Le chocolat : un aliment plaisir riche en calories…
Avant tout, le chocolat
est un aliment à très haute densité calorique (500
kcal/100 g) liée à sa richesse en matière grasse
(30 g/100 g) et en sucre (10 g/100 g) ajouté pour masquer l'amertume
des polyphénols. La matière grasse provient traditionnellement
des fèves de cacao. Ces fèves, importées de différents
pays tropicaux d'Afrique, Amérique et Asie, sont torréfiées,
broyées et pressées à chaud pour donner le beurre
de cacao riche en matière grasse et les tourteaux riches en polyphénols,
réassemblés en proportions variables pour donner au chocolat
les qualités recherchées.
Certains disent que le chocolat fait grossir. Ainsi l'explorateur anglais
Hugues écrivait à son retour d'Amérique en 1672,
que "le chocolat, comme seule boisson consommée, contribue
à préserver et prolonger la vie des Européens qui
voyagent là-bas". Il ajoutait que "pour sa part, il
n'avait jamais été aussi gros de toute sa vie"! Tout
reste une question de quantité. Les français en consomment
près de 7 kg par an, soit environ 20 g par jour. Le chocolat
contribuerait ainsi pour environ 4 % de l'apport énergétique
avec les variations saisonnières et individuelles que chacun
connaît.
… et en polyphénols, puissants anti-oxydants naturels
Côté vertus
nutritionnelles, on en a beaucoup prêtées au chocolat.
Il est, parmi tous les aliments que nous consommons, le plus riche en
polyphénols. Les teneurs s'élèvent à 500
et 840 mg/100 g pour les chocolats au lait et noir respectivement. Environ
13 % des polyphénols apportés par l'alimentation proviendrait
du chocolat. Beaucoup de chercheurs pensent aujourd'hui que ces polyphénols
auraient des effets bénéfiques sur la santé en
limitant le stress oxydant auquel nos tissus sont constamment soumis
et qu'ils réduiraient ainsi le risque de maladies cardio-vasculaires,
cancers et autres maladies chroniques. Il restait à préciser
si les propriétés des polyphénols du chocolat sont
équivalentes à celles des polyphénols provenant
d'autres sources.
Les polyphénols
du chocolat : des polymères anti-oxydants mal absorbés ?
Les polyphénols
du chocolat sont pour un dixième des catéchines, voisines
de celles du thé vert. On sait que ces catéchines sont
bien absorbées à travers la barrière intestinale
et qu'elles atteignent les différents tissus qu'elles sont supposées
protéger. Les neuf dixièmes restant sont des polymères
de masse moléculaire beaucoup plus élevée (aussi
appelés tanins condensés ou proanthocyanidines). L’équipe
INRA dirigée par Augustin Scalbert1 étudie
depuis plusieurs années la biodisponibilité des principaux
polyphénols et s'est donc intéressée au devenir
de ces polymères phénoliques dans le tube digestif. Les
expériences réalisées chez le rat ont montré
qu'un dimère isolé qui a une masse double de la catéchine
n'était pas retrouvé dans le plasma et donc non-absorbé
dans l'intestin. Des expériences d'intubation gastrique réalisées
chez l'homme en collaboration avec l'Institute of Food Research (Norwich)
ont aussi montré que ces polymères n'étaient pas
dépolymérisés en catéchines dans l'estomac,
contrairement à ce qui avait été affirmé
par une équipe anglaise. On doit conclure de ces observations
que les polyphénols du chocolat sont globalement mal absorbés.
La flore intestinale, clé de l’absorption des polyphénols
du chocolat ?
Comment alors expliquer
certains effets biologiques attribués aux polyphénols
du chocolat dans diverses études cliniques : augmentation de
la capacité antioxydante du plasma, diminution de l'oxydabilité
des LDL2, inhibition de l'activité plaquettaire ?
Des travaux, menés avec Sylvie Rabot du centre INRA de Jouy-en-Josas3,
sur le devenir des polyphénols au niveau du colon ont d’abord
montré que les polymères étaient dégradés
in vitro par la microflore intestinale humaine en divers acides phénoliques.
Un travail récent réalisé à l'Unité
des Maladies Métaboliques et Micronutriments a permis de doser
ces mêmes acides phénoliques par HPLC4 avec
couplage à un spectromètre de masse dans les urines de
volontaires ayant consommé du chocolat. Les quantités
retrouvées dans les urines montrent que ces métabolites
microbiens pourraient contribuer à expliquer certains des effets
du chocolat observés dans les études cliniques. Ces résultats
soulignent l'importance possible des métabolites microbiens formés
à partir des phytomicronutriments pour expliquer leurs effets
sur la santé.
Pour approfondir la question, le premier colloque scientifique international
sur « les polyphénols et la santé » se tient
du 18 au 21 novembre 2003 à Vichy.
Par ailleurs, Augustin Scalbert1 donnera une conférence
grand public5 le 13 décembre 2003 dans le cadre de
l’exposition « A Table ! », co-produite par l’INRA
et le Palais de la découverte.
1 Laboratoire des Maladies Métaboliques et Micronutriments,
département Nutrition, alimentation et sécurité
des aliments, centre de Clermont-Ferrand – Theix – Lyon.
2 Les LDL (low density lipoproteins) ou lipoprotéines
de faible densité transportent le cholestérol dans le
sang.
3 Unité de recherche Ecologie et physiologie du système
digestif, département Nutrition, Alimentation et Sécurité
des aliments, centre de Jouy-en-Josas.
4 HPLC (high performance liquid chromatography) ou chromatographie
liquide à haute performance
5 « Le cacao et les polyphénols sont-ils bons pour le cœur
? », samedi 13 décembre 2003 à 15h au Palais de
la découverte.
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