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Introduction
La consultation interne : une initiative de la
direction générale de l'INRA, une forte mobilisation des
personnels
Dans la
perspective de la tenue d'Etats généraux de la recherche et en préparation
de la loi d'orientation et de programmation, prévue par le gouvernement,
la direction de l'INRA a engagé fin mars un processus de consultation
interne du personnel sur la base d'un questionnaire, présenté en annexe,
sur le thème : « Quelles questions pour la recherche finalisée à partir de
l'exemple de l'INRA ? »
Ce questionnaire
a été accompagné d'une note de présentation de la direction générale
précisant notamment sa vision de la recherche finalisée
:
- traduire en questions de
recherche les problèmes et les attentes de la société
;
- construire des objets de
recherche complexes correspondant à ces attentes de la société
;
- mobiliser et organiser
l'interaction de toutes les disciplines nécessaires, dans des structures
ou des programmes permettant de répondre à ces questions de recherche
;
- concevoir des «
trajectoires d'innovation » valorisant ses acquis et participer à leur
mise en oeuvre.
Les centres
et départements de recherche INRA (18 centres sur 21 et 13 départements
sur 14) ont envoyé leur contribution, à partir de comptes rendus de
réunions de leurs Conseils, composés de membres élus et nommés, et
alimentés par les réflexions des unités de recherche ou de groupes de
travail thématiques. A la demande de la direction générale de l'INRA, un
groupe de travail indépendant a réalisé une synthèse présentée dans ce
document.
Méthode de travail pour la synthèse
Le groupe a
entrepris d'identifier les points de convergence, les divergences dans les
réponses. Sont ainsi apparus quelques éléments forts de l'identité INRA,
par exemple l'attachement à la notion de recherche publique et au statut
de l'Institut et de son personnel, garants notamment de la continuité
d'une recherche anticipatrice de la demande sociale. Les réponses reçues
ont permis d'identifier aussi des points qui font débat et qui pourraient
être l'objet d'un approfondissement de la réflexion, par exemple, la
notion de recherche finalisée, l'organisation en pôles d'excellence au
regard d'une organisation en réseaux. et les incidences possibles de cette
structuration de l'espace de la recherche sur la cohérence de la politique
nationale de recherche.
Du fait que le
débat interne de l'INRA se soit déroulé de façon concomitante avec les
débats des comités régionaux d'initiative et de proposition, auxquels le
personnel de l'INRA a souvent participé, le groupe de synthèse a choisi de
présenter les réponses sous les différents chapitres identifiés par le
Comité d'initiative et de proposition (CIP) ― 1. Science et société
(missions de la recherche, science et citoyens…), 2. Organisation de la
recherche (structure, financement, Europe…), 3. Statut des personnels, 4.
Evaluation ―, à vrai dire assez proches du questionnaire INRA. Cette
présentation nous a semblé d'autant plus justifiée que, lors des débats en
région, le personnel a eu l'occasion de confronter ses vues avec celles
des autres membres de la communauté scientifique et que certains centres
de recherche ont délibérément organisé leur réflexion à partir des
thématiques définies par le CIP.
Les destinataires de la synthèse
Le personnel
de l'INRA est le premier destinataire de cette synthèse, qui rend compte
d'un travail de réflexion qui a mobilisé, sinon l'ensemble du personnel,
du moins la quasi-totalité des structures de représentation. C'est la
raison pour laquelle le groupe de synthèse a souhaité que la diffusion
soit faite d'abord auprès du personnel. Cette synthèse fera l'objet de
commentaires de la direction générale et sera envoyée, en même temps que
ceux-ci, aux autorités de tutelle et présentée à la presse. Enfin nous
souhaitons communiquer cette synthèse au CIP et nous encourageons les
participants aux groupes locaux à la diffuser auprès des comités
régionaux.
Portée et limites de la
consultation
La direction
générale a choisi de fixer comme cadre à cette consultation la recherche
finalisée et la traduction de ses spécificités en termes de missions,
d'organisation et de fonctionnement de l'INRA, d'emploi et
d'évaluation.
On peut regretter
que, sans doute du fait des questions posées, et notamment un faible
questionnement sur la place et le rôle des personnels techniques et
administratifs, cette catégorie de personnel ait peu participé aux
débats.
Quant aux
personnels chercheur et ingénieur, s'ils ont reconnu la spécificité des
objets de la recherche de l'INRA, la définition d'une recherche finalisée,
par rapport à une recherche cognitive, a suscité de leur part,
développements, analyses et réserves.
Par ailleurs, ce
cadrage du débat, que l'on peut juger trop focalisé sur des questions
d'intérêt interne à l'INRA, a empêché de poser avec acuité des questions
qui intéressent l'ensemble de la communauté scientifique nationale, comme
la position de l'enseignement supérieur non agronomique dans le paysage de
la recherche, la place des Grandes écoles, la mise en place de l'Espace
européen de la recherche, les périmètres des établissements publics de
recherche.
Il faut néanmoins
souligner ici l'occasion qui a été ainsi offerte au personnel de
s'exprimer, après un débat largement ouvert, sur l'identité de notre
institut et certains points-clés de son
fonctionnement.
Science et société
Une recherche au service de l'intérêt
général
Les
contributions s'accordent sur le fait qu'un organisme de recherche public
comme l'INRA travaille au bénéfice de la société qui le finance et au
service de l'intérêt général même si ce dernier reste en permanence à
définir. Les contributions manifestent un attachement au maintien d'une
recherche publique forte dont le statut est un gage d'indépendance à
l'égard de la sphère économique et permet de conduire des recherches sur
des biens non marchands qui risqueraient sinon de ne pas être pris en
charge. Les contributions soulignent que la recherche ne doit pas
contribuer uniquement à la compétitivité économique, mais doit également
travailler à d'autres enjeux de société d'aujourd'hui et de
demain.
Plusieurs missions reconnues et
complémentaires
Pour
répondre aux besoins de la société, les contributions mettent en avant la
nécessité pour un organisme de recherche finalisée comme l'INRA d'exercer
plusieurs missions : production des connaissances, transfert et
innovation, formation et expertise, qui sont liées et viennent en
appui l'une de l'autre. L'exercice simultané de ces missions est jugé
difficile, il exige d'être raisonné au niveau de la politique scientifique
et organisé au sein des collectifs de recherche.
