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Pertinence économique et faisabilité d’une filière "sans OGM"


Faisabilité d’une filière sans OGM : Une organisation interactive

Comportements et opinions des consommateurs face à des produits "OGM" et «sans OGM»

Méthodologies et techniques de détection permettant de caractériser les produits "sans OGM"

Isolement des Collectes et Maîtrise des Disséminations au Champ

Analyse économique et réglementaire de l'organisation d'une filière "sans OGM"

Quelques éléments de synthèse sur l'étude de faisabilité d'une filière "sans OGM"

Intervention de Marion Guillou – Directrice générale de l’INRA



Faisabilité d’une filière sans OGM : Une organisation interactive entre chercheurs et acteurs socio-économiques

L’association étroite entre les chercheurs, leurs partenaires des filières agroalimentaires, les consommateurs et les pouvoirs publics est une des originalités de ce programme de recherche sur la faisibilité d’une filière sans OGM.

En effet, dans un contexte économique, réglementaire et technique très évolutif, il semblait indispensable de construire un mode de fonctionnement très réactif, organisant une concertation permanente entre les chercheurs et les partenaires du programme. Ceux-ci étaient bien entendu intéressés par la connaissance en temps réel de l'avancée des travaux de la recherche, mais pouvaient aussi contribuer à la faire progresser plus rapidement en mettant à disposition des chercheurs, sous clause de confidentialité, des informations non publiées ou en facilitant l'accès de ceux-ci à des sites industriels ou commerciaux.

L’ACTA, en concertation avec l'INRA, la FNSEA et les 37 partenaires a proposé un schéma de fonctionnement qui a été approuvé par le Comité de pilotage du programme lors de sa première réunion en février 1999:
- Quatre groupes de travail correspondant aux 4 sous-programmes (comportement des consommateurs, méthodes de détection des OGM, contamination génétique des récoltes, traçabilité des filières) ont été créés. Ces groupes ont rassemblé les représentants des partenaires et ont été animés par les chercheurs responsables des différents volets de la recherche ; ils ont bénéficié de l’appui logistique de l ’ACTA et de l'INRA.
- Un Comité, présidé par Guy Riba, a été chargé de la coordination scientifique des travaux ; il a joué un rôle essentiel pour gérer les interactions entre sous-programmes et pour discuter les résultats obtenus.

Au sein de ces groupes, une réflexion commune avec les équipes de recherche a pu être menée sur les hypothèses de travail proposées. Les résultats des recherches ont été discutés au fur et à mesure de leur obtention, ce qui a permis une meilleure appropriation de ceux-ci par les participants, tout en respectant l’indépendance des chercheurs quant à la manière de traiter les questions posées.

Au-delà des résultats scientifiques obtenus, le programme a permis d’organiser dans la durée une réflexion collective sur des bases scientifiques, entre des acteurs aux intérêts différents. Une enquête a posteriori a permis de constater la satisfaction globale des partenaires vis à vis du mode de fonctionnement des groupes de travail.

La gestion de ce programme se rapproche de certains modèles préconisés par les spécialistes de la sociologie de l’innovation, où les utilisateurs de la recherche sont acteurs dans le processus d'innovation; ce type de modèle est particulièrement adapté aux situations où les recherches menées sont susceptibles de conduire à des ruptures par rapport aux pratiques antérieures des acteurs socio-économiques. On peut donc penser qu'il devrait être utilisé plus fréquemment à l'avenir et que l'expérience de ce programme pourrait être utile à d'autres partenaires.


contact : Christophe Roturier ACTA


Comportements et opinions des consommateurs face à des produits « OGM » et « sans OGM »



Aujourd’hui, les Français sont quasi unanimement hostiles aux OGM. Cela s’explique aisément : cette technologie est jugée inutile pour le consommateur, alors même qu’elle est perçue comme possiblement à risque (santé, environnement) et préoccupante sur le plan de l’éthique et du rapport à la nature. Dans ce contexte, la première génération de produits ‘OGM’, lancée de façon dissimulée et contrainte pour le consommateur, est jugée illégitime par l’opinion publique. Ces conditions de diffusion nourrissent l’hostilité, lui donnant un contenu économique, voire politique.

L'hostilité s’étend aujourd’hui à tout ce qui est ingéré par l’homme : auxiliaires de fabrication ou alimentation animale compris. Les médicaments ne sont plus épargnés. 50 % de l’opinion est même hostiles à l’usage des OGM pour les emballages ou les carburants. On voit par là qu’une part de l’hostilité trouve sa source non dans les produits OGM eux-mêmes, mais dans leur production et leur diffusion, telles qu’elles sont réalisées actuellement en tout cas.

L’analyse détaillée des opinions et des comportements des consommateurs suggère que la séparation de filières ‘OGM’ et ‘non OGM’ constitue un élément décisif d’une levée de l’hostilité aux OGM. Les travaux menés dans cette étude montrent que trois conditions sont nécessaires au succès.

1. Les produits conventionnels doivent rester des produits ‘sans OGM’. Les comportements actuels montrent que les consommateurs considèrent les produits conventionnels habituellement consommés comme ‘sans OGM’. Ceci ne va pas de soi, la majorité des Français ignorant la réglementation actuelle sur l’étiquetage et peu connaissant les produits concernés. Dans ces conditions, créer une niche de produits ‘sans OGM’ conduirait à une suspicion de présence d’OGM dans les produits conventionnels, aggravant l’hostilité. L’opinion réclame l’isolement des produits ‘avec OGM’, non la création d’une niche de produits ‘sans’. En particulier, les Français ne veulent pas de produits ‘sans’ cantonnés aux labels de qualité existants : agriculture biologique, labels rouges, etc. Les 2/3 considèrent d’ailleurs que ces produits sont, dès aujourd’hui, garantis sans OGM.

