes cultures. Ils n'ont pas été repris, pour le moment, pour d'autres cultures importantes telles que le tournesol, le colza, la betterave à sucre, comme cela serait possible techniquement. Et ceci pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il n'est pas totalement certain que les modèles, dans l'état actuel des choses, reproduisent totalement les interactions entre la fertilisation azotée et le fonctionnement des cultures, en particulier sous l'angle de la contrainte hydrique. Ensuite, ils n'incorporent pas les effets des autres contraintes biotiques (adventices, maladies, insectes) à prendre en compte dans les systèmes de culture. Par ailleurs, les scénarios climatiques mis en uvre étaient encore assez imparfaits, d'une part, pour la pluviométrie et donc la contrainte hydrique, d'autre part, en termes de résolution spatiale, avec une maille élémentaire de 200 km. Les progrès récents des modélisateurs du climat sur ces deux points amènent à envisager maintenant une reprise de ces travaux et un affinement des prévisions, qui pourraient être étendues aux autres cultures annuelles. Plus qu'une information précise sur les perspectives de rendement à la fin du siècle, ces travaux devraient permettre d'indiquer des pistes pour les orientations génétiques à mettre en uvre, et commencer à raisonner sur des systèmes de culture adaptés à ces nouvelles conditions. Globalement cependant, les résultats cités plus haut incitent à penser que le changement climatique ne devrait pas poser de problème insurmontable pour les grandes cultures, dont les capacités d'adaptation rapide (quelques années) ont été démontrées dans le passé, à la suite des modifications successives d'orientation de la Politique agricole commune (PAC) au niveau de l'UE. C'est peut-être le facteur " eau " qui posera le plus de problèmes, si les tendances qui se dessinent dans les scénarios actuels (Déqué, 2000) vers une diminution de pluviométrie au cours des saisons déjà sèches se confirment.

Figure
5
Prairies
L'autre production qui a fait l'objet d'études approfondies est la
production prairiale, qui reste importante même si elle diminue
régulièrement, comme nous l'avons noté plus haut (l'addition
des 10,5 millions d'hectares toujours en herbe et des 2,7 millions d'hectares
de prairies temporaires ou artificielles conduit à un total de l'ordre
de 13 millions d'hectares, soit le même ordre de grandeur que les grandes
cultures que nous venons d'évoquer).
Là aussi, les travaux menés à Clermont-Ferrand, sous
la responsabilité de J.-F. Soussana, ont associé des études
écophysiologiques en conditions contrôlées à des
simulations basées sur des scénarios " fin de siècle
".
Les premières ont permis d'évaluer, dans des conditions
d'enrichissement à l'air libre (mini-FACE), la dynamique de la
végétation en prairie permanente soumise à un enrichissement
en CO2 de 70% (600 ppm) (Teyssonneyre et al., 2002) : la
composition botanique est modifiée significativement et, si les
graminées demeurent dominantes dans tous les cas, l'équilibre
entre espèces se déplace en faveur des légumineuses
fixatrices d'azote lorsque la prairie est bien exploitée, ou des
dicotylédones non fixatrices lorsqu'elle l'est peu. Ces changements
dans la structure des communautés prairiales ont eu des conséquences
à la fois pour la biodiversité et la valeur pastorale. La baisse
de biodiversité observée habituellement en cas de coupes peu
fréquentes a été évitée sous forte
concentration en CO2, et la valeur pastorale augmentée,
en cas de fort rythme de coupes. Toujours dans ce cas, la production annuelle
de biomasse aérienne a été significativement accrue
(+30% en deux ans), avec un accroissement plus faible (+11%) dans les prairies
coupées plus fréquemment.