La mission
princeps est celle de production de connaissances qui conditionne les
autres. L'importance de la mission d'expertise est reconnue, mais les
contributions soulignent qu'elle exige une formalisation et une
reconnaissance institutionnelle faisant aujourd'hui défaut. Les
contributions insistent également sur l'importance de la mission de
transfert et d'innovation mais s'interrogent : jusqu'où va-t-on dans le
transfert vers la société des connaissances et méthodes mises au point par
la recherche ? Comment accompagner l'innovation sortie des laboratoires ?
Comment parcourir le chemin pour que les connaissances scientifiques
deviennent utilisables par des acteurs extérieurs, dans le souci de
l'intérêt général ? S'il s'agit d'interrogations largement partagées, les
contributions débattent sur la façon dont cela doit être pris en charge au
sein même d'un organisme comme l'INRA. Il est souligné qu'il existe
aujourd'hui des relais institutionnels, les instituts techniques, dont le
rôle d'interface est largement reconnu par les contributions qui
s'interrogent néanmoins sur le devenir de ces relais, certains souhaitant
d'ailleurs qu'ils soient plus associés aux débats sur la recherche.
Au-delà de ce cercle d'interlocuteurs privilégiés pour l'INRA, les
contributions mettent en avant la nécessité de développer une
communication plus active des travaux de l'Institut auprès de la société
et d'accentuer son investissement dans des actions de diffusion de la
culture et de la connaissance scientifiques. La formation par la recherche
est souvent évoquée comme un moyen de resserrer les liens entre la
recherche et la société.
Articuler excellence disciplinaire et travail sur des
objets complexes
Les
questions de recherche ne s'élaborent pas à partir des seuls fronts de
sciences mais résultent également d'un travail de traduction des attentes
et besoins de la société. Dans leur grande majorité, les contributions
considèrent qu'une des spécificités d'un organisme de recherche comme
l'INRA est de s'attacher à combiner l'excellence disciplinaire et le
travail sur des objets complexes. L'INRA se définit autant par les
disciplines qu'il pratique à un niveau d'excellence que par les objets
(plante, animal, eau, bassin versant, aliment, exploitation agricole…) sur
lesquels il travaille. Ces objets sont porteurs d'enjeux économiques,
sociaux, sociétaux. L'étude de ces objets est donc fortement
contextualisée et repose sur la construction de problématiques de
recherche nécessitant souvent la mise en synergie de plusieurs disciplines
qui se doivent, chacune dans leur domaine, d'être sur le front le plus
avancé des connaissances. La question du changement climatique appliquée à
l'agriculture, par exemple, mobilise des compétences pointues en sciences
physiques, biotechniques et sociales autour de la construction d'une
problématique qui prend en compte la caractérisation du phénomène, ses
impacts sur la production agricole, les ressources naturelles.
Un fort consensus
s'établit autour de la notion de continuum de la recherche entre
fondamental, finalisé et appliqué et il est noté qu'un des atouts de
l'INRA est justement de pouvoir se déplacer dans ce continuum :
dans un sens, de la connaissance scientifiquement construite vers
l'application, comme dans l'autre, des problèmes et des formes d'action
des acteurs vers une production théorique. Cette exigence d'assurer le
continuum engendre des tensions : entre l'interdisciplinarité souvent
requise pour l'appréhension d'objets complexes et la production de
connaissances disciplinaires d'une part, entre transformation des
connaissances scientifiques en applications et traductions des besoins de
la société en objets de recherche d'autre part. Pour les contributions, de
telles tensions ne peuvent s'avérer positives qu'avec des modalités
d'évaluation qui en tiennent compte, une animation forte et une politique
scientifique claire au sein de l'organisme.
Résoudre
des problèmes exprimés, anticiper les besoins de la société
Les
contributions de l'INRA mettent en avant les tensions entre deux pôles
susceptibles d'orienter la production de connaissances au-delà des
avancées propres aux disciplines : un premier qui s'attacherait soit à
résoudre des problèmes formulés par des acteurs concernés par les champs
d'intervention de l'INRA soit à être réactif à des questions qui se posent
dans l'urgence de situations imprévues ou critiques ; un autre qui
viserait à anticiper pour pouvoir répondre à des besoins encore latents, à
des enjeux non immédiats.
Sans contester la
nécessité de contribuer à résoudre des problèmes, les contributions
soulignent la difficulté d'accorder le temps (long) de la recherche et
celui (ici et maintenant) de l'action. Vouloir faire coïncider ces deux
temps peut en effet présenter le risque de succomber à des effets de mode,
de céder à des pressions médiatiques, de se faire manipuler par des
lobbies, de s'enfermer dans une problématique qui peut conduire à
sacrifier, dans l'urgence, des disciplines au profit d'autres qui, sur le
moment, paraissent plus importantes. Il est notamment mis en avant le
risque d'un pilotage exclusif par une demande issue des besoins à court
terme d'acteurs solvables.
Il est souligné
que la recherche a aussi la responsabilité d'imaginer l'avenir et de
travailler en pionnier sur des objets qui ne font pas encore l'objet d'une
demande sociale. Cette capacité d'anticipation doit reposer sur une
analyse prospective constamment actualisée de l'évolution des domaines
d'intervention d'un organisme comme l'INRA. Une telle analyse doit
permettre de discerner les signaux faibles, les besoins en émergence et de
programmer la recherche pour y répondre. Certaines contributions
considèrent que les sciences économiques et sociales sont appelées à jouer
un rôle majeur dans ce travail de prospective formalisée. Elles soulignent
toutes que cette capacité de recul est à cultiver, d'abord au niveau des
collectifs de recherche mais aussi au niveau individuel. Dans cette
optique d'anticipation, il est considéré utile et nécessaire de ménager
aux chercheurs des espaces de liberté leur permettant de réfléchir aux
questions pertinentes dans le moyen terme et de produire des connaissances
qui ne trouvent certes pas d'application immédiate mais constituent des
ressources pour l'avenir.
Construire la demande sociale : identifier les
interlocuteurs, comprendre leurs besoins
Pour un
organisme comme l'INRA dont le périmètre d'intervention s'est élargi et
couvre aujourd'hui l'agriculture, l'alimentation et l'environnement,
l'approche de la demande sociale devient plus complexe. Au-delà du cercle
traditionnel des acteurs du monde agricole, les demandes de recherches
adressées à l'INRA émanent aujourd'hui d'acteurs bien plus diversifiés :
entreprises et industriels de l'agrofourniture et de l'agroalimentaire,
associations, ministères et administrations nationales ou européennes,
collectivités territoriales, consommateurs, citoyens. Certains soulignent
que la globalisation des problèmes liés à l'agriculture et à
l'environnement, la mondialisation des échanges peuvent dans un avenir
proche accroître encore les champs d'intervention de l'INRA et le nombre
des acteurs concernés par ses recherches.