2. Un étiquetage clair des produits ‘OGM’, signalés par un logo. Les recherches de ce programme montrent que l’étiquetage actuel, au niveau des ingrédients, ne convient pas. Les consommateurs ne le voient pas, même lorsqu’ils ont la possibilité de manipuler longuement les produits. Ceci explique pourquoi les études de consommation faites en grandes surface concluent à un faible impact de l’étiquetage sur la demande : il ne s'agit pas d'acceptation des OGM mais de non perception. La demande d’étiquetage des produits ‘OGM’ rassemble 97% des opinions et 85% réclament un logo pour ces produits, venant redoubler l’information détaillée au niveau des ingrédients.

3. Un seuil de tolérance fortuite d’OGM dans les produits ‘sans OGM’ qui soit inférieur à 1%, voire de 0,1%. Qu’est-ce qu’un produit ‘sans OGM’ ? Opinions et comportements sont très contrastés sur cette question. Si les seuils de 1%, et de 0,1% sont clairement rejetés par les opinions (80% réclamant un seuil unique ‘au seuil de détection’), les comportements effectifs des consommateurs sont plus nuancés. Ainsi, un produit étiqueté à 1% conduit à une baisse moyenne des propensions à payer de 10%, avec seulement 8,5% de boycotte. Un produit étiqueté à 0,1% conduit à une baisse moyenne des propensions à payer de 0,6% seulement : un tel produit est perçu comme équivalent à un produit conventionnel.
Si une séparation claire et fiable des filières "OGM" et "sans OGM" est mise en place, dans quelle mesure les consommateurs seront ils encore disposés à acheter des produits "OGM" ? Souhaiter une séparation et un étiquetage ne signifie pas pour les consommateurs ne pas acheter d’OGM. En situation expérimentale réelle d’achat, si l’étiquetage ‘OGM’ entraîne une baisse moyenne des prix de 39%, les comportements individuels sont contrastés. Seuls 35% des consommateurs refusent d’acquérir ces produits. Un autre tiers accepte en baissant sa propension à payer (de -28% en moyenne), le dernier tiers accepte sans contrepartie. L’allégation ‘sans OGM’ a un impact plus faible : 7,5% de hausse de prix par rapport au produit conventionnel, la moitié seulement des consommateurs accroissant sa propension à payer (de 22% en moyenne). Comme on peut le voir, la demande unanime de séparation et d'étiquetage des "OGM" ne signifie pas leur rejet général.


contact : Bernard RUFFIEUX, Professeur des Universités
IREPD-ENSGI Ecole Nationale Supérieure de Génie Industriel (INPG)
46 avenue Félix Viallet 38031 Grenoble



Méthodologies et techniques de détection permettant de caractériser les produits « sans OGM »



La définition d’une filière « sans OGM » repose d’une part sur les perceptions et besoins recensés des consommateurs et d’autre part sur des critères techniques objectifs de définition de cette filière. Le but de ce programme était donc de :

- fournir un référentiel scientifique et technique nécessaire à une éventuelle mise en place d’une filière « sans utilisation d’OGM », de le proposer sous forme de scenarii à l’étude du programme 1 (cf. travaux de B. Ruffieux), d’étudier les diverses implications en terme de faisabilité technique des contrôles, selon les hypothèses étudiées (seuil, types de produits, obligations de moyens vs. obligation de résultats ou les deux ),

- déterminer un type de test, de préférence basé sur les acides nucléiques, afin d’effectuer les contrôles permettant de certifier la filière,

- déterminer l’origine d’éventuels surcoûts en analyses, d’évaluer leur montant et leur localisation au long de la filière.


1. La définition des paramètres techniques de la filière analysés a porté sur :

les seuils : 0,01 % (limite de détection de la norme AFNOR1 ) ; 0,1 % (limite de quantification de la norme AFNOR(1)) ; 1 % (seuil d’étiquetage réglementaire de présence fortuite) ; 5 %.
· Le nombre d’analyses variera fortement selon les plans de contrôles adoptés, en particulier en amont (semences, sortie de ferme et organismes collecteurs-stockeurs, premiers transformateurs) et les risques de rejet de faux positifs et négatifs acceptés par les acheteurs et vendeurs,
· Le nombre de produits critiques (pour lesquels la quantité de protéine ou d’ADN à analyser devient trop faible) augmente avec la baisse du seuil, accroissant la nécessité d’une traçabilité accrue. les produits concernés par la filière : les ingrédients, arômes et additifs sont concernés, du fait de la réglementation européenne sur le seuil de présence fortuite. Par contre la prise en compte, des auxiliaires technologiques, vaccins, etc. se heurte à l’impossibilité technique des contrôles du fait du manque d’informations sur ces produits et généralement de leur très faible teneur en analyte. À nouveau, seule une bonne traçabilité permettrait l’intégration de ces produits dans la filière « sans OGM ». Les outils de détection ne pourront donc porter que sur les PGM (plantes génétiquement modifiées). les obligations : une filière spécialisée peut se caractériser par une obligation de moyens (par exemple au travers d’un cahier des charges), une obligation de résultats (par exemple être en dessous d’un seuil) ou les deux. En raison de la réglementation européenne concernant le seuil de présence fortuite, une filière « sans OGM » devrait être caractérisée par les obligations de moyens et de résultats.

