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Le miel

L'homme consomme le miel depuis fort longtemps, puisque la "cueillette" des essaims sauvages est déjà représentée sur les parois des grottes préhistoriques. De nombreuses cultures ont ensuite attribué à l'abeille une valeur symbolique particulière, voire un statut d'animal sacré, et le miel, aliment et médicament, a été consacré comme offrande rituelle. Jusqu'à l'utilisation de la canne à sucre puis de la betterave, le miel a surtout constitué la principale source de sucre concentré. S'il a aujourd'hui perdu cette fonction, il reste un aliment apprécié pour ses qualités gustatives originales.

La production mondiale de miel est supérieure à un million de tonnes par an ; elle est assurée principalement par la Chine (200 000 t), les pays de l'ex-Union Soviétique (120 000 t), les Etats-Unis (90 000 t) et l'Union Européenne (100 à 120 000 t). La France, premier producteur européen avec 30 à 35 000 tonnes, importe 6 à 8 000 tonnes et en exporte 1 500 (en miel de cru).

Le miel est un aliment entièrement élaboré par l'abeille, à partir de substances sucrées naturelles, prélevées directement sur les végétaux (nectar) ou sur des pucerons qui se nourissent de sève et excrètent des miellats (sucres prédigérés). L'homme n'intervient pas dans la fabrication du miel proprement dit ; le travail de l'apiculteur consiste à fournir aux abeilles des conditions favorables, puis à récolter le miel et à assurer sa conservation. Les recherches menées par l'INRA à Avignon, portent sur cette maîtrise de l'évolution du miel après récolte et sur l'analyse et la valorisation de la qualité des produits.

 

Technologie des miels

Si le miel est rattaché à la gamme des produits dits transformés, les technologies du miel ne visent pas une modification de ses propriétés, mais concernent son extraction, sa conservation, le contrôle de ses évolutions spontanées et son conditionnement.

Il y a une trentaine d'années, l'INRA a ainsi initié et développé une technique de conservation des miels par pasteurisation, à l'aide de pasteurisateurs à plaques provenant de l'industrie laitière. Toutes les grandes structures commerciales spécialisées dans le négoce des miels en France et en Europe ont aujourd'hui adopté cette technique, qui altère toutefois sensiblement certaines qualités intrinsèques originelles des produits.

Dans les années 1980, l'INRA a mis au point une technique de "cristallisation dirigée", permettant d'obtenir des miels dont le grain est plus fin et homogène. La cristallisation est une évolution spontanée du produit, due à sa sursaturation en sucre ; elle intervient plus ou moins rapidement et se traduit par la formation de cristaux de sucre plus ou moins grossiers ou hétérogènes, selon la composition du produit (part relative du fructose et du glucose) et ses conditions de conservation. Elle dépend également de la taille des " éléments figurés " en suspension dans le miel (grains de pollen...), puisque c'est au niveau de ces éléments solides notamment que peut s'amorcer la cristallisation. La méthode élaborée consiste à ensemencer le miel encore liquide avec un miel cristallisé à grain fin, fournissant des ''germes'' induisant la formation de nouveaux cristaux eux-mêmes de petite dimension.

L'INRA a enfin développé un procédé d'homogénéisation mécanique pour la préparation des miels crèmeux et facilement tartinables. La technique dite d'homogénéisation en double filière choisie par l'INRA est également inspirée directement de technologies de l'industrie laitière.


Analyse sensorielle

Disposer d'une méthode d'évaluation de la qualité est un préalable indispensable à la mise en place de signes distinctifs de qualité. Les paramètres analytiques physico-chimiques ne suffisent évidemment pas à cerner les caractéristiques organoleptiques d'un produit, et l'analyse sensorielle reste une composante majeure de l'évaluation. Elle implique que le dégustateur puisse traduire son jugement de manière rationnelle et reproductible, en s'appuyant sur une grille d'analyse.

L'absence de toute référence dans ce domaine a conduit l'INRA à s'engager, en 1978, dans le développement d'une méthodologie d'analyse sensorielle originale, faisant appel à l'expérience des oenologues. L'organisation de stages de dégustation a permis de tester et de mettre au point une fiche de description complète des caractéristiques des miels (critères visuels, olfactifs, gustatifs et tactiles) et un système cohérent de notation comportant une évaluation d'ensemble du produit.

Cette méthode d'objectivation de la qualité des produits, d'ailleurs adoptée par l'Italie, permet la formation de dégustateurs compétents, et donc la constitution de jurys capables de statuer sur la conformité d'un produit à une norme de qualité ou de participer à des opérations de promotion (animation de concours de miels régionaux notamment). Elle est également utile aux apiculteurs, qui peuvent ainsi mieux évaluer et contrôler leur propre production.


Certifications de la qualité

L'INRA s'intéresse depuis plus de dix ans à la mise en oeuvre de "signes de qualité", et travaille dans ce sens en collaboration avec les organismes compétents tels que la DGAL (Direction Générale de l'ALimentation du ministère de l'Agriculture), l'INAO (Institut National des Appellations d'Origine), le CNEVA (Centre National d'Etudes Vétérinaires et Alimentaires), les bureaux de certification de la qualité, les Chambres d'agriculture et les groupements professionnels. L'INRA a ainsi participé à la définition des cahiers des charges de toutes les appellations et a fourni l'expert rapporteur auprès des commissions d'habilitation.

Cet engagement de l'Institut auprès des professionnels et des organismes de certification a déjà abouti à l'obtention des trois labels rouges nationaux et de l'Appellation d'Origine Contrôlée suivants :

- ''Miel de lavandes'', label rouge mis en place en 1991, sur la base d'un ancien label régional déjà obtenu avec l'aide de l'INRA en 1972 ;

- ''Miel de Provence'', label agréé en 1994, réservé aux produits à base de flore régionale (lavande, thym, romarin...) ;

- ''Miel de Sapin d'Alsace'', commercialisé depuis 1995 ;

- ''Miel de Sapin des Vosges'', première AOC en matière de miel, dont l'arrêté est paru au JO du 02/08/66.

D'autres dossiers sont actuellement en cours d'homologation ou à l'étude, notamment une AOC ''Miel de Corse'' et plusieurs IGP (Indication Géographique de Provenance) demandées pour des miels régionaux présentant une certaine spécificité et qui devront être présentées à l'agrément de la Commission Européenne.

Il existe également une Norme Française, déposée à l'AFNOR et agréée au niveau européen, pour qualifier des miels de qualité ; elle n'est toutefois pas utilisée pour l'instant, faute d'accord concernant la signalétique pour ce type de Norme alimentaire et en raison du faible impact actuel de ces signes sur le consommateur.

Bien que consacrant en fait peu de moyens à cette production, l'INRA a su, depuis une trentaine d'années, apporter un soutien scientifique et technique à la filière miel. Apiculteurs et industriels ont ainsi pu bénéficier de l'expérience acquise dans d'autres secteurs agro-alimentaires.


Pour en savoir plus :

Carles L. 1982. Du mieux dans le miel. Alimentation, n°102, volume 4

Gonnet M. 1994. La cristallisation dirigée des miels ; actualisation des méthodes de travail et avantages liés à cette pratique technologique. Abeilles et fleurs, n°430

Gonnet M. 1990. Le miel, dossier histoire et recherche. INRA mensuel, n°50

Gonnet M., Vache G. 1986. Le goût du miel. Editions UNAF (Union Nationale des Apiculteurs de France)

Laboratoire :

INRA - Avignon : Station de recherches de zoologie et d'apidologie.
Domaine Saint Paul, Site Agroparc ; 84 914 Avignon

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