L'INRA se trouve
ainsi confronté à des demandes porteuses d'enjeux économiques et sociaux
lourds mais souvent diffuses, hétérogènes, parfois contradictoires,
exprimées par une multiplicité d'interlocuteurs aux intérêts divers. La
demande sociale n'est donc pas une entité unique regroupée derrière des
priorités clairement identifiées et sur lesquelles il y aurait unanimité
de vues. De façon globale, beaucoup constatent que la société n'est pas
structurée efficacement pour exprimer une demande construite.
Il serait naïf,
par ailleurs, de penser que la demande sociale couvre l'ensemble du
spectre des questions à traiter par la recherche : il y a en effet des
domaines pour lesquels ne s'exprime aucune demande (thème du changement
climatique) et où ce sont les scientifiques eux-mêmes qui ont attiré
l'attention de la société ; il y a également des questions orphelines qui
ne sont pas à l'ordre du jour mais peuvent se révéler importantes demain.
Il y a enfin des enjeux pour un organisme comme l'INRA qui relèvent
d'impératifs éthiques.
Les contributions
sont unanimes pour reconnaître à la fois la complexité mais aussi la
nécessité, pour un organisme comme l'INRA, d'un travail de formulation de
la demande et de traduction en questions de recherche. Il ressort
clairement que ce travail repose sur une étroite interaction entre l'INRA
et la société pour définir conjointement des enjeux de société et des
questions de recherche afférentes. De même que les chercheurs ne sont pas
de simples récepteurs de la demande sociale mais sont force de
propositions par rapport à la société, de même celle-ci donne aux
chercheurs la possibilité de tester la validité des hypothèses sur
lesquelles construire des éléments de réponse robustes et
acceptables.
Inventer les
lieux de concertation adéquats entre la recherche et la société, établir
les modalités d'expression, de discussion et de formalisation d'une
demande sociale sont des conditions nécessaires à une programmation
pertinente de la recherche. Si les avis divergent quant à l'échelle à
laquelle ce travail doit se réaliser dans un institut comme l'INRA, toutes
les contributions soulignent l'importance du dialogue entre la recherche
et la société, et la nécessaire implication de la recherche dans les
débats de société relatifs aux choix scientifiques et
technologiques.
Les nécessaires
arbitrages à opérer entre demandes solvables ou non, socialement
constituées ou non, entre enjeux immédiats ou à long terme, et la façon de
leur allouer des moyens sont de la responsabilité de la société et
relèvent donc d'une politique nationale de la recherche ; à cet égard,
beaucoup attendent de la prochaine loi d'orientation de la recherche
qu'elle affiche clairement une telle politique.
Organisation et financement de la
recherche
Ce thème est
sans doute celui qui, selon l'avis des personnels de l'INRA, nécessite la
mise en œuvre prioritaire de réformes à condition qu'elles soient
cohérentes et aboutissent à un système stable de fonctionnement de la
recherche.
Stratégie
La
nécessité d'une recherche publique structurée et financée en majorité par
l'Etat
Ce principe
général se dégage de l'ensemble des contributions et a pour
justification de conserver à l'Etat des capacités de production de
connaissances, d'investissement dans des problématiques scientifiques à
long terme, d'expertise indépendante, de formation de haut niveau, qui ne
soient pas dépendantes d'effets de mode, de groupes de pression
catégoriels ou géographiques et d'enjeux sociaux transitoires. Le besoin
d'un engagement de l'Etat à long terme est ainsi souligné, il est attendu
qu'il soit réaffirmé dans la loi d'orientation et de programmation et
qu'il se traduise par un engagement financier sur le long terme.
L'objectif est d'assurer au plan national l'exercice des missions de
service public qui constitue une motivation importante du travail des
chercheurs. Les choix faits actuellement d'éclatement du dispositif
d'enseignement et de recherche dans différentes « boîtes » de la Loi
organique relative aux lois de finance (LOLF) et la place de l'INRA dans
la boîte 4 font l'objet d'interrogation quant à la reconfiguration que
cela pourrait laisser entrevoir en filigrane : une clarification de ces
choix est sollicitée.
Assurer
un niveau national de gouvernance
A quelques
exceptions près, il est très majoritairement souhaité, voire considéré
comme vital, que le niveau principal de gouvernance de la recherche reste
le niveau national. Pour autant, les autres niveaux potentiels de
gouvernance, européens et régionaux, ne sont pas rejetés. Les orientations
qui s'y dessinent doivent toutefois s'inscrire en cohérence avec une
politique nationale. Ils ne doivent pas induire, comme c'est souvent
ressenti dans l'état actuel de la situation, un empilement
de structures, parfois en
contradiction les unes avec les autres, hétéroclite et générateur de
pertes énormes d'énergie.
Le niveau
national apparaît comme le seul garant de la cohérence de l'organisation
de la recherche nationale, de son indépendance et de la capitalisation
nécessaire des progrès accomplis dans les différents champs
disciplinaires.
Le niveau de
gouvernance européen doit assurer l'insertion dans les structures et
programmes de recherches internationaux, la lisibilité internationale des
recherches menées au plan national, la coordination supranationale des
grandes stratégies scientifiques. Cependant, la gouvernance au
niveau européen n'est pas perçue
comme étant suffisamment opérationnelle et lisible : les dispositifs
du 6ème PCRD sont assez mal
perçus du point de vue de leur efficacité réelle au plan
structurel. Leur lourdeur, voire
même leur opacité sont regrettés. Plusieurs propositions d'amélioration
sont faites : création d'une structure forte de financement de la
recherche européenne de type National Science Foundation (NSF) aux
Etats-Unis, possibilités renforcées d'accueil de jeunes chercheurs
européens, participation accrue des chercheurs et de l'Institut aux
instances européennes.
Le niveau
régional est perçu de manière général comme le cadre privilégié du
partenariat avec les autres institutions de recherche pour la mise en
commun de moyens (plate-formes technologiques) et avec l'enseignement
supérieur pour la participation à la formation. Il permet aussi d'établir
des relations fortes avec la société civile (partenaires professionnels,
administrations, associations) soit pour élaborer les trajectoires
d'innovation à partir des recherches menées, soit pour analyser et
recueillir les besoins sociétaux en matière de recherche finalisée.