Pour évaluer l'effet simultané d'un scénario avec doublement
du CO2 et d'un réchauffement de +3°C, une
expérimentation a été conduite sous serre pendant trois
ans, toujours à Clermont-Ferrand, sur une prairie temporaire de ray-grass
cultivée à deux niveaux d'apport d'azote (Casella et al.,
1996). Si l'efficience de l'eau a bien été augmentée
(de 17 à 30%) sous CO2 doublé sans réchauffement,
la combinaison des deux effets a conduit à une nette augmentation
de l'évapotranspiration, en particulier au printemps, avec un
dessèchement accru et prolongé du sol en été
et une forte réduction du drainage en hiver. En conséquence,
si la production fourragère a bien été augmentée
(+19% et +14% respectivement, suivant le niveau d'azote) dans le cas du seul
doublement de CO2, l'association de celui-ci et du réchauffement
simulé de 3°C n'a pas conduit à une modification notable
de la production : l'augmentation au printemps et en automne, qui s'accompagne
d'un allongement de trois semaines de la période de croissance
végétative, est quasiment annulée par une productivité
estivale plus faible sous le climat estival plus chaud. Au niveau de la valeur
alimentaire, si la composition et la digestibilité des parois
végétales ont été peu modifiées,
l'équilibre entre valeur énergétique et valeur azotée
du fourrage a été modifié par l'augmentation des sucres
solubles et la diminution des matières azotées totales (Casella
et Soussana, 1997).
Figure 6. Effets du réchauffement climatique sur la première date de coupe en moyenne montagne alpine (juin, 2001)
Ces travaux écophysiologiques ont permis d'obtenir des
éléments d'information précis, qui sont
complétés par les travaux de simulation basés sur des
scénarios climatiques issus du modèle ARPÈGE
développé par Météo-France (Déqué,
2000) avec une maille de 80 km, et appliqués sur trois sites du Massif
central, en utilisant le modèle de simulation d'écosystème
prairial PASIM. Les principaux résultats sont les suivants (Soussana
et al., 2001) : en moyenne annuelle, pour ces régions à
pluviométrie élevée (de 1 080 à 1 300 mm), l'effet
serait largement positif dans le cas d'une gestion par fauche, avec une
augmentation de photosynthèse, de production de biomasse aérienne
et de protéines s'élevant respectivement à 37%, 25%
et 11% (dont 25%, 18% et 5% seraient attribuables, d'après le
modèle, au seul doublement de CO2, ce qui est en accord
avec les résultats expérimentaux mentionnés
précédemment). Cet effet positif serait assez indépendant
des modes de gestion, puisque les différentes combinaisons de
fréquence de fauche, de fertilisation azotée et de modes de
pâturage testées sur un site (Allier) ne font varier le gain
de production que de 18 à 25%. Dans le cas d'un pâturage, les
effets positifs apparaissent moindres (7% au maximum dans le cas d'un fort
chargement) du fait des contraintes liées au pâturage.
Pour aller vers une vision encore plus complète au niveau des
systèmes d'élevage, cette étude a été
poursuivie en étudiant les conditions d'adaptation à ces nouvelles
conditions : si l'exploitation dans son mode actuel induisait une augmentation
du foin récolté (de 9 à 34% suivant les modes de gestion),
elle n'aurait qu'une faible influence sur la production animale. En revanche,
l'augmentation du chargement animal de 20% ou l'extension de la saison de
pâturage de trois semaines permettrait chacune d'accroître
l'ingestion et la production de viande dans des proportions allant de 7 à
20% pour la première et de 2 à 20% également pour la
seconde.
Comme dans le cas des grandes cultures à l'heure actuelle, il semble
difficile d'aller plus loin dans l'état actuel des choses, d'une part,
en raison des incertitudes sur les scénarios climatiques, en particulier
pour ce qui concerne la pluviométrie, et, d'autre part, à cause
des limites encore rencontrées par le modèle de prairie, tant
sur la description du fonctionnement (pas de modulation intra-annuelle de
la production et donc de prise en compte d'épisodes de sécheresse
en été) que sur leurs modalités de gestion du pâturage
(chargement constant tout au cours de la saison, résultats à
l'échelle de la parcelle et non pas de l'exploitation). Par ailleurs,
et comme pour les cultures annuelles, il reste une interrogation forte sur
la contrainte hydrique. À ce propos, si celle-ci devait rester
modérée pour la zone étudiée du Massif central,
elle jouerait un rôle important en zone méditerranéenne.
