La tremblante de la chèvre fait partie des maladies à prions. Ces maladies contre lesquelles il n’existe pas de vaccins ni de traitements curatifs, peuvent affecter tous les mammifères. Différentes formes ont été identifiées notamment chez la vache avec l’encéphalopathie spongiforme bovine ou ESB, chez les félins, chez l’homme avec la nouvelle variante de la Maladie de Creutzfeldt-Jacob. L’agent infectieux responsable de ces maladies est appelé prion, et en raison de sa nature qui serait uniquement protéique (une molécule et non pas un être vivant comme une bactérie ou un virus) est dit agent infectieux non-conventionnel. Il a été démontré que le prion d’une espèce peut passer à une autre et déclencher la maladie en modifiant le repliement spatiale (la forme) de la protéine PrP naturellement présente dans les cellules du cerveau des mammifères, et dont la synthèse est régulée par le gène PRNP. Lorsque sa forme est modifiée, la protéine PrP perd sa fonction naturelle dans la communication entre les cellules du cerveau, et devient agent infectieux à son tour.
Afin de mieux connaître cette maladie, des recherches sur la tremblante de la chèvre sont conduites dans le cadre du programme européen "Goat BSE" (6eme Programme Cadre). Ce programme, qui se terminera en 2010, a pour objectifs :
- évaluer les risques pour l’homme du passage de l’ESB chez la chèvre
- fournir des données physio-pathologiques et du matériel biologique lors du premier et second passage de l’ESB chez la chèvre (par contamination expérimentale)
- évaluer la possibilité du maintien de l'ESB dans des troupeaux de caprins par transmission maternelle ou horizontale
- valider et améliorer les capacités de détection de l'ESB chez les caprins et de la distinguer de la tremblante classique de la chèvre
Les chercheurs de la Station d’Amélioration Génétique des Animaux (SAGA), en collaboration avec leurs collègues de l’UMR INRA Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT) "Interactions hôtes agents pathogènes" et du laboratoire de pathologie infectieuse et immunologie, participent à ce programme. Ils ont étudié le polymorphisme du gène PRNP de la chèvre. Ils ont recherché si ce gène présentait des variations naturelles et si ces variations étaient en relation ou non avec une plus ou moins grande sensibilité ou résistance des caprins à la tremblante classique. Ce travail a été réalisé en collaboration avec le laboratoire Labogéna.
Lors de ces recherches, les scientifiques ont caractérisé le polymorphisme du gène PRNP caprin. Ce gène a été séquencé dans un échantillon d’environ 400 boucs représentatifs des races Alpines et Saanen françaises. Huit formes différentes ont été identifiées (huit mutations naturelles) dont 6 génèrent des substitutions d’acides aminés sur les codons 127, 142, 154, 211, 222, 240. Ces recherches ont aussi montré que les allèles (variants du gène) résultant de ces substitutions d’acides aminés sont présents à de très faibles fréquences dans les populations françaises de chèvres Alpines, Saanen et de leur croisement. Les chercheurs ont ensuite voulu savoir si ces mutations avaient un effet protecteur contre la tremblante classique des caprins. Pour cela, ils ont étudié sur un troupeau de chèvre hautement contaminé, la séquence du gène PRNP. Ils ont ainsi découvert que les animaux portant les mutations aux codons 142, 154, 211, 222 étaient moins contaminés que les animaux portant le gène normal non muté (allèle sauvage), et plus particulièrement pour les mutations aux codons 211 et 222 qui confèrent le plus de résistance à la tremblante classique. A partir de ces résultats, des caprins de génotypes pertinents au gène PRNP ont été procréés par l’équipe de SAGA et fourni à 3 partenaires européens pour réaliser des contaminations expérimentales à l’ESB (en milieu protégé), afin de vérifier si le déterminisme génétique de la résistance à l’ESB est identique à celui de la résistance à la tremblante classique des caprins, à l’instar des connaissances homologues avérées en ovins : ce point est déterminant pour savoir si la sélection pour la résistance à la tremblante classique des caprins fournira aussi une protection génétique contre le passage éventuel de l’ESB chez les caprins, afin d’éviter le risque de zoonose. Bien que des études complémentaires soient nécessaires pour affiner la stratégie de sélection éventuelle des caprins français pour la résistance à la tremblante (tenant compte en particulier de la faible fréquence des mutations intéressantes), un génotypage – permettant entre autre une identification des animaux portant les mutations aux codons 211 ou 222 - de tous les boucs d’insémination animale de races Alpine et Saanen a été mis en place depuis 2006 par Capgènes, organisme de sélection des caprins français, en collaboration avec le laboratoire Labogéna. Cette initiative a été prise en concertation entre SAGA et Capgènes, à toutes fins utiles, et permet dès maintenant de diffuser si nécessaire des gènes de résistance à la maladie dans les quelques troupeaux qui se révèlent contaminés chaque année.
Contacts scientifiques :
Pour plus d’informations :
- Programme « Goat BSE » : http://www.goatbse.eu/site/
- Barillet F., Mariat D., Amigues Y., Faugeras R., Caillat H., Moazami-Goudarzi K., Rupp R., Babilliot J.M., Lacroux C., Lugan S., Schelcher F., Chartier C., Corbière F., Andreoletti O., Perrin-Chauvineau C. 2009. Identification of seven haplotypes of the caprine PrP gene at codons 127, 142, 154, 211, 222 and 240 in French Alpine and Saanen breeds and their association with classical scrapie, Journal of General Virology, 90:769-776.
- Laboratoire Labogena: http://www.labogena.fr/
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