2. En se limitant aux PGM, on peut constater que tous les OGM actuellement autorisés au sein de l’UE possèdent une séquence nucléique de type P35S. Des tests PCR qualitatif et quantitatif ont été développés. Leur validation prochaine par un test inter-laboratoires devrait permettre de les proposer à la normalisation.

3. Les surcoûts

Les surcoûts en analyses seraient majoritairement supportés par l’amont de la filière (semenciers, producteurs ou importateurs, etc.). Selon le seuil et les plans de contrôles retenus, le coût des analyses, sur semences, pourrait ainsi être multiplié par 7 entre 1 % et 0,1 %. Pour les produits transformés, une bonne traçabilité permet de diminuer le nombre d’analyses nécessaires.

Les surcoûts dus aux déclassements augmenteraient avec la baisse du seuil. Pourtant, selon les produits, l’impact du coût des semences diminue au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la production (exemple du maïs : près de 10 % pour les semoules à moins de 5 % pour des produits dérivés tels que les amidons, sorbitols, etc.). Il existe donc, de l’amont vers l’aval, et particulièrement pour les produits les plus transformés, une dilution du surcoût dû aux analyses.



En conclusion :

dans la situation européenne actuelle une filière « sans OGM » est accessible au point de vue analytique si le seuil retenu (³ 0,1%) n’induit pas trop de variabilité, source de contentieux. Peu de surcoûts dus aux analyses sont attendus pour les produits transformés. Les plans de contrôles doivent résulter d’un compromis réaliste entre les acheteurs et vendeurs compte tenu de l’état actuel des autorisations européennes sur les OGM, un test P35S qualitatif et quantitatif permet de répondre aux besoins actuels de contrôle sur les produits de l’UE une traçabilité normalisée et sans faille est un facteur essentiel à la constitution d’une telle filière tant pour les points critiques (produits pour lesquels la teneur en ADN est trop faible) que si des produits tels que les auxiliaires technologiques ou vaccins sont inclus dans son périmètre.

L’évolution vers une situation de forte pression en OGM (surfaces et nombre d’OGM autorisés) multiplierait le type et le nombre d’ analyses nécessaires (actuellement le nombre d’analyses en production de semences est multiplié par 20 entre le continent nord-américain et l’Europe), obérant fortement la capacité de développer une telle filière.

La situation étudiée de filière « sans OGM » parait constituer un excellent modèle d’organisation de filières de qualité.

(1) Association Française de NORmalisation
contact : Yves BERTHEAU INRA UR phytopathologie et méthodologies de la détection



Isolement des Collectes et Maîtrise des Disséminations au Champ



On étudie les points clés d'un isolement des récoltes "non OGM" au champ et dans les entreprises de collecte (interlocuteur commercial et technique des agriculteurs), et on met en évidence les stratégies qui permettent de garantir le respect de différents seuils de contamination (1 %, 0.1 %, traces).

Au champ, le soja, plante à 99 % autogame pose peu de problèmes. Si les semences n'ont pas été contaminées au conditionnement, les différents seuils sont aisés à respecter, sauf le seuil de 0.01 % qui pourrait être dépassé si des champs OGM et non OGM voisinent.

Le cas du maïs est beaucoup plus complexe : en effet, du fait de la séparation, sur la plante, des fleurs mâles et femelles, cette espèce est entièrement allogame. Un modèle de dissémination du pollen et de fécondation a été réalisé en s'appuyant sur différentes données bibliographiques et sur les expérimentations menées par l'AGPM. Ce modèle permet d'estimer le taux de contamination d'une (ou de plusieurs) parcelle(s) non OGM par une (ou plusieurs) parcelle(s) OGM, en fonction de leur distance, de leur taille, des caractéristiques des variétés (précocité, quantités de pollen produites), des dates et densité de semis et du climat avant et pendant la floraison (vent, températures…). Il apparaît que le respect du seuil de 1 % nécessite, pour des parcelles de même taille, 100 m d'isolement entre champs ou, pour des parcelles adjacentes, un décalage de floraison (OGM plus précoce) de 50°jours. Pour respecter le seuil de 0.1 %, une distance de 400 m est nécessaire, ou 200 m et 50°jours. Le respect du seuil de 0.01 % (traces) nécessiterait une séparation régionale complète des variétés OGM et non OGM.

Les productions de semences, eu égard à leur moindre émission de pollen, nécessitent des précautions encore plus grandes (par exemple : 400 m au lieu de 100 pour respecter un seuil de 1 %).

L'étude de la séparation des collectes se base sur la réalisation d’une enquête dans 23 entreprises. Les entreprises ont été choisies selon 3 indicateurs susceptibles d'influer sur les capacités et les stratégies de séparation : le volume total de grains récoltés, la part du maïs et du soja dans la collecte, et la région d'implantation. Ces enquêtes permettent de dégager différentes logiques de séparation de lots, aujourd'hui appliquées à des filières diverses (maïs waxy, semences) et susceptibles d'être mises en œuvre pour une filière sans OGM.
Les risques de mélange sont analysés en rapport avec ces organisations. Sans détailler tous les types de situations identifiés, les risques sont a priori élevés quand le lot est transféré plusieurs fois et que différents types de produits sont séchés par un même séchoir. Ils sont faibles quand le matériel de transport, le site de collecte et le séchoir sont dédiés à un seul type de produit. Ils sont moyens quand certaines procédures de planification des collectes permettent l'utilisation du matériel et des structures de stockage en minimisant le croisement des flux.