Et si le réchauffement climatique doit se traduire par une avance
notable des dates de coupe, par exemple dans les zones de moyenne montagne
des Alpes (fig. 6), comme cela a été simulé avec les
scénarios climatiques (cette fois avec celui développé
au LMD par Y. Polcher, voir Crossley et al., 2000), il est évident
que l'effet sur la production fourragère dans ces régions
dépendra en premier lieu de la pluviométrie, pour laquelle
les progrès dans la prévision à partir des modèles
climatiques seront déterminants.
Figure 7. Évolution des dates de floraison du pommier
dans le Sud-Est (Balandran) sur la période
1973-2000
En haut : dates observées ;en bas : dates simulées
avec un modèle phénologique. (Domergue, 2001).
Cultures pérennes
(arbres fruitiers et vigne)
Bien qu'elles occupent une faible part de la superficie agricole, ces productions
restent économiquement importantes (en particulier, la vigne). Par
ailleurs, elles posent la question des impacts en termes, non seulement
quantitatifs (quelle influence sur le rendement ?) mais aussi de qualité
(là aussi, surtout pour la vigne).
Figure 8. Évolution des dates du début des vendanges à Chateauneuf-du-Pape (Ganichot, 2002)
Les travaux de recherche sur ces productions ont commencé plus
récemment. Contrairement aux cas précédents, elles n'ont
pas donné lieu à des études écophysiologiques
ou à la mise en uvre de modèles de simulation, qui ne
sont pas encore disponibles, même si une version de STICS-vigne est
en cours d'élaboration et devrait pouvoir faire l'objet de travaux
à base de scénarios climatiques.
Dans un premier temps, la démarche s'est focalisée sur la prise
en compte de la phénologie, qui joue un rôle de premier plan
sur ces productions et est directement en rapport avec la température
de l'air, donc susceptible d'être affectée en premier lieu par
le réchauffement climatique. Les premiers résultats obtenus
font apparaître, de façon très nette, une avance
significative des divers stades phénologiques, comme l'indiquent les
figures suivantes pour les arbres fruitiers et sur la vigne (fig. 7 et 8),
à titre d'exemples assez représentatifs cependant de l'ensemble
des cas observés.
Ces deux exemples indiquent, de manière assez spectaculaire mais
systématique, une évolution de la précocité
phénologique aux différents stades (de l'ordre de deux semaines
pour la floraison du pommier sur 30 ans à trois, voire quatre semaines
sur la date de vendange dans les 50 dernières années). Ils
sont encore préliminaires, car il faudrait faire la part, pour la
date des vendanges, de ce qui est attribuable à l'évolution
des techniques culturales et du climat. En tout état de cause, cette
réserve ne porte pas sur la floraison du pommier, dont l'évolution
observée est assez bien confirmée par un module phénologique
classique (fig. 7, en bas).
Figure 9. Estimations des dates de floraison de trois arbres
fruitiers (pommier, abricotier et pêcher)
pour deux sites (sud - Camargue - et nord de la vallée
du Rhône), avec les données climatiques des séries 1965-1989,
1990-2000 et deux scénarios de réchauffement 2 x CO2 classique
et 2 x CO2 avec variabilité
(Domergue, 2001)
Il ne paraît donc pas exagéré de prétendre que
l'élévation de température, d'aileurs confirmée
par les données climatiques (non reproduites ici), observée
en particulier dans la décennie 1990-2000, s'est déjà
traduite par une avance notable des stades phénologiques, dont on
peut considérer qu'ils agissent comme révélateurs du
réchauffement climatique. Bien sûr, ces résultats sont
partiels et en particulier limités pour le moment au sud-est de la
France. Une action est en cours actuellement pour collecter les données
phénologiques sur l'ensemble du territoire et les sites d'observation
propres à l'INRA, mais aussi dans les différents domaines
gérés par la profession. Toujours en restant à la
considération de la seule phénologie pour le moment, il a
été possible de simuler les conséquences des scénarios
de réchauffement (fig. 9 et 10).