Néanmoins, les contributions expriment la crainte d'une régionalisation de
la recherche avec pour corollaires négatifs l'atomisation possible du
dispositif de recherche national, le pilotage par les intérêts locaux, une
perte des compétences disciplinaires et une plus faible capacité à
conduire des recherches anticipatrices. L'autonomie décisionnelle au
niveau régional doit donc être strictement encadrée et
limitée.
Réorganiser en pôles ou en réseaux
?
L'émergence de pôles d'excellence régionaux, considérée
comme inéluctable, ne suscite pas en tant que telle de rejet majeur. Elle
fait néanmoins l'objet de réserves importantes quant aux modalités de
gestion et aux risques d'autonomisation des pôles vis-à-vis des structures
nationales. Les points positifs fréquemment évoqués au sujet des pôles
sont les trois suivants :
- le développement possible de
synergies entre laboratoires au niveau du pôle, par la création de
plates-formes techniques communes, la possibilité de mise en œuvre
d'approches pluridisciplinaires, la déclinaison coordonnée au niveau
local des différentes missions de la recherche (voir partie Science et
société) ;
- une meilleure lisibilité
européenne et internationale du dispositif de recherche français
;
- la pertinence du pôle comme
lieu d'interaction étroite entre enseignement supérieur et
recherche.
Mais ces aspects
favorables n'effacent pas de nombreuses interrogations alimentées
notamment par plusieurs prises de position comme celles de la Conférence
des présidents d'université (CPU) ou du texte « du NERF ». On observe
qu'une majorité ne souhaite pas l'autonomisation de pôles qui
deviendraient des lieux privilégiés de définition des politiques
scientifiques au détriment des structures nationales. Cela est notamment
en lien avec les risques évoqués précédemment au sujet de la
régionalisation mais aussi vis-à-vis de la perte d'identité d'une
recherche agronomique intégrant les différentes missions d'une démarche de
recherche finalisée telle que pratiquée à l'INRA. Cet attachement à une
identité de la recherche agronomique n'est pas totalement partagé en
particulier par les chercheurs dont les disciplines scientifiques ont leur
ancrage en dehors de l'Institut et plutôt au sein de l'université.
Enfin, certaines
contributions soulignent que le bon fonctionnement de pôles régionaux
supposerait une contribution équilibrée des partenaires, une harmonisation
de la gestion administrative des ressources d'origine différente voire une
uniformisation des statuts des établissements, conditions loin d'être
remplies actuellement. Finalement, que les opinions exprimées soient
favorables ou non à l'autonomie scientifique des pôles, la proposition
de la CPU de gestion des pôles par les universités est unanimement rejetée
car dans sa structure et son fonctionnement actuels l'université
n'apparaît pas capable d'assumer ce rôle sans réforme préalable profonde.
La notion de
réseaux scientifiques est vue favorablement comme une autre possibilité de
structuration du dispositif ou comme un complément à la définition de
pôles. Les réseaux permettent de conserver une cohérence nationale en
cas de développement des pôles et d'éviter les risques de régionalisation.
Ils sont également un moyen intégrateur pour des centres de recherche, à
l'écart des métropoles régionales ou de taille limitée, qui ne peuvent
participer à la constitution d'un pôle et risqueraient donc une
marginalisation dans un contexte marqué par l'existence d'un nombre
restreint de pôles. Ils sont même considérés comme un élément d'une
démarche de recherche dans le cas de travaux prioritairement alimentés par
des études comparatives de situations locales. Une difficulté importante
du fonctionnement en réseaux provient de l'ajout de structures
supplémentaires, ce qui va à l'encontre de la simplification très
largement et très instamment souhaitée par tous.
Statut et
contours des établissements de recherche
Les
contributions expriment le souhait du maintien du statut d'EPST pour les
organismes de recherche publique, en particulier pour l'INRA, mais
l'ouverture d'une réflexion sur la fusion-rapprochement des organismes
existants est acceptée, voire même préconisée.
Le choix du
statut d'EPST est une conséquence directe du souhait de maintien d'une
recherche publique forte financée sur moyens publics. Les organismes
doivent garder leur rôle d'orientation de la recherche au plan national
surtout dans le cas d'organismes de recherche finalisée dont les choix
stratégiques ne peuvent être uniquement orientés vers la production de
connaissances, mais doivent anticiper les besoins de la société.
La coexistence
d'une multiplicité d'organismes est parfois dénoncée, comme facteur de
complexité du paysage de la recherche entraînant une absence de
lisibilité, comme source d'empilements de structures, voire même de
compétitions stériles. L'idée de regroupement, évoquée dans
quelques contributions de
centres et de départements, concerne en particulier les organismes ayant
des domaines de recherche communs ou voisins : Inra, Cirad, Cemagref, IRD,
Ifremer. Toutefois, les conséquences / modalités de ces regroupements ne
sont pas vraiment approfondies.
Les
unités mixtes de recherches (UMR) : un mode élémentaire
d'organisation de la recherche apprécié
Les
contributions font ressortir que la structuration en UMR est généralement
appréciée malgré les difficultés liées à l'absence d'harmonisation des
procédures administratives. Elles présentent divers avantages comme
:
- de favoriser une masse
critique suffisante permettant de mieux couvrir un champ disciplinaire
et de remplir les différentes missions de la recherche à l'échelle des
unités ;
- de fournir un cadre pour la
liaison recherche-enseignement supérieur ;
- d'assurer de manière
concrète le partenariat entre organismes.
Bien évidemment,
certaines difficultés et dangers sont également évoqués. Chaque tutelle a
tendance à ne voir une UMR que comme un élément de son propre dispositif
scientifique. De ce fait, les besoins transversaux d'animation
scientifique et de logistique sont faiblement reconnus et ne disposent pas
de soutien formalisé. Le risque de perte d'identité des organismes au sein
des UMR est évoqué. Dans certains cas, des messages contradictoires sont
transmis par les tutelles.
Les
relations entre l'INRA et l'enseignement supérieur ne se limitent
pas à l'enseignement supérieur agronomique et
vétérinaire
Même si
l'enseignement supérieur agronomique et vétérinaire est reconnu comme un
partenaire « naturel », de nombreuses contributions mentionnent l'ancrage
de leurs structures dans l'enseignement supérieur universitaire. La
réforme récente dite LMD (licence, mastère, doctorat) est régulièrement
citée comme un facteur de rapprochement avec l'implication des chercheurs
dans la conception de modules d'enseignement. Les centres ou départements
revendiquent une mission d'accueil et de formation des étudiants. Le
fonctionnement des UMR est également un pivot des relations entre l'INRA
et l'enseignement supérieur.
