L’Institut donne la priorité à 3 filières :
- oléagineux et lignocellulose pour les biocarburants, - oléagineux et lignocellulose pour la chimie verte, - fibres pour les biomatériaux.
L’INRA met l’accent sur le génie métabolique, c’est-à-dire la description des voies de synthèse/dégradation et de leur régulation, notamment pour la lignocellulose, en vue de favoriser sa bioconversion en de nouveaux produits. Pour chaque filière, l’INRA développe des approches globales prenant en compte l’ensemble des critères techniques, économiques, environnementaux et sociaux.
La filière oléagineux pour les biocarburants
Le colza représente en France la culture énergétique la plus importante en surface utilisée. Le colza fournit du biodiesel, incorporé dans le gazole à hauteur de 5% maximum d’après la réglementation. C’est le biocarburant privilégié en France. L’apparition du colza énergétique remonte à la réforme de la PAC de 1993, qui avait autorisé leur mise en culture sur des terres « gelées ». En 2006, la surface de colza énergétique est de 0,68 millions d’ha, contre 0,71 millions d’ha pour les usages alimentaires et les autres usages industriels (source : Agreste-Statistique agricole annuelle).
L’objectif de la directive européenne 2003/30/CE est d’inclure 5,75% de carburants végétaux dans les carburants fossiles en 2010. Plus ambitieuse encore, la France affiche 7% en 2010 et 10% en 2015. Pour augmenter la production de biodiesel, il est nécessaire d’améliorer le rendement énergétique du colza.
Pour cela, l’une des voies consiste à obtenir des variétés à haut rendement dédiées à cet usage. Les recherches coordonnées des scientifiques de l’INRA et des sélectionneurs se concentrent depuis quelques années sur la production d’hybrides de colza, production grandement facilitée par les progrès scientifiques réalisés en génétique par l’INRA.
La compétitivité de cette filière dépend aussi de l’amélioration de l’extraction des lipides des graines. Cette extraction nécessite aujourd’hui des étapes de trituration et de raffinage polluantes et coûteuses en énergie. Les chercheurs de l’INRA s’emploient à renforcer les connaissances de base utiles pour améliorer les procédés d’extraction. Ils étudient en particulier les formes de stockage des lipides dans la graine de colza dans lesquelles interviennent des protéines particulières, les oléosines :
Cf fiche du dossier de presse 2007 : Comprendre la graine des oléagineux pour en extraire l’huile
La filière des oléagineux n’est pas compétitive pour l’instant par rapport au pétrole et doit être soutenue par l’Etat. Il en est de même pour l’autre alternative : la production d’éthanol à partir de l’amidon de la graine de blé ou de la betterave à sucre. Ces cultures produisent plus d'énergie par hectare que le colza mais avec un bilan énergétique global moins favorable. cf fiche du dossier de presse du 14/02/2006 : Une nécessaire évaluation globale des biocarburants
La filière lignocellulosique pour les biocarburants
Ethanol et biodiesel issus des grandes cultures (colza, blé, betterave) ont permis d’initier le développement de la filière biocarburant. Cependant, on ne saurait en rester là. Trop d’hectares seraient nécessaires à terme. La phase actuelle apparaît comme une phase de transition vers une deuxième génération de biocarburants.
Ces biocarburants proviennent d’une ressource largement disponible et qui n'entre pas en compétition avec les productions alimentaires : la lignocellulose des plantes, arbres, pailles, qui constitue l’essentiel de la biomasse végétale. Cette biomasse provient de l'accumulation des produits de la photosynthèse dans les végétaux au cours de leur vie. Les ressources lignocellulosiques disponibles sont :
- les résidus de culture : pailles de céréales, rafles de maïs, tiges de colza - les forêts (dont 40% de l’accroissement annuel est inexploité) - les cultures dédiées : espèces pérennes herbacées : miscanthus, switchgrass, ou plantations de ligneux : peuplier, saule, robinier.
Les cultures lignocellulosiques dédiées représentent le potentiel le plus important en biomasse. Les plantes pérennes constituent un enjeu prioritaire compte tenu de leur niveau de production élevé et de leur impact positif sur l’environnement car elles sont moins consommatrices d’intrants que les plantes de grande culture telles que le colza, le blé ou la betterave.