Au travers de ces exemples, on voit que la date de floraison des
différentes espèces est finalement peu avancée dans
le site le plus au sud (par le jeu antagoniste des besoins en froid, puis
en chaleur), alors qu'elle est plus sensible au réchauffement au nord.
Par ailleurs, contrairement à ce qui peut être attendu du seul
point de vue climatique par le relèvement des températures
nocturnes, les dégâts de gel apparaissent notablement accrus
dans un certain nombre de cas, à cause de l'avancée de la date
de floraison. Au-delà de ces résultats, encore une fois
préliminaires et qui demandent à être confirmés,
il faut retenir que l'effet du réchauffement climatique, vraisemblablement
perceptible déjà sur les 10 dernières années,
mettra en jeu des mécanismes complexes (succession des besoins en
froid, puis en chaleur) qui devront être pris en compte dans la
sélection variétale et pourraient remettre en cause
l'étalement géographique des zones de production. Par ailleurs,
le risque de gel ne disparaîtra pas, au contraire, mais, pour aller
plus loin sur ce problème, il faudra que les modèles climatiques
soient plus performants que maintenant sur les valeurs-seuil, alors qu'ils
ont surtout traité jusqu'à présent les valeurs
moyennes.
Pour la vigne, et toujours en se limitant pour le moment au sud de la France,
le travail de Lebon (2002) montre un effet très marqué du
réchauffement (l'effet des besoins en froid étant insignifiant),
dont il est encore difficile de percevoir toutes les implications. On peut
cependant noter que l'avancée spectaculaire de la date de véraison
amènerait la phase de maturation vers la période la plus chaude
de l'année, avec en particulier des nuits chaudes (minimales
supérieures à 18°C), alors qu'actuellement ces nuits sont
tempérées (entre 14 et 18°C). Or, ces températures
fraîches sont, à l'heure actuelle, un facteur de qualité
en zone méditerranéenne. Bien évidemment, ce n'est qu'un
élément et il va falloir mettre en uvre des analyses
plus poussées pour porter un véritable diagnostic. De même,
il est évident que les effets du changement climatique seront très
différents pour les vignobles septentrionaux. D'ores et déjà,
cependant, on peut estimer qu'ils seront aussi significatifs pour la
répartition géographique des types de production (et même
de choix de cépages) et qu'il faudra prévoir une adaptation
des terroirs traditionnels à cette nouvelle donnée climatique
probable.
Axes actuels de recherche
Ces exemples, récemment abordés, des cultures pérennes
amènent à penser, de par leur fonction de " révélateurs
" au niveau de la phénologie, que le réchauffement climatique
est déjà présent ou, qu'à tout le moins, le climat
de la dernière décennie a présenté des
particularités qu'il faut se préparer à voir persister,
au minimum. Au-delà des travaux passés sur les scénarios
" fin de siècle ", cela conduit à formuler la priorité
vers une analyse approfondie du passé récent et du présent,
de façon à pouvoir apporter des éléments de
réponse pour l'horizon 2020-2030 (et non plus seulement 2070-2100).
Figure 10. Projection de l'évolution de la
phénologie de la vigne (cépage Syrah) dans la région
de Montpellier
(Lebon, 2002)
Par ailleurs, s'il est envisagé de ne pas délaisser totalement
le cas des grandes cultures (au niveau de la sélection, en particulier,
mais aussi des adventices et des ravageurs, peu abordés jusqu'à
présent) et des prairies, on peut penser que leurs capacités
d'adaptation rapide doit nous conduire maintenant à donner la
priorité au niveau de la recherche aux cultures pérennes, dont
le temps d'adaptation est plutôt de 10 à 20 ans.