La maîtrise de ces risques suppose des outils agronomiques, des choix de formes de transactions avec les agriculteurs (contrats, cahiers des charges…) et des procédures de contrôle des moyens de production et des résultats. La synthèse de ces moyens de maîtrise permet de dégager trois types de modalités de séparation de filières "sans OGM" envisageables dans la situation où les OGM occuperaient, en France, quelques niches bien identifiées :

1- Dans une logique d’isolement régionale l’ensemble des acteurs de la région s’entendent pour interdire toute vente, implantation, collecte de semences d’OGM sur un bassin de production « naturellement » isolé. Cette coordination sans ambiguïté sur le « tout sans OGM» permet d’utiliser les équipements existants. Elle a quand même un coût, celui des analyses faites en cours de culture pour prévoir le taux de contamination à l’échelle du bassin et celles que l’on fait sur les silos après séchage. Les limites de cette logique tiennent à l’absence de traçabilité avant le séchoir et à la sensibilité de ce système à l’effet de quelques champs OGM non déclarés.


2- Dans une logique de recours aux équipements de séchage et de stockage des agriculteurs qui en disposent pour isoler des lots « sans OGM » (ou OGM) on reporte la collecte de ces lots dans le temps. Il est alors possible de faire des analyses par exploitation. On réduit ainsi les risques de contamination dan le système de collecte et l’on assure la traçabilité des lots. Par contre, le volume de stockage mobilisable chez les agriculteurs limite la taille de la filière, les coûts d’analyses faites chez chaque agriculteur sont renforcés et la responsabilité des contaminations est reportée sur l’agriculteur.


3- Dans une logique de développement de contrats de production, quand deux filières coexistent sur le même bassin, on cherche à coordonner les pratiques des agriculteurs sur le bassin et à optimiser l’utilisation des infrastructures de l’entreprise. Lorsque celle-ci dispose d’un silo avec un séchoir dédiés à un type de maïs, le contrat vise à réduire les risques au niveau des parcelles et du transfert vers ce silo en proposant des pratiques de contrôle des disséminations et en créant un îlots de production autour du silo. Quand il n’y a pas de séchoir dédié le contrat fixe en plus une date de livraison et l’on vidange soigneusement le séchoir entre les deux types de
produits. Le premier système concerne des volumes limités (au volume du silo dédié). Le second cas augmente les risques de mélange.

contact : Jean-Marc MEYNARD et Marianne LE BAIL UMR INRA/INA PG d’Agronomie


Analyse économique et réglementaire de l'organisation d'une filière "sans OGM"



Les enjeux autour de l'étiquetage des produits "sans OGM" concernent l'information des consommateurs, mais pas leur sécurité. La qualification radicale "zéro OGM" est donc inutilement ambitieuse. De surcroît, elle est techniquement irréalisable. En revanche, une désignation moins restrictive "non OGM" est envisageable, elle correspond à un produit ne contenant pas d'OGM en acceptant dans une certaine marge d'erreur. Deux qualifications "non OGM" sont possibles, qui se différencient par le niveau du seuil de tolérance en OGM et par les contraintes de séparation et de garantie. Toutes les deux supposent une séparation stricte des filières et, aussi, un système de garantie très exigeant en traçabilités et en contrôles. Les coûts afférents sont concentrés aux stades de la production agricole, de la collecte et du stockage et de la première transformation où ils varient de 6,5 à 14% de la valeur du produit (cas de la filière soja américain IP). Pour la filière maïs en Europe où les surfaces cultivées sont très faibles, ils ne sont pas plus élevés. Dans tous les cas, les coûts se diluent en descendant la filière jusqu'aux consommateurs qui n'en ressentent qu'un faible impact en terme de prix. Soulignons qu'ils augmentent rapidement en fonction du niveau de seuil et de l'importance des superficies OGM. Les deux risques économiques majeurs sont : pour les consommateurs, la disparition de certains produits offerts ; pour les semenciers, les agriculteurs et les entreprises de collecte ou de première transformation, une déstabilisation des structures de production.

1) Vers une qualification "non OGM"

La réglementation européenne sur l'étiquetage des OGM (obligatoire à partir d'un seuil de présence fortuite de 1%) identifie uniquement les produits "avec OGM". Il n'y a pas de définition réglementaire des produits "sans OGM". Une qualification "zéro OGM" qui signalerait des produits totalement exempts d'OGM est techniquement irréalisable. Dès lors les producteurs doivent-ils renoncer à une qualification négative ? Dans la mesure où il n'y a pas d'enjeu de santé autour de cette information, une qualification moins restrictive est envisageable, de type "non OGM", désignant un produit ne contenant pas d'OGM dans une certaine marge d'erreur rigoureusement définie et contrôlable (un seuil). La question importante est alors celle du niveau de ce seuil. Aux stades intermédiaires des filières où les opérateurs sont surtout soucieux de fournir avec leurs produits des certificats garantissant une présence maximale d'OGM, le seuil de 1% de la réglementation positive est utilisé de facto pour organiser les transactions, aussi en France que, par exemple, aux Etats-Unis (cas des filières "d'identité préservée" (IP) destinées à l'exportation de soja vers l'Europe). Une autre stratégie consiste à se situer le plus près possible du seuil contrôlable par les techniques actuelles de détection (0,1%); c'est plutôt le cas des opérateurs aux stades de la transformation et de la distribution, soucieux de préserver leur image de marque ou d'acquérir un avantage concurrentiel.