Développer des relations structurées avec la société
civile, le secteur professionnel, les instituts
techniques
Les
relations structurées avec la société civile sont unanimement considérées
comme indispensables et à renforcer dans le cadre des recherches
finalisées conduites à l'INRA. Leur mise en œuvre présente toutefois
des difficultés structurelles et conjoncturelles. Ainsi que cela a été
évoqué dans le chapitre Science et société, on peut distinguer deux
objectifs au développement des relations recherche-société : celui de la
définition de la demande sociale et de la sélection des problématiques
finalisées des recherches menées à l'INRA, celui de la construction et
mise en œuvre de trajectoires d'innovation / application des connaissances
produites.
Pour le premier
objectif, le dispositif actuel ne procure pas le soutien nécessaire aux
acteurs de la recherche pour formaliser et anticiper la demande sociale, à
quelques rares exceptions près (secteur animal, par exemple). Quelques
propositions sont émises pour améliorer la situation : plus grande
ouverture des conseils internes de l'Institut aux bénéficiaires potentiels
des recherches, création d'une structure de veille permanente chargée
d'études prospectives ou mise en place d'une cellule spécialisée
recueillant et filtrant les questions. En tous cas, un soutien
institutionnel est attendu car le problème posé apparaît hors de portée du
chercheur et de l'équipe de recherche.
Pour le second
objectif, les difficultés citées apparaissent liées à la faiblesse
actuelle des relais et à la nécessité de dépasser le modèle du transfert
descendant. Le problème est notamment visible dans le cas des instituts
techniques agricoles fragilisés par le désengagement des Pouvoirs publics.
Un danger souligné est la tentation pour l'INRA de suppléer à cette
défaillance des instituts techniques au détriment de son activité de
production de connaissances. Pour améliorer les relations partenariales,
une solution pragmatique suggérée est d'amplifier l'accueil temporaire de
personnels des partenaires et dans l'autre sens de favoriser l'essaimage,
vers les partenaires, d'étudiants formés aux démarches de la
recherche.
Contractualiser l'exercice des
missions
A la
question de la direction générale sur la contribution aux quatre missions
de l'organisme, la réponse la plus fréquente mentionne que seul un
collectif peut assumer les quatre missions ; il peut s'agir d'une unité et
cela induit parfois une interrogation sur la taille souhaitable d'une
unité, ou d'un département qui permet d'assurer les quatre missions.
Cependant, quelques contributions reconnaissent qu'un chercheur peut
assurer différentes missions à différents moments de sa carrière, dans
différentes proportions. Il est alors souvent demandé que soit clarifié ex
ante et pour une durée donnée, quel que soit le niveau (individuel,
équipe, unité, département…), la ou les missions qui sont prises en charge
et la façon dont elles seront évaluées (voir chapitre
L'évaluation).
Gestion
Maintenir
un financement public important et récurrent
Le souhait
général exprimé dans les contributions pour le maintien d'un financement
public important et récurrent est lié à la volonté d'éviter les effets
d'accordéon sur la mise en œuvre des programmes, de ne pas transformer les
chercheurs en chasseurs de projets à court terme, et de permettre la
réactivité des laboratoires pour le montage de projets innovants et
prospectifs ne s'inscrivant pas dans le cadre d'appels d'offres existants.
Il est d'ailleurs noté que les financements incitatifs, même s'ils sont
d'un apport marginal par rapport au financement récurrent, exercent une
influence significative sur les programmes scientifiques des équipes de
recherche, car ils assurent les compléments souvent indispensables pour
leur mise en œuvre. De plus, ils conduisent à un affichage et une
lisibilité externes des thèmes scientifiques faisant l'objet des
programmes soutenus par ces financements. Au total, l'opinion assez
largement partagée est qu'un financement récurrent significatif doit être
conservé pour pouvoir assurer dans de bonnes conditions les missions de
production de connaissances de base ; certains indiquent qu'il doit
correspondre à plus des deux tiers du budget total hors salaires.
Simplifier les procédures administratives,
développer le contrôle ex-post
La
lourdeur et l'inadéquation du fonctionnement administratif actuel de la
recherche publique sont systématiquement dénoncés dans l'ensemble des
contributions. Il sont perçus comme des freins majeurs à la productivité
scientifique et devraient faire l'objet du chantier de réforme
prioritaire.
Le
temps consacré à la gestion administrative et financière est en
augmentation constante au détriment des missions de base de la recherche.
Les origines de cette situation apparaissent multiples. L'origine la plus
décriée est la multiplicité croissante des sources de financements,
c'est-à-dire de « guichets », aboutissant d'une part à un «
saupoudrage-émiettement » de financements faibles sur des durées courtes
(annuelles ou bisannuelles) et d'autre part à une multiplication
consécutive des rédactions de projets, de comptes rendus, de procédures de
reversement de fonds. A ceci se rajoute le fait que la plupart des
procédures de gestion sont intrinsèquement lourdes, très rigides, trop peu
coordonnées au sein des instituts et peu harmonisées entre EPST. De plus,
elles sont interprétées comme la traduction d'un manque de confiance. Leur
absence de cohérence se manifeste particulièrement pour la gestion des UMR
et nuit à leur efficacité. La suggestion que la gestion d'une UMR soit
confiée à un seul des partenaires fondateurs est alors avancée, mais
correspond-elle vraiment à l'objectif des UMR qui était de créer des
synergies ? Enfin, les outils de gestion disponibles (logiciels notamment)
sont inadaptés, et ne prennent pas en compte ou de manière insuffisante
les besoins réels des utilisateurs. Les propositions essentielles qui
émergent sont :
- de passer le plus possible
d'un contrôle ex ante à ex post ;
- de créer un « guichet »
unique pour les appels d'offres afin que d'un appel d'offre à l'autre
les procédures de financement soient identiques (certains suggèrent que
l'essentiel du financement repasse à nouveau par les organismes pour
limiter le nombre de guichets) ;
- d'inscrire le financement
de la recherche dans une programmation pluriannuelle (4 à 5 ans) qui
fournisse une visibilité des ressources, homogène avec le pas de temps
moyen des programmes de recherche ;
- de procéder à des appels
d'offres en nombre plus réduit mais offrant des financements plus
conséquents couvrant l'ensemble des besoins d'un projet de recherche
(fonctionnement, équipement, ressources humaines au besoin).