Dans ce cadre en particulier (mais c'est valable, à un degré
moindre pour les autres productions), il faudra pouvoir obtenir des
modélisateurs du climat des scénarios avec un degré
de confiance plus fort qu'actuellement sur les autres facteurs que la
température (pluie mais aussi rayonnement global), une
régionalisation plus poussée (maille de 50 km) et des indications
plus complètes que la valeur moyenne (variabilité,
valeurs-seuil).
Enfin, il faudra, pour l'ensemble des productions, se préoccuper de
la qualité autant que de la quantité et, par ailleurs,
intégrer les conséquences environnementales dans le champ des
impacts à prendre en compte, tant il est vrai qu'à l'heure
actuelle on ne peut plus traiter, dans le cadre de l'agriculture
européenne, de production sans mettre au premier rang ces deux
composantes. Il faut d'ailleurs noter que les conséquences
environnementales des productions jouent elles-mêmes, par le biais
du sol ou des échanges avec l'atmosphère, un rôle sur
l'effet de serre, et qu'il faudra donc prendre en compte la rétroaction
: changement climatique/effet de serre. Cette transition nous amène
à envisager maintenant les travaux effectués sur l'effet de
serre, comme annoncé.
[R] Agriculture et bilan des gaz à effet de serre
Si les équipes de l'INRA disposaient déjà d'une bonne
maîtrise, tant au plan de l'expérimentation qu'à celui
de la modélisation, des échanges de CO2 entre le
sol ou un couvert végétal avec l'atmosphère d'un
côté (bioclimatologie) et des mécanismes de
dénitrification dans le sol, plutôt appliquée à
l'époque au problème de rejet des nitrates dans les sols ou
de l'évolution de la matière organique en physique des sols,
il a fallu faire évoluer les programmes de façon assez
significative vers le problème de la contribution de l'agriculture
à l'effet de serre.
À partir du programme Agrotech, déjà présenté,
c'est le programme AGRIGES qui a pris le relais de 1994 à 1998 pour
stimuler et coordonner ces travaux (INRA, 1995 ; Académie d'agriculture,
1999). Cofinancé par plusieurs institutions, il a conduit à
obtenir un certain nombre de résultats, qui sont présentés
ci-dessous (les travaux portant sur les flux et le stockage du carbone dans
les forêts n'étant pas traités ici).
Stockage du carbone dans les sols
Les travaux préalables d'Arrouays et Pélissier (1994) avaient
permis d'obtenir une description assez précise de l'évolution
des stocks de carbone sur une période d'une trentaine d'années
dans le cas du passage d'une forêt à une culture (maïs)
sur les limons du piedmont pyrénéen (fig. 11, ci-dessous).
Figure 11. Évolution du stock de carbone dans le
cas d'une transition forêt/culture
(Arrouays et Pélissier, 1994)
En ordonnée : carbone du sol, en kg.m-2 ; en abscisse : années
après déforestation.
Dans le cadre du programme AGRIGES, il a surtout été essayé de passer à une échelle plus large (le territoire français), en calculant les stocks sur une profondeur de 0-30 cm. Pour cela, ont été croisées les caractéristiques de types de sol et d'occupation, à partir des estimations obtenues pour chacune de ces variables en utilisant les données contenues dans les diverses cartes pédologiques du territoire (fig. 12, ci-dessous).
Figure 12. Stocks de carbone et occupations des sols
(Arrouays et al., 1999)
La carte obtenue (fig. 13, ci-dessous) permet à la fois d'apprécier la répartition géographique de ces stocks et de proposer une première estimation (3 milliards de tonnes de carbone à l'échelle du territoire français pour la couche 0-30 cm).

