Quels sont les éléments qui justifient des recherches sur le lapin, son élevage et son amélioration ?
par Hervé Garreau
Avec 80 000 tonnes de carcasses produites chaque année, la cuniculture française se situe au 4ème rang mondial, après la Chine (450 000 t), l’Italie (225 000 t) et l’Espagne (108 000 t). On estime que chaque élevage génère de trois à quatre emplois induits, ce qui correspondrait pour les 3 500 élevages français spécialisés à plus de 10 000 emplois induits.
Né de la recherche scientifique menée à l’Inra dès les années 70, l'orylag, Oryctolagus cuniculus orylag, est une sous-espèce de lapin européen sélectionnée à partir du lapin domestique de race lapin Rex.
Lapin à fourrure Orylag.
© Inra C Slagmulder |
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Exploitable pour sa fourrure de qualité (l’orylag®) et pour sa viande labellisée haut de gamme (Rex du Poitou®), l’Orylag est depuis 1989 une marque internationale déposée, propriété de l’Inra. Celui-ci en a confié l’exclusivité mondiale à la Coopérative des éleveurs d'orylag (CEO) qui assure l’élevage dans 25 sites en région Poitou-Charentes et la commercialisation de l’animal. L’activité représente 2 millions €/an de chiffre d’affaires et a permis de créer 40 emplois directs ou indirects.
Enfin, la perception de l’élevage par le citoyen-consommateur a profondément évolué au cours des dernières années, avec de fortes attentes relatives à la santé publique, à l’environnement et au bien-être animal. Les programmes de recherches sur le lapin prennent encore plus en compte ces attentes, qui s’ajoutent à celles des professionnels (rentabilité de l’élevage, évolution des systèmes de production pour améliorer la compétitivité de cette filière par rapport aux autres filières viande).
Quand les études scientifiques sur le lapin ont-elles débuté à l'Inra ?
A l’Inra, les recherches sur le lapin ont commencé en 1961 à l’initiative de Jacques Poly, alors directeur du laboratoire de Génétique animale (Centre Inra de Jouy-en-Josas). Un premier contrôle de performances a été mis en place avec les éleveurs du Syndicat national d’élevage et d’amélioration du lapin de chair (SNEALC). Des travaux ont aussi débuté sur l’alimentation, l’élevage et la pathologie. En 1968-69, une vaste concertation entre les professionnels, la recherche et les pouvoirs publics a abouti à la définition d’un schéma national d’amélioration génétique du lapin de chair. Durant les 20 dernières années, la France a acquis et maintenu une position de leadership international dans le domaine de la recherche cunicole aux cotés de l’Italie et de l’Espagne, principalement.
Quels sont les caractères à prendre en compte dans l'amélioration de la cuniculture ?
Comme toute production, la cuniculture doit répondre aux exigences du développement durable :
- rentabilité économique : productivité numérique, croissance, rendement de carcasse, coûts alimentaires (indice de consommation) et coûts vétérinaires (résistance des animaux),
- limitation de l’impact environnemental : diminution des intrants (aliment, énergie, médicaments), diminution des rejets (médicaments, effluents),
- demande sociale : qualité des produits (viande et fourrure), santé et bien être des animaux, facilité d’élevage et adaptation des animaux pour les éleveurs.
Quels sont les apports de la génétique à l'amélioration du lapin ?
En 1969, la mise en place du schéma d’amélioration génétique du lapin de chair prévoit l’utilisation de lignées spécialisées paternelles, qui présentent des aptitudes pour la production bouchère (croissance, efficacité alimentaire, qualité de la carcasse et de la viande), et de lignées maternelles, qui montrent des aptitudes pour l’élevage (fertilité, prolificité, qualités maternelles). Ces lignées sont utilisées en croisement pour la production du lapin de chair. Cette organisation est justifiée par la meilleure efficacité de la sélection intra lignée et par le gain supplémentaire apporté par le croisement. L’Inra reçoit du Ministère de l’Agriculture la mission de sélectionner et de diffuser vers les professionnels des lignées maternelles. Deux races (Néo-Zélandais et Californien), mieux adaptées aux conditions d’élevage commercial, sont sélectionnées par l’Inra pour améliorer leur prolificité. Des firmes privées associées seront régulièrement approvisionnées en reproducteurs mâles et femelles issus de ces deux lignées et produiront, par croisement, des lapines pour les élevages de production. La diffusion de ces lignées cesse en 2008 pour passer le relais aux professionnels tandis que l’Inra continue de définir les orientations génétiques des populations commerciales dans le cadre d’un partenariat avec les trois sélectionneurs français. Jusqu’au début des années 2000, l’amélioration génétique concerne essentiellement la prolificité dans les lignées maternelles et la vitesse de croissance dans les lignées paternelles. L’évolution du contexte sanitaire, économique et social conduit les chercheurs et les professionnels à intégrer de nouveaux critères de sélection : croissance et survie des jeunes, longévité de la femelle en reproduction, résistance aux maladies, efficacité alimentaire et fertilité.