2) Vers une traçabilité contraignante mais innovante

La fiabilité de l'étiquetage en matière d'OGM implique d’assurer la séparation des matières, de la semence à l'assiette. La continuité de cette séparation est délicate à cause de la très grande complexité des filières agro-alimentaires, du fait de trois facteurs structurels :
faible concentration et faible intégration verticale, internationalisation des flux de matières (problème des importation de soja par exemple), haut degré d'élaboration des produits (la plupart des activités de transformation alimentaire consistent aujourd'hui à désagréger les matières premières et à les réassembler en différents produits. Les opérateurs français peuvent respecter un seuil de 1% en recourant à trois stratégies, qui diffèrent en fonction des probabilités de mélange OGM/non OGM : remplacement des produits utilisant des variétés végétales concernées par les modifications transgéniques, approvisionnement en produits avec une garantie fiable de non mélange, élimination complète des produits si nécessaire.
Par ailleurs, la séparation des filières du seul fait de la réglementation est soumise à une double contrainte drastique, d'obligation de moyens et d'obligation de résultats. Ainsi, le système de garantie d'un produit "non OGM" est exigeant en techniques d'information et en organisation. Il doit combiner obligatoirement trois types de dispositifs. Tout d'abord, un dispositif de traçabilité de l'origine qui définit précisément les caractéristiques d'origine à suivre. Ensuite, des procédures de détection des OGM, afin de vérifier a posteriori la présence/'absence d'OGM. Enfin, un dispositif de traçabilité de processus afin de retrouver la source des produits suspects en cas de non conformité. Les opérateurs français ont mis en place de telles procédures en utilisant les systèmes de maîtrise de la qualité (par exemple certification d'Assurance Qualité ISO 9000) créés à des fins de gestion de la sécurité sanitaire des produits ; la caractéristique OGM est une simple variable supplémentaire sans changement organisationnel majeur. Deux faiblesses demeurent cependant : aux stades en amont la traçabilité de processus n'est pas totalement maîtrisée, alors qu'aux stades aval la traçabilité d'origine est rare.
Dans une Europe à faible "pression OGM" (nombre de types d'OGM et importance des surfaces en cultures OGM), ces systèmes sont efficaces à hauteur d'un seuil de 1%. Lorsque le seuil visé est de 0,1%, les opérateurs cherchent à mettre en place des filières dédiées et plus intégrées. Ce même objectif de 0,1% avec une pression OGM forte en Europe enforcerait considérablement cette tendance.


3) Dans la situation européenne actuelle, des coûts supportés par les opérateurs en amont des filières et peu ressentis par les consommateurs.
Pour évaluer les coûts associés à la séparation et à la garantie d'une filière "non OGM", plusieurs cas types peuvent être distingués. Le premier est celui d'une filière "dédiée", dont les équipements et l'organisation logistique sont totalement consacrés à la gestion d'une filière séparée ; c'est le cas de la filière soja sous "identité préservée" ("IP") organisée écemment aux Etats-Unis pour exporter vers l'Europe. Le deuxième est celui d'une filière de matières premières de base ("commodités"), c'est le cas de la filière maïs en Europe, sous faible pression OGM. Le dernier est virtuel pour le moment, ce serait par exemple une filière maïs européenne sous forte pression OGM.
La filière soja dédiée engendre des coûts liés à la préservation de l'identité "non OGM" (seuil à 1%) et des coûts liés à la garantie (traçabilité, contrôle, certification) que cette identité est préservée. A chacun des trois stades les plus en amont, les coûts représentent de 6,5% à 14 % de la valeur du produit. L'ensemble des coûts est concentré aux trois stades amont de la filière; en descendant la filière soja, les surcoûts se diluent et ne se traduisent éventuellement que par un surprix très modeste au niveau des consommateurs (par un effet mécanique lié la chaîne de valeur de la filière agro-alimentaire). Ces résultats peuvent globalement être utilisé à titre indicatif pour le cas d'une filière de "commodités", en l'occurrence la filière maïs en Europe avec un seuil de 1%. Comme le montre le secteur de l'amidonnerie, elle subit principalement des coûts de garantie, d'ailleurs partiellement absorbés par les systèmes préexistants de maîtrise de la qualité, les coûts d'une filière séparée sont donc relativement faibles.
Cependant, si les cultures de variétés OGM se développaient en Europe, on aurait affaires à l'émergence d'un troisième cas type : une filière dédiée avec pression OGM . Elle se traduirait par l'apparition de coûts de séparation "non OGM" et une augmentation sensible des coûts de garantie.
Au final, signalons deux risques économiques. Pour les consommateurs, autant qu'une hausse des prix, une conséquence importante risque d'être la suppression de nombreux produits de la gamme des fabricants. Pour les opérateurs situés aux stades les plus en amont des filières, là où se concentrent les coûts, le niveau de seuil est décisif : en se rapprochant du seuil de 0,1%, les coûts sont multipliés entre 4 et 7 fois. Ils sont toujours considérablement dilués en descendant la filière alimentaire, mais cela est susceptible de déstabiliser fortement les structures de production à ces stades où les marges sont étroites.

contact : Egizio VALCESCHINI INRA-SAD 16 rue Claude Bernard 75231 PARIS CEDEX 05


Quelques éléments de synthèse sur l'étude de faisabilité d'une filière "sans OGM"

1 L'étude a été un unique et premier carrefour de rencontres de la grande majorité des acteurs concernés par la problématique du semencier au producteur, des producteurs aux transformateurs, des transformateurs aux distributeurs de ceux-ci aux derniers utilisateurs que sont les consommateurs sans oublier la place des pouvoirs publics fortement impliqués dans cette problématique en Europe.
Cet intérêt partagé se manifeste notamment par une participation forte et soutenue aux groupes thématiques au sein desquels les informations ont été partagées avec confiance. On peut avérer cette assertion d'une part par les taux élevés de participation d'autre part par le retour d'opinions favorables à l'enquête réalisée.