Figure 13. Distribution géographique du carbone organique
dans les sols de France
(Arrouays, 1999)
En blanc : données non disponibles..
Par rapport aux évaluations mondiales (1 500 milliards de tonnes),
le territoire métropolitain représenterait 1/500 des stocks
mondiaux, mais il faut noter que ceux-ci sont estimés sur une profondeur
de un mètre et que, sur cette base, on se rapprocherait plutôt
d'une valeur de 1/400 à 1/300. Sous un autre angle, on peut mettre
en rapport ce stock avec les émissions de carbone de la France,
estimées à 100 millions de tonnes, soit environ 3% du stock.
Pour pouvoir apprécier l'évolution de ce stock en fonction
de l'usage des sols, le travail de Arrouays et Balesdent (1999) a combiné
les données historiques avec une estimation du stockage propre à
chaque usage et un modèle de dynamique du carbone à deux
compartiments.
Figure 14. Estimation du stockage de carbone
dans les sols français depuis 1850 En
Mt.an-1,
avec les enveloppes correspondant aux hypothèses
extrêmes de stock à l'équilibre sous forêts ou
surfaces toujours en herbe. (Balesdent et Arrouays, 1999)
La figure 14 permet de résumer l'essentiel de l'évolution,
en montrant un stockage continu depuis 1850 en raison de la diminution des
surfaces cultivées. Malgré l'augmentation de celles-ci à
partir de 1970 aux dépens des prairies, le bilan est resté
positif car les prairies et forêts mises en place auparavant tendent
vers la maturité et continuent à accumuler du carbone. La mise
en place de la jachère nue imposée par la PAC vers 1990 a conduit
à un stockage faible en fin de période, mais le potentiel de
stockage actuel serait de l'ordre de 2 à 4% des émissions du
pays (pour un scénario maximal comprenant la conversion de 3 millions
d'hectares de cultures et des 0,8 millions d'hectare actuels de jachère
en prairies et en forêts). Il faudrait cependant tempérer cette
estimation par la prise en compte de l'augmentation de température,
qui aurait pu se traduire par un " déstockage " de 80 millions de
tonnes depuis 1975, par le biais de l'effet sur la minéralisation
des matières organiques tel qu'il est pris en compte dans le modèle,
et serait susceptible, à lui seul, d'annihiler tout ou partie de ce
stockage ! À noter également que l'étude n'a pas pris
en compte l'évolution de la productivité des systèmes
agricoles ou forestiers, faute de données suffisantes.
Il reste donc beaucoup à faire pour une évaluation précise
de scénarios : le développement du modèle MORGANE (Arrouays
et al., 1999) devrait être un élément de base
pour affiner les estimations actuelles, en complément des
éléments disponibles, à une échelle plus fine,
sur l'évaluation de l'effet des pratiques (fig. 15).
Il faut également noter que les recherches sur l'utilisation des cultures
comme biocarburants peuvent également conduire à des
possibilités de stockage du carbone, qui font l'objet d'évaluations
en cours.
Émissions d'oxyde nitreux et de méthane
Ces deux gaz ont également fait l'objet d'études mobilisant
plusieurs équipes de l'INRA, mais qui seront évoquées
plus succinctement ici que le stockage du carbone, dans la mesure où
celui-ci a pris une importance particulière depuis les récents
accords de Marrakech et fait l'objet de réflexions sur des actions
à mettre en uvre à un niveau politique
Figure 15. Évaluation du potentiel de stockage des différentes pratiques (Balesdent, 1995).