Pour l’orylag®, des critères de coloration du pelage, qui décrivent des nuances de couleur, d'homogénéité et concernent l'ampleur de la bande agouti du poil ont été introduits. La mise en place d'une grille de classification des fourrures permet de suivre l'évolution de la qualité des peaux produites chez tous les éleveurs et ainsi de mieux apprécier l'impact du progrès génétique réalisé et d’adapter la technique d'élevage (alimentation rationnelle, abattage tardif et rythmes lumineux contrôlés) en vue de produire une fourrure et une viande de qualité. Par ailleurs, nous restons vigilants quant aux problèmes de propriété industrielle et de contrefaçons, en concertation avec les éleveurs et les Services juridiques de l'Inra.
Pouvez-vous nous donner quelques exemples très concrets des apports de la génétique à l’amélioration du lapin ?
Au cours des 30 dernières années, le progrès génétique annuel moyen est estimé à environ 0,08 lapereaux par portée pour la prolificité et de 25 g pour le poids à l’abattage, soit un gain théorique de 30 % sur la période pour les deux caractères. Ce gain est confirmé par l’évolution des performances moyennes en élevage relevées par l’Institut technique de l’aviculture (Itavi) : entre 1977 et 2007, le nombre de lapereaux nés par portée est passé de 7,3 à 10,3 et l’âge à l’abattage a été réduit de deux semaines pour un poids de carcasse constant égal à 1,4 kg. Dans le même temps, grâce aux améliorations de l’élevage et de la nutrition, la mortalité des femelles et des jeunes a été réduite d’environ dix points. La sélection pour l’amélioration de la survie des jeunes, la longévité de la femelle et la résistance aux maladies digestives est encore trop récente pour pouvoir estimer précisément le progrès génétique obtenu pour ces caractères.
Comment se situe votre recherche sur la production et l'amélioration cunicoles ?
Les recherches en génétique du lapin s’orientent actuellement vers l’amélioration des caractères liés au développement durable.
- La mortalité des jeunes et des femelles en reproduction, bien qu’inhérente à cette espèce fragile par nature, posent des problèmes économiques et éthiques. Ceux-ci ont conduit les généticiens à mettre en place des programmes d’amélioration génétique des aptitudes maternelles et de la longévité de la lapine.
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Lapine et sa portée de lapereaux à la lapinerie de Jouy-en-Josas. © Inra, B. Nicolas
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- Les pathologies infectieuses comptent également parmi les problèmes majeurs de la filière. La résistance aux maladies est ainsi devenue une thématique de recherche majeure des généticiens.
- Afin de diminuer l’utilisation des hormones pour l’induction de l’oestrus en insémination artificielle, de nouveaux programmes visent à étudier la variabilité génétique du comportement d’œstrus des lapines.
Les données et les outils de la génomique pour le lapin ont largement progressé au cours des cinq dernières années (Rogel-Gaillard C. et al. 2008, Biofutur 287, 28).
Ainsi, à partir de la récente carte génétique du lapin, des recherches sur l’expression du gène rex, gène majeur de qualité de la fourrure exploité au sein des lignées orylag® sont développées dans notre unité en collaboration avec l’unité Génétique animale et biologie intégrative (Centre Inra de Jouy-en-Josas).
Dans le cadre du Mammalian Genome project, un programme de séquençage complet du génome du lapin sera achevé prochainement par le Broad Institute (Boston, USA) en collaboration avec des unités de recherche Inra (Génétique animale et biologie intégrative, Jouy-en-Josas, Amélioration génétique des animaux, Toulouse et Biologie du développement et reproduction, Jouy-en-Josas) et d’autres laboratoires européens. L’ADN issu de 12 races de lapins domestiques, dont les lignées Inra Orylag et Néo Zélandais, et de deux lapins sauvages sera entièrement séquencé afin d’identifier des polymorphismes nucléotidiques et de produire de nouveaux outils moléculaires (marqueurs SNP ou single nucleotid polymorphism) pour caractériser la diversité génétique de cette espèce, ouvrant la voie à de nouvelles méthodes de sélection pour l’amélioration des populations de lapins français : sélection assistée par marqueur ou sélection génomique.. Notre unité a participé au choix des races séquencées et met à disposition du Broad Institute les échantillons de sang des 12 races domestiques.
Hervé Garreau est ingénieur de recherche au sein de la Station d’amélioration génétique des animaux ( Saga) dans laquelle il anime plus particulièrement l’équipe Génétique et génomique du lapin.
Elle a pour mission de contribuer à l'amélioration génétique des ovins, des caprins, des lapins et des palmipèdes et d'acquérir les connaissances nécessaires à cette action. Son activité s'organise autour de trois points :
- variabilité génétique des caractères d'intérêt zootechnique (fécondité, production laitière et qualité du lait, croissance et qualité des produits carnés, résistance aux maladies, adaptation et phanères), reproduction,
- outils et méthodes de la génétique quantitative (collecte et gestion des données, analyse des schémas de sélection, qualification des reproducteurs, analyse du génome),
- appui scientifique et logistique aux acteurs de la sélection
auxquelles s’ajoutent des actions de formation et d’encadrement.
Le 1 er janvier 2010, le pôle expérimental lapin toulousain (Pectoul) entrera en activité sous la direction de F Tudela. Il regroupera la Station expérimentale lapins ( UE 617 Selap) et les installations expérimentales dédiées au lapin de chair de la Station d’amélioration génétique des animaux (UR0631 Saga) et de l’unité mixte de recherche Inra, Ensa, ENV Tissus animaux, nutrition, digestion, écosystèmes et métabolisme ( UMR1289 Tandem).
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