Pour tirer des conclusions pratiques et négociées et pour suivre ensemble l’évolution des opinions et comportements des uns et des autres,

il est indispensable que cette dynamique soit prolongée selon des modalités et des missions qu'il appartient aux acteurs de définir

2 Les chercheurs ont utilisé et conçu des méthodes qui ont été validées par les partenaires mais également par la communauté de leurs pairs.

il est indispensable que les chercheurs publient leurs travaux dans des revues internationales à comité de lecture et qu'ils organisent un colloque scientifique européen au sein duquel leur expérience sera comparée et débattue

3 Cette étude tant par la démarche utilisée (implication des acteurs dans les protocoles, architecture de la démarche d'investigation, comparaison des opinions et des comportements) que par ses résultats, présente un intérêt générique évident s’agissant de la diversification des productions agricoles et de la segmentation des marchés. En effet il n'appartient pas à la recherche de décider à la place des acteurs ; en revanche les chercheurs doivent fournir tous les éléments techniques du problème permettant aux acteurs socio-économiques d'entrer dans une dynamique de négociation et de prévoir les incidences de leurs propositions entre autres à partir des données de l'étude.

Dans cet esprit une présentation synoptique sous forme d'une matrice de données est proposée en complément de quelques commentaires plus généraux.

4 Les commentaires généraux

* Pour la première fois une étude révèle et quantifie la différence qu'il y a entre l'opinion des citoyens et la propension à payer des mêmes personnes lorsqu'elles sont dans un acte d'achat en magasin. Bien entendu il ne s’agit pas d'opposer le citoyen (qui s'exprime
dans un champ sans contraintes sur l'idéal dont il rêve) et le consommateur (qui se détermine dans un champ contraint par son budget, le nombre de produits sur le rayon, etc..). Il s'agit en fait de combler une lacune majeure dans la situation actuelle en éclairant les acteurs et les pouvoirs publics de l'incidence de telles ou telles dispositions sur les opinions, les attitudes, les techniques et les prix.

* Les données fournies ne sont valables que dans le cadre de l'étude au moment où celle-ci a été conduite. A tout moment elles sont susceptibles d'évoluer en fonction d'éléments externes ou internes (arrivée sur le marché de produits "avec OGM" que le consommateur plébiscite, ou au contraire perte de confiance totale du consommateur suite à des dysfonctionnements graves de traçabilité ou d'étiquetage de produits "non OGM"

* Un élément critique est la définition d'un produit "non OGM". Il faut garder à l'esprit que le fait de considérer les auxiliaires technologiques (y compris les vaccins pour animaux) dans la définition d'une filière "non OGM" complique très fortement les procédures d'analyses et renforce la part qui sera consacrée aux procédures de traçabilité documentaire.

La matrice de données

1er scénario : les cultures OGM sont minoritaires dans le paysage et les produits contenant des OGM restent rares (situation d’actualité)

Seuil de 5%

Comportements et opinions
Refus manifeste de ce seuil par l'opinion des citoyens
Détection
Pas de difficultés techniques
Mise en culture et collecte
Aisé à respecter tant pour le soja que pour le maïs.
Analyse économique et réglementaire
Pas de surcoût des produits au niveau du consommateur car ceux-ci sont déjà pris en charge par l'amont des filières

Seuil de 1%

Comportements et opinions
* 63% des citoyens continuent de rejeter ce seuil qu'ils jugent trop élevé.
* 28% des consommateurs sont disposés à acheter des produits avec OGM si ceux ci coûtent 10% moins chers

Détection
* Pas de difficultés supplémentaires par rapport à ce qui se fait aujourd'hui
Mise en culture et collecte
* Il faut mettre en place une organisation particulière pour la production de semences et la collecte des récoltes.
* On peut facilement organiser la mise en place des cultures de soja en revanche il faut mettre en place des stratégies particulières d'isolement pour le maïs mais celles-ci sont accessibles et acceptables

Analyse économique et réglementaire
* surcoûts significatifs sur la production de semences et surcoûts non négligeables à la production du maïs, la collecte et la distribution tant du maïs que du soja.
* en revanche ces surcoûts n'ont qu'un impact faible sur le produit fini car ils sont déjà intégrés dans les prix actuellement pratiqués.
* quelques produits disparaissent du marché car ils ne peuvent plus être garantis à 1%, on assiste donc à la mise en vente de produits de substitution
* la crédibilité de la démarche ne repose que sur la capacité des acteurs à maîtriser les défaillances


Seuil de 0,5%

Comportements et opinions
* Pas de différence majeure entre les opinions et les comportements observés au seuil de 1%
Détection
* Techniquement réalisable mais le surcoût des analyses de semences est de 500% par rapport au seuil de 1% (faible incidence sur le coût du produit fini)
Mise en culture et collecte
* En l'absence d'étude précise sur ce seuil il est préférable de considérer qu'il s'agit d'un seuil de rupture impliquant des contraintes fortes sur la mise en place des cultures de maïs (tant semences que productions) qui ne sont compatibles qu'avec une organisation collective. En revanche sur soja les contraintes seraient supportables sans changement structurel majeur dans la production de semences et la collecte
Analyse économique et réglementaire
* une augmentation des surcoûts qui aura forcément une incidence sur les prix à la consommation
* une place croissante aux produits de substitution


Seuil de 0,1%

Comportements et opinions
* 49% des citoyens considèrent encore qu'un produit contenant 0,1% d'OGM doit être étiqueté "avec OGM"
* 48% des consommateurs sont disposés à acheter sans distinction de prix les produits marqués "OGM" tandis que 17% d'entre eux diminuent le prix de 22%, en opposition avec 30% des consommateurs qui augmentent le prix des produits marqués "OGM"