Améliorer
le dialogue entre chercheurs et gestionnaires de la
recherche
On constate
une grande difficulté de communication entre les chercheurs et les
gestionnaires. Les logiques de raisonnement sont sans doute différentes et
le risque est grand que chacun attribue à l'autre tous ses malheurs. On
note une suggestion d'instituer des stages de découverte en laboratoire
pour les personnels administratifs des services d'appui à la recherche
afin d'améliorer la communication interne.
Statut et emploi
Le collectif
Sauvons la Recherche s'est formé sur les questions de l'emploi pour les
jeunes chercheurs. Les questions des statuts et de l'emploi ont été
largement débattues et restituées dans les réponses
reçues.
Le statut
de fonctionnaire : condition nécessaire d'une recherche indépendante et
prospective
C'est un des
principaux messages exprimés de manière quasiment unanime. Il est en effet
affirmé très fort que les missions confiées et leur importance
stratégique, commentées dans les précédents chapitres, imposent, en accord
avec le statut d'EPST pour l'INRA, le statut de fonctionnaire pour les
chercheurs et les ITA, tant les avantages l'emportent sur les
inconvénients identifiés. Les avantages mis en avant concernent en
particulier :
- la pérennité du système de
recherche, la capitalisation des connaissances, du savoir-faire et des
compétences cognitives, l'assurance d'un effort continu de recherche à
inscrire dans le cadre d'une programmation pluriannuelle des
recrutements ;
- le développement d'axes de
recherche à long terme dont l'INRA doit garder la maîtrise (au sein de
ses départements et de ses unités) ;
- l'indépendance à l'égard de
la sphère économique, en particulier dans le champ de l'expertise
;
- le maintien au niveau
individuel d'une part de recherche où puisse s'exprimer la créativité de
chacun(e).
Les inconvénients
tiennent plus à des pesanteurs qu'il faut lever et à des contraintes de
gestion qu'il est nécessaire de réformer, et si possible de la même façon
pour tous les EPST. A cet effet sont en particulier cités la facilitation
et la reconnaissance effective de la mobilité thématique, géographique,
interorganismes, la simplification des règles administratives. Une
évolution des carrières plus motivante, une capacité à mieux dynamiser les
énergies sont aussi pointées par les personnels comme des éléments de
progrès à prendre en compte dans l'application du
statut.
Un
recours subsidiaire à l'emploi contractuel
Le recours
aux contrats à durée déterminée (CDD) fait l'objet de prises de positions
fortes. Les personnels expriment un refus unanime s'il s'agit d'une
substitution aux agents titulaires. Le débat est en revanche plus ouvert
s'il s'agit de postes dont le cadre est particulièrement bien défini à
l'avance et permettant une réactivité des équipes de recherche à court
terme. L'emploi contractuel n'est accepté que s'il est limité dans le
temps et assis sur une volonté de formation et de préparation des
personnes concernées à l'accès à un emploi
permanent.
Recherche
/ enseignement : le statut unique n'est pas la
solution
Tout en
considérant qu'il est essentiel que les chercheurs s'impliquent dans
l'enseignement supérieur, une très forte majorité des contributions se
prononce pour le maintien de statuts différents pour les chercheurs et les
enseignants-chercheurs. Plutôt que l'adoption d'un statut unique, il est
demandé une plus grande fluidité entre les activités de recherche et
d'enseignement au cours de la carrière avec des passages facilités d'un
corps à l'autre, la possibilité d'exercer des missions reconnues
d'enseignement, évaluées de façon positive, avec des taux de participation
à l'enseignement souples et non imposés par des textes. Il est rappelé que
le système des UMR facilite cette approche.
L'importance de l'emploi d'ingénieurs, techniciens,
administratifs (ITA) à l'INRA
La nécessité
de maintenir un fort potentiel d'ITA dans un organisme finalisé comme
l'INRA, y compris en personnel technique de catégorie C (AGT, AJT), est
affirmé très fortement dans de nombreuses contributions qui regrettent que
la question de la place des ITA ne soit pas assez débattue,
l'interrogation de la direction générale sur le ratio ITA / chercheurs
étant jugée trop restrictive. L'importance des ITA est soulignée par et
pour les unités expérimentales, en situation difficile suite à une
réduction excessive de ces catégories de personnel, mais aussi par les
unités de recherche et les UMR. Les ITA sont nécessaires au sein de l'INRA
pour assurer une richesse de palette des fonctions de recherche et
d'expérimentation, pour lesquelles les compétences méthodologiques et
techniques resteront déterminantes. Sur ce plan, le retour d'expérience
concernant l'externalisation de certaines activités est très réservé,
voire négatif (déstructuration des équipes, précarisation de ces agents
et, au final, coût plus important pour l'INRA et les unités qui supportent
directement cela).
L'attractivité et la revalorisation des métiers de la
recherche
Au-delà du
questionnement de la direction générale, les personnels ont exprimé leur
préoccupation face à une baisse de l'attractivité des métiers de la
recherche. Beaucoup réaffirment à ce sujet l'importance de la stabilité de
l'emploi et les dangers qu'il y aurait à institutionnaliser, notamment
pour l'emploi scientifique, certaines formes de précarisation préalables
au recrutement. Sur la question du recrutement des chercheurs, il est
fréquemment demandé que soit revalorisée la situation des doctorants
(augmentation de la rémunération, remplacement de différentes bourses par
un système de CDD de 6 ans, incluant un stage post-doctoral pour une
meilleure préparation à l'insertion professionnelle, renforcement du suivi
par les écoles doctorales). A l'issue de la thèse, les avis sont plus
contrastés sur la pertinence des systèmes mais beaucoup déplorent
l'absence de valorisation de la thèse auprès du secteur privé. Si
plusieurs contributions soulignent la nécessité de continuer à favoriser
un recrutement jeune afin d'éviter la généralisation de statuts précaires,
un certain nombre évoque l'intérêt de permettre l'emploi de post-docs sous
forme de CDD (3 à 5 ans) préalablement à l'accès à un statut permanent. De
même, la question de la limite d'âge pour les chargés de recherche (CR2 /
CR1) est diversement appréciée et il existe une demande pour que cette
limite soit assouplie, ainsi que les quotas de recrutement CR2 / CR1
(pouvoir recruter les meilleurs candidats parfois avec des parcours
atypiques, éviter l'expatriation des meilleurs…) malgré certains
inconvénients (investissement professionnel et stabilisation sociale
retardés). Enfin, plusieurs contributions évoquent la nécessité
d'améliorer nos pratiques de recrutement pour le rendre plus ouvert et
plus attractif (meilleure communication, ouverture des profils…) et
attirer les meilleurs chercheurs, y compris
étrangers.