C’est pourquoi, l’INRA focalise ses efforts :
- d’une part sur les productions ligneuses récoltées tous les 2 à 6 ans (peupliers et robiniers en taillis à courte rotation) :
cf. fiche du 14/02/2006 : Des mini-forêts pour produire du "bois-énergie"
- d’autre part sur les plantes herbacées pérennes récoltées tous les ans, notamment celles qui ont un métabolisme photosynthétique « en C4 »: miscanthus, swichgrass. Aujourd’hui ces différentes espèces ont fait l’objet de très peu de travaux de sélection variétale, d’analyse des interactions entre le génotype et son milieu, de mise au point d’itinéraires techniques adaptés et d’analyse de leur insertion dans les systèmes de culture existants. cf. fiche "Le Miscanthus, une plante qui carbure"
La nouvelle filière n’utilise pas seulement la graine mais l’ensemble de la biomasse végétale. Pour l’instant, la transformation de la lignocellulose reste problématique : cette seule étape coûte environ la moitié du prix de revient de l'éthanol produit.
Deux voies sont possibles pour transformer la lignocellulose :
- la voie sèche ou thermochimique, dans laquelle la lignocellulose, formée d’hémicellulose, de lignine et de cellulose est chauffée à haute température (plus de 800°C). Le gaz produit (mélange de CO, H2) appelé gaz de synthèse peut être ensuite transformé en hydrocarbures de synthèse (CxHy). Toute plante peut donc fournir du biocarburant par cette voie.
- la voie biologique « froide », dans laquelle les végétaux broyés sont soumis à l’action de microorganismes (champignons) dont les enzymes libèrent la cellulose de la lignine, l’hydrolyse en sucres, eux-mêmes convertis en alcools, dont l’éthanol. Avec cette voie, on n’obtient que de l’éthanol.
Les deux voies sont complémentaires, la voie thermochimique nécessitant l’utilisation de biomasse sèche, alors que la voie humide peut transformer de la biomasse peu déshydratée.
L'INRA privilégie la voie biologique à la voie thermochimique : l'action des enzymes est hautement spécifique et le potentiel biotechnologique permet d'envisager de réduire les coûts.
Les recherches approfondissent les connaissances génériques sur les tissus lignocellulosiques : organisation des parois végétales, réactions physico-chimiques et cytochimiques qui caractérisent la matière fibreuse.
→ A Toulouse, l’INRA cherche à mettre au point de nouvelles enzymes pour réaliser par voie biologique la première étape de séparation de la cellulose des lignines et hémicelluloses. Utiliser des enzymes de bactéries ou de champignons apparaît comme la voie la plus prometteuse pour réduire le coût de cette étape, actuellement très élevé. L’objectif des chercheurs de Toulouse est de générer des enzymes ayant des propriétés nouvelles, en particulier de thermostabilité. Pour cela, ils utilisent une méthodologie de pointe basée sur des mutations et recombinaisons aléatoires de gènes d’enzymes, suivies d’un criblage à haut débit.
→ A Reims, l'INRA étudie l'action d'enzymes de la bactérie Thermobacillus xylanilyticus sur la paille et le son de blé. Le passage au stade industriel est exploré avec la société ARD dans le cadre du pôle de compétitivité "Industries et agro-ressources" porté par les régions Champagne-Ardenne et Picardie.
→ A Marseille, l'INRA travaille à partir d'enzymes issues de champignons filamenteux. Le programme européen NILE (New Improvements for Lignicellulosic Ethanol), conduit en partenariat avec l'Institut français du pétrole, vise à mettre au point un procédé qui sera testé sur pilote industriel à l'horizon 2010.
La voie sèche suppose de grosses unités de fabrication, entraînant des contraintes logistiques pour l’approvisionnement, mais une économie d’échelle. La voie humide permettrait des rééquilibrages territoriaux, grâce à de petites usines situées près des bassins de production. A travers cet exemple, on voit que le développement des nouvelles cultures à vocation énergétique s’accompagne d’une réorganisation territoriale. De nouvelles questions apparaissent pour la recherche :
• quelles sont les conditions de production pour optimiser à la fois les bilans écologiques, agronomiques et économiques ?
• quelle dimension donner aux différents bassins de production et de collecte des matières premières ?
En parallèle aux recherches biotechnologiques, il faut donc imaginer l’organisation des nouvelles filières de production énergétique ou chimique. cf. fiche "Cultures énergétiques, territoires et biodiversité. Pistes de recherche"
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L’INRA : pour une agriculture durable et compétitive
Depuis 60 ans, les recherches de l’INRA enrichissent les techniques et savoirs au service des pratiques quotidiennes des agriculteurs. 40% des unités de l’INRA sont impliquées dans des partenariats agricoles en vue de construire des systèmes agroalimentaires durables.
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