Finalement au seuil de O,1% la propension à payer correspond globalement à une légère augmentation du prix de 0,6%

Détection
* Le nombre de points critiques correspondant à des difficultés de détection augmente sensiblement
* En ce cas les procédures de traçabilité documentaire se multiplient


Mise en culture et collecte
* Nécessité de contrôles très rigoureux sur les semences de base et sur les semences importées de pays ayant des productions OGM.
*Les contraintes d'isolement des cultures deviennent très fortes en maïs et importantes en soja,
* les collectes doivent être totalement séparées.
* Ces contraintes ne sont techniquement et économiquement supportables que si les deux filières concernent des volumes significatifs. Il faut donc envisager une régionalisation des cultures de maïs


Analyse économique et réglementaire
* Explosion d'un facteur 4 à 6 des surcoûts par rapport à ceux déjà existants au seuil de1%
* substitution maximale de produits
* disparition de nombreux produits ne serait ce que par le fait qu'ils n'offriraient plus aucune marge


Seuil de détection de traces à la limite actuelle des méthodes (0,01%)

Comportements et opinions
* Le citoyen est globalement rassuré
* La propension des consommateurs à payer plus cher un produit sans OGM n'est que de 7%


Détection
* Techniquement très difficile ce qui ouvre la porte à de multiples discordances de résultats et de nombreux contentieux qui nuiront à la crédibilité de la filière "non OGM"
* il faut toutefois noter que la détection de transgène à 0,01% reste possible dans la plupart des produits de première transformation


Mise en culture et collecte
* La production de semences doit être faite intégralement en France sans aucune importation, le matériel élite à partir duquel elles sont produites doit être exempt de transgènes
* La production de semences doit être totalement isolée de toute culture de la même espèce
* les cultures avec ou non OGM doivent être géographiquement isolées
* les circuits de collecte et transformation doivent être intégralement séparés


Analyse économique et réglementaire
* la substitution de produits devient la règle. Les filières sont très fortement déstabilisées


2ème scénario : Les cultures OGM sont aussi importantes que les cultures non transgéniques et de nombreux produits contenant des transgènes sont sur le marché (situation du continent nord américain aujourd’hui)


Comportements et opinions


Un tel scénario constitue une rupture forte pour le citoyen et le consommateur qui jusqu'ici sont persuadés d'être dans un monde majoritairement sans OGM. Pour rester légitimes à leurs yeux les professionnels ou les pouvoirs publics devront mettre en place une information claire et simple : le consommateur attend d'avoir un signe très lisible indiquant les produits contenant des transgènes au seuil le plus bas possible (c'est à dire 0,1%).
Dans ce cadre là le fait d'avoir 2 seuils (l'un pour les produits contenant des OGM, l'autre pour des produits garantis sans OGM et une zone intermédiaire dans laquelle les produits ne sont pas étiquetés ) ne correspond ni à l'attente du citoyen ni au souhait du consommateur)


Détection


Les méthodes de détection doivent rester génériques mais ne peuvent plus se limiter à l'utilisation de séquences dérivées de S35. Il est souhaitable en ce cas de rendre obligatoire la fourniture des séquences nécessaires.
Le nombre d'analyses devient rapidement proportionnel au nombre d’OGM autorisés

Mise en culture et collecte

Au seuil de 1% les contrai Au seuil de 5% il faut mettre en place des précautions particulières notamment pour les collectes. ntes d'organisation deviennent très fortes. Il faut organiser des isolements géographiques pour la production de maïs ensilage et consommation. Il faut exclure toute culture de variétés transgéniques dans les zones de production de semences.
Les seuils de 0,1% et traces ne sont pas tenables en maïs ni probablement en soja compte tenu des importations actuelles massives de semences

Analyse économique et réglementaire


Il faut impérativement des filières dédiées dont les coûts de ségrégation augmentent considérablement. En revanche les coûts fixes se répartissent équitablement entre les 2 filières. Il est impératif de mettre en oeuvre des stratégies collectives définies par les pouvoirs publics en concertation avec les acteurs professionnels et les consommateurs


Les variables clés


En résumé l’étude montre que la mise en place de filières non OGM nécessite de procéder à des choix clairs sur les 7 éléments de décision suivants:


* le périmètre de la filière : par exemple l'intégration ou non des auxiliaires technologiques ou des vaccins pour les animaux a une incidence considérable sur la fiabilité des contrôles

* le choix de l'allégation : avec OGM, sans OGM ou non OGM sont les éléments autour desquels avaient été initiée l'étude. Il semble en conclusion de celle-ci qu'une allégation positive signalant la présence d'ingrédients transgéniques soit plus conforme à l'attente des citoyens et des consommateurs.

* le nombre de segments de marché : Séparer le marché en 2 catégories de produits (avec ou sans OGM) correspond aux attentes du consommateur et du citoyen.

* le niveau du (des) seuil (s) : La réflexion paraît devoir porter principalement sur la détermination d'un seuil unique compris entre 0,1% et 1%

* l'immersion dans les signes de qualité préexistants ou au contraire la distinction des produits par un signe nouveau : la question est de savoir s'il faut réserver la présence de produits sans OGM à des filières de qualité préexistantes

* les modalités d'indication : Dans le cas d'une allégation positive, le fait de mettre sur un emballage une phrase informative mais discrète plutôt qu'un logo qui saute à l'oeil n'est pas du tout neutre sur la crédibilité de la démarche et l'opinion du citoyen

* les modalités de partage des surcoûts : dans de nombreux cas évoqués les surcoûts sont supportés par l'amont et souvent déjà pris en compte. Ceci n'est absolument pas incompatible avec des négociations au cours desquelles acteurs se mettront d'accord soit sur une nouvelle répartition des surcoûts déjà pris en compte soit sur une distribution équilibrée et transparente des surcoûts supplémentaires.