Au niveau du N2O, ces études ont combiné des travaux
de modélisation fine des processus de dénitrification et de
nitrification résultant de l'activité microbienne dans les
sols (Germon et al., 1999) et des mesures de terrain par des
méthodes micrométéorologiques ou de chambres
d'échanges gazeux (Laville et al., 1999). Elles ont permis
de réévaluer les estimations d'émission aux échelles
régionales fournies par les modèles (Renault, 1999) ou par
le GIEC/IPCC à partir de facteurs d'émission (Cellier et Laville,
1999). Si ces méthodes d'évaluation donnent des résultats
globalement fiables à l'échelle du territoire (avec une valeur
de l'ordre de 1 kg/ha d'azote) des apports de fertilisants, les résultats
obtenus mettent en évidence un effet du sol très marqué
et une influence qui pourrait être plus que proportionnelle de la
disponibilité de l'azote minéral. Pour aller plus loin dans
la définition de moyens d'action (autres que la seule réduction
de l'apport d'engrais, seule mesure d'ailleurs envisagée dans le cadre
du programme de lutte, en lien avec les mesures de réduction de pollution
des eaux par les nitrates), il faudra prendre en compte les
spécificités du milieu naturel (sol, climat) et l'impact des
techniques culturales au niveau des régions. C'est l'orientation actuelle
des travaux dans ce domaine, qui s'appuie sur une évaluation des facteurs
d'émission adaptés aux caractéristiques locales et,
plus généralement, l'utilisation de modèles mécanistes
en cours d'élaboration (Cellier et Laville, 1999). En termes de pratiques
agronomiques à l'échelle locale, il est cependant déjà
possible, au-delà de la recommandation évidente d'ajustement
strict des apports d'engrais aux besoins des cultures, d'attirer l'attention
sur la limitation de la disponibilité d'azote minéral, d'une
part, et le maintien d'un état structural favorable à
l'aération, permettant de limiter les périodes d'anoxie et
les émissions attribuables à la dénitrification, d'autre
part (Germon et al., 1999).
Pour le méthane, l'estimation grossière du bilan sur les sols
en France, proposée par Roger et al. (1999), a montré
que si les sols cultivés, et plus généralement les sols
dans leur ensemble, constituent des puits (à hauteur respectivement
de 274 et 236 t/jour), ceux-ci sont d'un ordre de grandeur inférieur
aux émissions attribuables à l'élevage (4 500 t/j) et
aux décharges (2 250 t/j). Elle justifie le fait que les travaux,
au niveau de l'INRA, se sont concentrés sur les émissions
liées à l'élevage. En dehors des estimations à
l'échelle nationale que nous venons de mentionner et qui ont pu être
appliquées à l'échelle régionale, en montrant
des disparités allant de 1 à 60 en fonction de la population
bovine (Sauvant et al., 1999), ces travaux ont mis en uvre une
analyse approfondie des mécanismes de la méthanogénèse
et de sa signification nutritionnelle. Celle-ci a permis d'analyser les facteurs
de variation entre espèces et intra-espèces, ainsi que l'effet
du type d'alimentation.
Si des pistes peuvent être suggérées pour réduire
l'émission au niveau individuel (en termes de nature du régime
et d'emploi d'additifs alimentaires), la marge de manuvre apparaît
faible, d'autant plus que des recherches plus poussées seraient
nécessaires pour évaluer la portée de ces mesures (sans
compter que l'on exclut, bien sûr, le recours aux farines animales
ou aux antibiotiques). Une réduction significative de l'émission
ne peut être obtenue qu'en baissant le niveau de performance, et il
faut savoir que la production de méthane, exprimée par rapport
au kg de lait, diminue nettement pour les niveaux de production laitière
élevée. Il n'apparaît donc pas de voie évidente
dans ce secteur à moins de diminuer la population animale, ce qui,
évidemment, pose d'autres problèmes !
Pour que le tour d'horizon soit complet, il faut également mentionner
les recherches en cours à l'INRA de Rennes pour réduire les
émissions des bâtiments d'élevage, en particulier par
l'utilisation de litière. Mais il est encore trop tôt pour en
présenter des résultats, qui devraient compléter ceux
obtenus par le CEMAGREF sur le traitement et l'épandage des
déjections animales (Martinez et al., 1999), sachant que ce
secteur devrait représenter l'équivalent de 0,9 Mt/an de carbone
en 2010.
