Tous les essais OGM en milieu non confiné ne sont pas équivalents.
Il est nécessaire, pour asseoir le débat social, de dégager
une typologie. Il convient cependant, pour clarifier les distinctions
dans le débat actuel, d'éviter des clivages faux ou peu adaptés
qui s'appuieraient sur le type de responsable de l'essai,
le caractère plus ou moins fondamental ou encore la superficie
de la surface portant l'essai.
En revanche, le type de finalités permet de distinguer les
différentes catégories d'essai de façon à répondre plus facilement
aux questions de la société. Cette classification selon la
finalité permet :
-de resituer les demandes d'autorisation de dissémination
par rapport à la production de biens publics et/ou de biens
privés ,
- de spécifier les conditions de mise en débat.
En tout état de cause, les principes suivis, les précautions
prises doivent suivre dans les deux types d'essais les mêmes
degrés d'exigence.
Dans cette perspective, l'INRA propose de retenir la partition
suivante en deux ordres :
· les essais de premier ordre ou de compréhension
et de validation, que ce soit d'un phénomène biologique, du
risque, du fonctionnement dans un système agronomique, d'une
stratégie de recherche pour valider l'efficacité d'une construction
génétique ou des protocoles expérimentaux suivis, d'une méthodologie
d'évaluation des risques ou des bénéfices,
· les essais de deuxième ordre ou de vérification
de l'adéquation à une réglementation ou aux règles d'un marché,
de l'efficience en terme de comparaisons de performances agronomiques
ou biochimiques au titre de l'autorisation de dissémination,
de l'inscription au catalogue, ou de l'obtention d'un C.O.V.
.
Pour reprendre le vocabulaire utilisé par la CGB et le comité
de biovigilance, les niveaux 1, 2, 3 peuvent se placer, selon
leur finalité aussi bien dans les essais de compréhension
que de vérification. Par exemple :
· essais de compréhension :
niveau 1 : sur des constructions génétiques nouvelles préalablement
testées en milieu confiné
niveau 2 : essais de comportement d'un OGM dans des milieux
agro-climatiques différents (climat, pression de sélection
des ravageurs, …)
niveau 3 : compréhension d'un système agricole, évaluation
des pratiques, compréhension des principaux facteurs déterminant
les méthodes de biovigilance, compréhension et expérimentation
des itinéraires techniques, détermination des éventuels avantages
agricoles.
· essais de vérification : selon l'INRA, ces essais concernent,
niveau 1 : obtention de la propriété intellectuelle (DHS ),
niveau 2 : essais DHS-VAT , et inscription au catalogue,
niveau 3 : prescriptions d'itinéraires techniques.
L'INRA, organisme public de recherche finalisée, a trois missions
: production de connaissances, expertise publique indépendante,
et contribution à l'innovation. A ce titre, son activité est
d'abord liée aux essais de compréhension : ces derniers s'inscrivent
dans chaque mission et chacune d'entre elles nécessite la
conduite de ces essais y compris ceux de niveau 3 qui permettront
un jour de mieux comprendre, maîtriser et évaluer les systèmes
agronomiques utilisant des OGM.
Les missions régaliennes liées aux essais de vérification
(inscription au catalogue, autorisation de dissémination,
propriété intellectuelle) sont confiées au GEVES ,, groupement
d'intérêt public dont l'INRA est membre. C'est donc à travers
le GEVES que l'INRA est concerné par les essais de vérification.
Les essais de compréhension
Pour la production des connaissances, les essais de
compréhension s'inscrivent dans un processus qui a débuté
par l'élaboration de modèles théoriques et par des essais
en serres. Les essais en milieu non confiné en conditions
agronomiques réelles valident les hypothèses et en ouvrent
d'autres. Ils sont suivis de façon rigoureuse.
Ainsi, par exemple :
· les croisements colza/ravenelle sont théoriquement possibles
; les essais en milieu ouvert peuvent préciser si les gènes
conférés sont stables et si les individus hybrides ont un
avantage sélectif ;
· l'intégration d'un transgène dans un arbre demande de recueillir
des données sur la stabilité de la construction génétique,
sur la fiabilité de son expression, et sur le comportement
des arbres pendant des dizaines d'années ; ceci est impossible
à prévoir par un modèle mathématique.
Pour l'expertise publique, il est indispensable que
les chercheurs de l'INRA puissent mener des essais qui développent
aussi bien les savoirs que le savoir-faire pour contribuer
à évaluer les protocoles et les données des dossiers déposés
en commission d'évaluation ou à approfondir les connaissances
sur certains aspects. Ainsi, l'INRA a été le premier à étudier
rigoureusement les flux de gènes ou à démontrer indirectement
les limites de l'efficacité dans le temps de certaines variétés
transgéniques. Les ministères concernés peuvent rappeler le
rôle de l'expertise dans l'évaluation du risque, sa gestion,
ou dans l'appui à la négociation internationale.