Pour répondre à ces points les partenaires doivent prendre en considération 3 éléments de contexte :

· les différences entre opinions et attitudes d’achat
· le poids relatif des produits OGM par rapport à ceux qui n’en contiennent pas
· l’effet d’une information soutenue du consommateur


Conclusion

L'étude a permis de constituer une communauté au sein de laquelle l'ensemble de la problématique est évoquée. Elle apporte des éléments tout à fait novateurs qui permettent à l'ensemble des acteurs de poursuivre l'exploitation des données, de mesurer des
impacts, d'anticiper des évolutions. Elle fournit aux acteurs économiques et aux pouvoirs publics une aide à la décision et à la négociation en présentant pour 5 seuils d'arbitrage et à chaque maillon de la chaîne les incidences économiques, techniques et
sociales d'une ségrégation des deux filières.

contact : Guy RIBA Directeur Scientifique Plante et Produit du Végétal
INRA



Intervention de Marion Guillou – Directrice générale de l’INRA
30 novembre 2000



Pertinence économique et faisabilité d’une filière « sans OGM »



1. Utilité des études réalisées

- un apport d’éléments nouveaux et originaux qui permet à l’ensemble des acteurs de poursuivre l’exploitation des données, la mesure des impacts et l’anticipation des évolutions, à court et moyen terme,

- la formulation d’éléments d’aide à la décision et à la négociation pour les pouvoirs publics : éclairage de la question, seuils d’arbitrage, anticipation sur les incidences de leurs propositions.

2. Intérêts du processus de recherche engagé sur ces questions

- Au départ, une question portée par des acteurs sociaux et professionnels qui renvoie à des interrogations multiples du citoyen-consommateur,
- Des travaux finalisés qui éclairent cette question par un apport de connaissances originales (notamment sur le comportement du consommateur face aux OGM et sur les contraintes techniques posées par la mise en place éventuelle d’une filière « non OGM »),
- En retour, une évolution du questionnement initial : faut-il envisager une filière « non OGM » ou défendre l’idée d’un meilleur étiquetage des produits « OGM » ?
- Finalement, un « aller-retour » riche et stimulant entre une dynamique de connaissances « en train de se produire » et un questionnement progressif d’acteurs et de décideurs face aux « OGM ».

3. Un enjeu pour ces recherches : continuer ce mouvement d’interaction

- L’effort de recherche mérite d’être poursuivi, d’une part par un approfondissement de certaines questions encore en suspens et d’autre part, par une communication plus large des résultats acquis auprès de la communauté scientifique afin de les confronter avec d’autres.
- Ces résultats seront présentés lors d’un colloque qui sera organisé en 2001 par l’INRA, ce qui donnera la possibilité d’élargir le débat autour de ces questions.
- Par ailleurs, la méthode de construction et de gestion du programme est assez exemplaire.

4. Conclusion : le développement de l’expertise collective


En réponse à un questionnement porté par différents acteurs de la société (une question « publique »), ces travaux de recherche se sont appuyés sur une démarche pluridisciplinaire et finalisée. Ils visent à la fois à élargir l’ensemble des connaissances disponibles et à enrichir le débat entre les acteurs concernés (du producteur au consommateur). C’est là un enjeu important aujourd’hui pour un institut public de recherche finalisée tel que l’INRA.
Ils ne constituent pas une recommandation d’action et l’INRA n’est pas intervenu et n’a pas à intervenir dans les conclusions que le comité de pilotage a formulées. Ils ne constituent pas l’ensemble de ce que l’institut fait, mais sont un travail de quelques équipes de qualité en réponse à une question complexe. Les travaux de recherche contribuent à identifier et comprendre les questions que se posent différents intervenants de notre société, à suivre et à nourrir leur évolution. Ils ne concluent pas les débats.

Ainsi, par exemple, il me semble que d’autres questions peuvent encore se poser. La question de la traçabilité ne serait-elle pas devenue aussi centrale que celle des seuils ? La question est-elle maintenant de construire une filière sans OGM ou de définir ce qu’est la filière conventionnelle ? Faut-il envisager la question sous l’angle de la production et de la consommation ou faut-il privilégier un point de vue plus citoyen ? Depuis février 1999, le contexte a fortement changé : en quoi cela influence-t-il les méthodologies suivies et leur efficience ? ou encore, en d’autres termes, en quoi ces travaux peuvent-ils s’élargir et se prolonger en programme de recherche ? Quelles voies doivent être approfondies et mises en commun avec d’autres partenaires scientifiques européens ? Ces questions seront posées à l’occasion de publications ou d’échanges entre chercheurs, mais aussi lors d’un congrès européen scientifique que l’INRA souhaite organiser en 2001.

 



Dossier de presse du 30 novembre 2000

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Numéro spécial génomique végétale (janvier/février 2001)
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Le fichier d'empreintes génétiques des chênes européens :
un outil pour la biologie évolutive et pour la traçabilité des produits issus du chêne (décembre 2000)
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Pertinence économique et faisabilité d'une filière sans OGM (30/11/2000)
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Construire des plantes résistantes à la sécheresse ? (juin, juillet 2000)
Identification d'un gène à effet majeur sur la qualité de la viande de porc (mai 2000)
Le gène de l'anomalie "Bulldog" localisé en moins de six mois (mai 2000)

 

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Mise en ligne : Avril 2001