À l'issue de ce très large tour d'horizon, il est possible
de revenir brièvement sur les enjeux qui ont été
évoqués en introduction, et tout d'abord sur le plan de l'effet
de serre.
Au niveau français, une vision d'ensemble peut être obtenue
à partir d'un document officiel très récent puisque
datant de mars 2002 (troisième communication nationale à la
Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, à
consulter sur le site Internet de la MIES, à
www.effet-de-serre.gouv.fr. Il y est spécifié, après
un bref rappel sur le risque d'une diminution des réserves en eau
des sols pour la production agricole et forestière et des résultats
que nous avons mentionnés concernant les prairies, que la France n'avait
pas encore défini de programme spécifique d'adaptation au
changement climatique, en dehors des lois sur l'aménagement du territoire
et sur la protection de l'environnement. Au niveau des émissions de
GES, après mention d'études en cours sur la production
d'électricité à partir de la biomasse et de
l'expérimentation à échelle industrielle de la production
et de la distribution de biocarburants (susceptible d'éviter
l'émission de 1 Mt/an de CO2), il est rappelé que
le Plan national de lutte contre le changement climatique (PNLCC) de 1977
ne contenait que peu d'actions volontaristes de maîtrise des
émissions dans le secteur agricole, mais décrivait les impacts
de certaines évolutions de la Politique agricole commune (PAC) sur
ces émissions. À l'heure actuelle, et en dehors des mesures
spécifiques au secteur forestier, sont mentionnées la
nécessité d'agir sur les déjections animales (susceptibles
de conduire à des émissions de l'ordre de 3 Mt/an de CO2
en 2010), l'orientation vers une limitation des apports d'azote par
le biais d'une redevance dans le cadre de la loi sur l'eau en cours d'examen
et l'amélioration des connaissances par le biais de la recherche (sur
la biomasse, la fermentation entérique des ruminants, les émissions
de N20 par les sols ainsi que le stockage de carbone dans ces
mêmes sols). Enfin, l'agriculture serait indirectement concernée
par l'objectif de convertir 30 000 ha/an, ramené à 10 000 ha/an,
en raison de la tempête de fin 1999, de terres agricoles en
forêts.
Au niveau européen, il ne paraît pas exister de dispositif
commun, et un élément important, déjà mentionné
au niveau français, sera représenté par l'élaboration
de la nouvelle PAC en 2003, qui conditionnera notablement les relations de
l'agriculture avec son environnement.
La même remarque vaut également, bien sûr, pour les impacts
du changement climatique. Cependant, s'il apparaît souhaitable de le
prendre en compte dès maintenant au niveau des forêts (d'une
part, à cause de leur temps de réponse long mais aussi parce
que les travaux des forestiers de l'INRA mettent en évidence une
augmentation notable de la productivité, de l'ordre de 30%, sans que
l'on sache clairement quelle est la part de l'élévation du
gaz carbonique, du réchauffement et de la fertilisation azotée
via la pluie), il apparaît encore nécessaire d'approfondir la
connaissance sur ce point, d'une part, au niveau des scénarios climatiques
et, d'autre part, de l'analyse du passé récent et des
évolutions possibles. A ce niveau, l'affichage clair d'une priorité
donnée au changement climatique dans les orientations du VIe PCRD
(Plan commun de recherche et développement) en cours de mise en place
est une bonne garantie de progression à l'échelon européen.
Texte adapté de la communication présentée
par l'auteur au LXVe Congrès de l'Ordre des agronomes du
Québec, à Québec (Canada), le 7 juin 2002, et repris
avec l'aimable autorisation de l'Ordre.
Titre originel : " Vision européenne sur les changements climatiques
et sur la production et la réduction de gaz à effet de serre
en regard de l'agriculture, à partir de l'exemple de la recherche
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