Actuellement des essais de compréhension, dans des modalités
de niveau 3, devraient être décidés pour permettre à la biovigilance
de construire ses méthodes et ses outils. Des essais de niveau
2 (ou 3) sont nécessaires pour produire le matériau des analyses
toxicologiques et d'alimentarité. De façon tout aussi légitime,
certains essais de compréhension pourraient être voués à l'analyse
des avantages potentiels de certains OGM.
Dans l'innovation, l'INRA pourrait être amené à développer
des essais de compréhension sur des constructions végétales
poursuivant plusieurs objectifs spécifiques (durabilité, adaptation
à des environnements ou des milieux contraignants, espèces
orphelines) qui ne seraient pas étudiés par les autres intervenants.
Sur ces essais de compréhension, l'INRA, en tant que partie
prenante et acteur, préconise les règles suivantes :
· principe de précaution :
il appartient à la CGB et au comité de biovigilance de donner
leur avis sur ces notions et de préciser quels risques potentiels
il est destiné à éviter ;
· principe de parcimonie :
les mises en contexte doivent être optimisées et utiliser
au mieux les données existantes pour ne cibler que le strict
nécessaire ; les synergies avec la modélisation seront recherchées
;
· principe de transparence :
le but étant la compréhension et la production de biens publics
et partagés, les données et les résultats (sauf partie éminemment
confidentielle en lien notamment avec la protection intellectuelle)
devraient être divulgués et partagés.
L'INRA est convaincu de la nécessité d'un accompagnement social.
A son niveau de responsable de l'essai, il s'engage, comme
il l'a déjà fait en plusieurs occasions, à organiser systématiquement
un débat local, et à construire les règles de bon voisinage.
Ces essais n'ont pas de liens avec une mise sur un marché.
Ils sont tournés vers la production de biens publics. En tant
que tels, ils doivent rester accessibles à tous, afin d'assurer
notamment la diffusion des connaissances. La régulation sociale
peut s'effectuer a priori à l'initiative du responsable de
la stratégie de recherche, afin de maintenir une liberté intellectuelle
nécessaire à cette activité créative. Ainsi, l'INRA mène en
ce moment, en amont de la construction des programmes de recherche
finalisés, une opération pilote de co-construction sociale
.
La régulation sociale devrait plutôt intervenir a posteriori.
Le résultat des confrontations entre différentes sensibilités
sur les résultats des essais menés dans les campagnes précédentes
, connus au fur et à mesure, pourrait alors être officiellement
adressé aux décideurs politiques et aux responsables de l'essai.
Les essais de vérification
Le GIP GEVES est la structure experte pour effectuer les essais
avant inscription au catalogue ou en vue d'une protection
juridique des obtentions végétales dont l'INRA est un des
membres et auquel ce dernier apporte un soutien scientifique
aux missions de haute technicité.
Les acteurs les plus légitimes pour rappeler l'utilité de
ces essais sont les acteurs économiques et les pouvoirs publics.
En effet, ces essais se situent dans une perspective de mise
sur le marché de produits ou d'innovations, et d'insertion
dans un contexte réglementaire (par exemple de protection
de la propriété). Ces essais de DHS et de VAT, permettent
la loyauté des transactions (inscription des variétés au catalogue,
qualité substantielle des semences, protection de la propriété),
leur sécurité (parasitologie, santé des plantes, qualité des
semences), l'animation vertueuse de l'amélioration génétique
(vérification de l'apport de la nouvelle variété, et éventuellement
dans l'avenir, définition de nouveaux critères de durabilité
dans le cahier des charges), l'aide au positionnement international
dans l'élaboration des règles d'échange.
Les modalités de gestion devraient suivre les mêmes principes
de précaution, transparence, et parcimonie évoqués plus haut,
tout en veillant à respecter la partie réellement confidentielle
et pré-compétitive des résultats.
Pour cette catégorie d'essais, il pourrait être intéressant
de procéder à des analyses globales sur les avantages et les
contraintes ou risques de certains types d'innovation (par
exemple, emplois d'OGM résistants à un herbicide dans un système
agronomique global en comparaison avec d'autres systèmes de
production). Les résultats de ces analyses pourraient être
portés au débat sur la pertinence de ces types d'innovation.
En conclusion générale, la CGB et le comité de biovigilance
pourraient se porter garants, en plus des missions qu'ils
développent déjà, du classement des essais dans chaque ordre,
et du suivi des principes évoqués.
L'avis de l'INRA est le suivant :
- les essais de compréhension sont nécessaires pour son activité
d'organisme public de recherche finalisée ; ils doivent suivre
les principes de précaution, parcimonie et transparence ;
ils sont porteurs du bien public et doivent être partagés
et régulés socialement éventuellement a priori sur l'initiative
du responsable de l'essai, systématiquement a posteriori par
un débat d'opinion,
- les essais de vérification semblent être tout aussi nécessaires
pour d'autres secteurs et finalités ; ils sont soumis au même
degré d'exigence et de précaution que les essais de compréhension
; l'INRA est prêt à apporter son appui à toute organisation
d'analyse agro-économique globale et comparée sur les coûts
et bénéfices de certains types d'innovations.