Sur un plan plus
général, les personnels souhaitent en majorité qu'un effort significatif
soit effectué pour revaloriser les carrières dans la recherche
(rémunération, déroulement de carrière) et favoriser la mobilité, y
compris à un niveau européen.
L'évaluation
Les
contributions ne remettent pas en cause l'évaluation, justifiée entre
autre par le fait que l'INRA est un établissement fonctionnant sur fonds
publics. Il est d'ailleurs demandé que des évaluations soient également
faites pour l'utilisation des fonds publics par la recherche privée.
Le jugement
global porté sur l'évaluation à l'INRA est positif. L'existence d'un
quasi-consensus sur le caractère indispensable de l'évaluation, entraînant
le souhait que celle-ci soit étendue aux services et fonctions d'appui à
la recherche, laisse place à une grande diversité d'opinions dès qu'on
aborde les questions de son champ d'exercice, des critères d'évaluation,
de son efficacité ou de ses objectifs. Néanmoins, il est généralement
admis que « trop d'évaluation tue l'évaluation » et à ce titre la
superposition des évaluations dans le cadre de la soumission de projets à
des appels d'offre avec celles qui sont réalisées au sein de l'Institut
est considérée comme problématique.
Quels
individus, quels collectifs, quels objets évaluer
?
Une première
question concerne l'identité des personnes, des structures et des objets
évalués : si tous s'accordent à reconnaître la pertinence du niveau unité
de recherche pour l'évaluation collective, il n'y a pas consensus sur
l'évaluation des autres niveaux organisationnels de l'organisme. Par
exemple, la finalité de l'évaluation des départements n'est pas évidente,
d'autant qu'elle peut apparaître redondante avec l'examen des schémas
stratégiques de département. A l'autre extrémité de l'éventail des
opinions, certains pensent que l'Institut lui-même devrait faire l'objet
d'une évaluation. Se dégage cependant une quasi-unanimité pour un
renforcement du couplage, une coordination entre évaluation individuelle
et évaluation collective qui doivent cependant restées
séparées.
Par ailleurs, si
l'évaluation scientifique pratiquée au niveau des chercheurs, des unités
ou des départements est considérée de bonne qualité, celle qui concerne
les ITA apparaît plus insatisfaisante. A quoi sert-elle ? Quels sont les
indicateurs pertinents de l'activité ? Est ainsi exprimé à plusieurs
reprises le regret que le questionnaire ait très peu porté sur
l'évaluation des ITA en général. Si l'évaluation individuelle des
ingénieurs est généralement considérée comme un progrès, le jugement sur
la procédure adoptée est plus nuancé. Est aussi mise en avant la nécessité
d'évaluer d'autres niveaux, en particulier les services déconcentrés
d'appui à la recherche (SDAR). Est également soulignée la nécessité
d'évaluer les enseignants chercheurs présents dans les UMR au nom de la
cohérence interne de ce niveau d'organisation, même si elle peut elle
aussi nécessiter de proposer des critères plus diversifiés que ceux
appliqués aujourd'hui, même dans l'optique d'un statut
unique.
La grande
majorité des contributions souligne la superposition des évaluations, en
particulier au niveau des collectifs de travail, entre celles qui sont
liées à l'Institut et celles qui découlent des réponses faites aux appels
d'offres les plus divers. Outre la multiplication de notes, rapports qui
sont à produire et la perte de temps que cela engendre à plusieurs niveaux
de qualification, cette multiplication des modes d'évaluation, selon des
grilles variées et dont la cohérence n'est pas assurée, est considérée
comme peu opérationnelle voire génératrice de
confusion.
Enrichir
les critères d'évaluation pour couvrir la gamme des
missions
Les critères
classiques pour la production de connaissances sont très peu remis en
cause, bien que soit souvent regretté le caractère insuffisant de la seule
étude bibliométrique. L'intérêt scientifique réel d'une publication est à
replacer dans la trajectoire de recherche de l'individu et du collectif.
Les contributions
soulignent que la difficulté d'une évaluation objective des activités
autres que la production de connaissances ou leur faible prise en compte
n'incitent pas les chercheurs à s'investir dans les autres missions de
l'INRA. D'ailleurs l'absence de tels critères peut même conduire à ne pas
attacher d'importance à ces missions. Il est donc souligné la nécessité de
proposer des indicateurs pour évaluer les autres missions d'un organisme
de recherche finalisé comme l'INRA. Quelques rares contributions
considèrent au contraire que si les productions scientifiques sont en lien
avec des questions issues du débat social et si la pertinence des projets
a déjà été reconnue en externe ou en interne, les seuls critères
académiques doivent suffire à évaluer l'activité d'un chercheur.
Outre la
nécessité de trouver des indicateurs pertinents pour évaluer les missions
de formation, de valorisation, d'expertise, certaines contributions
mettent en avant également la nécessité d'évaluer la qualité et
l'organisation des partenariats. De plus, certains soulignent que les
critères classiques appliqués à la production de connaissances sont
inadaptés pour les activités de recherche transdisciplinaires, alors que
ces dernières peuvent s'avérer pertinentes pour traiter des objets de
recherche liés aux champs d'intervention de l'INRA. Pour certains, cela
signifie qu'il faut évaluer aussi les travaux en regard de leur apport aux
thématiques prioritaires de l'Institut. Certaines contributions soulignent
que la production de ces indicateurs d'évaluation des différentes missions
de l'Institut serait particulièrement nécessaire pour l'évaluation des
unités expérimentales même si cette dernière est peu évoquée dans les
réponses.
La nécessité de
prendre en compte ces différentes activités devrait se traduire dans la
composition des commissions. La présence d'utilisateurs des recherches ou
de non-scientifiques est ainsi envisagée. Enfin, on ne peut séparer
l'évaluation de la réponse aux missions de l'INRA de l'attention à la
qualité du fonctionnement interne des unités, de la prise de risque et
d'évolutions à long terme de pas de temps supérieur à la périodicité des
évaluations collectives.
Quel impact de
l'évaluation ?
Peu de
réponses traitent de la traduction de l'évaluation dans la stratégie de
l'organisme. On peut regretter que le texte de la direction collégiale
pose le principe de l'évaluation comme levier majeur pour susciter des
évolutions mais que le questionnaire n'aborde pas ce point. De façon
générale, les contributions soulignent une déconnexion de l'évaluation des
processus de progression ou d'évolution des collectifs et des
individus.
Les contributions
mettent en avant, pour le regretter, le peu de conséquences concrètes de
l'évaluation des unités de recherche et l'absence de décision lisible qui
en découle en positif ou en négatif. Au plan individuel, l'établissement
d'une relation entre carrière, rémunération, notamment sous forme de
primes modulables ne fait pas l'objet d'un
consensus.
Enfin, si
l'évaluation est un moyen de rendre des comptes à la société, dans un
soucis de meilleure efficacité de l'argent public utilisé, il faut étendre
l'évaluation à toutes les structures de recherche qui reçoivent de
l'argent public, en particulier la recherche privée et diverses
institutions en région, au niveau national et en Europe. Cette évaluation
de l'utilisation de l'argent public doit en particulier s'étendre au
domaine de l'emploi ; maintien ou création d'emploi doivent être examinés
dans le cadre des partenariats de l'INRA avec le secteur
privé.
Conclusions
Un
attachement à l'INRA unanime
L'ensemble
des contributions au débat fait apparaître un attachement très fort à
l'INRA, établissement public national de recherche au service de la
société, à l'écoute de ses besoins et de ses attentes, indépendant
vis-à-vis des différents groupes qui la composent et des intérêts qui s'y
expriment, grâce à un financement important de l'Etat. La conséquence de
cet attachement au statut de l'établissement est l'affirmation de la
nécessité du statut de fonctionnaire pour la majeure partie de son
personnel, les contrats étant réservés à des situations précises, périodes
de formation par la recherche, ou nécessité d'une réponse rapide à une
conjoncture scientifique ou sociétale nouvelle.
Un souci
partagé de l'efficacité de l'Institut
Si le
personnel, à travers les réponses au questionnaire, manifeste ainsi son
attachement à l'instrument, pratiquement unique au plan de la recherche
agronomique internationale, que constitue l'Institut, il exprime aussi de
façon conséquente des attentes fortes pour l'amélioration de son
efficacité et des exigences vis-à-vis de l'Etat en charge de cet
outil.
Un allégement des
procédures de gestion est unanimement souhaité ainsi que le remplacement
du contrôle a priori par une évaluation ex post. La lourdeur
des procédures administratives se conjugue avec une nécessité croissante
d'un recours à des financements hors dotation, avec une multiplication des
sources de financement, diverses tant par les objectifs qu'elles
affichent, les procédures de sélection qu'elles utilisent et le cadre
géographique dans lequel elles opèrent (Région, France, Europe). Cette
prolifération des contrats de recherche, cause de perte de temps et
d'efficacité pour les chercheurs, de cohérence pour la politique
scientifique de l'Institut, est corrélée à une diminution du financement
récurrent de l'Etat, pourtant élément clef d'une vision à long terme
préservée des modes et des groupes de pression.
Une vision
renouvelée des missions et des pratiques de l'INRA Le besoin
d'une médiation entre recherche et demande
sociale
Les
contributions montrent une adhésion générale aux quatre missions
caractérisant un institut de recherche finalisée : production de
connaissances, contribution à l'innovation, formation et expertise. Notre
institut doit remplir ces missions dans un environnement socio-économique
et même géopolitique considérablement transformé dans les dernières
décennies, ce qui a entraîné une réflexion approfondie sur la traduction
en questions et objets de recherche d'une demande sociale présente et à
venir. Alors que la demande de la société, nourrir la France, était simple
au moment de la création de l'INRA et les partenaires clairement
identifiés, les interlocuteurs de l'INRA se sont diversifiés, entraînant
une diffraction de cette demande à travers le prisme d'une société aux
aspirations plurielles et quelquefois contradictoires. On ressent le
besoin d'une médiation dont les instruments sont à
élaborer.
La
recherche finalisée : créer les conditions d'une articulation entre
avancées disciplinaires et travail sur des objets
complexes
Une fois
cette demande identifiée, « co-construite », les contributions s'attachent
à caractériser la relation entre demande sociale et questions de
recherche. Dans un mouvement de traduction de la demande en objets et en
questions de recherche, mais aussi dans l'exigence d'une réponse novatrice
à ces questions, et compte tenu de la complexité des objets de recherche
identifiés, la recherche finalisée apparaît alors nécessiter l'apport
conjoint de disciplines pratiquées à leur meilleur niveau, alliant
excellence disciplinaire à visées cognitives et approches intégratives. Il
n'y a donc pas contradiction, mais plutôt continuité, entre une recherche
construite sur des objets le plus souvent complexes choisis au regard
d'une demande sociale et une recherche à visée essentiellement cognitive.
On peut penser que l'insistance des contributions sur cette continuité
traduit le besoin d'un recentrage sur le cœur de métier de chercheur, la
production de connaissances, point d'ancrage fort dans un contexte
d'incertitude liée aux modifications souvent rapides de la conjoncture et
l'absence d'une volonté politique clairement exprimée sur le rôle et les
objectifs de la recherche. De plus, c'est
sur la production de connaissances
que les chercheurs sont essentiellement évalués.
Un
souhait du groupe de synthèse des débats
Le personnel
de l'Institut ne peut se substituer à la société et ses représentants pour
décider du rôle et des grands objectifs de l'INRA dans le dispositif de
recherche national. Toutefois, la réflexion qu'alimentent sa pratique de
la recherche, sa connaissance de la communauté scientifique internationale
et des questionnements de la société peuvent justifier que notre institut
soit une force de proposition pour contribuer aux adaptations nécessaires
de ce dispositif. Dans un exercice de prospective baptisé INRA 2020, un
certain nombre de scénarios ont été bâtis pour décrire des futurs
possibles pour notre institut en fonction d'évolutions contrastées du
contexte national et international caractérisant la société en général, la
place de la recherche et son organisation en particulier. Le groupe estime
qu'il serait souhaitable de replacer le débat dont nous avons effectué la
synthèse dans les perspectives tracées par les différents scénarios. Ces
scénarios peuvent en effet identifier de nouveaux enjeux pour des
questions telles que les relations avec les universités ou les autres
établissements publics de recherche, les relations avec la recherche
privée et avec le monde professionnel, le niveau pertinent d'établissement
des politiques scientifiques, la structuration en pôles régionaux
d'excellence ou en réseaux, la place de l'expertise et notamment sa
compatibilité avec la mission d'innovation de
l'Institut.
Nous appelons de
nos vœux une telle confrontation. |