Toutes les cellules de notre corps contiennent le même patrimoine génétique. Elles n’utilisent pourtant qu’une partie des gènes portés par l’ADN, ce qui leur permet d’acquérir des fonctions différentes et de former des tissus aussi variés que la peau, le tissu nerveux, musculaire ou intestinal. Mais comment font les cellules pour choisir quels gènes utiliser ? On sait qu'intervient ici la chromatine, formée par l’assemblage de l’ADN et de protéines dans le noyau des cellules. La structure de la chromatine a un rôle primordial sur la façon dont les gènes se comportent. Ainsi, la compaction de la chromatine désactive les gènes, car elle rend l’ADN peu accessible aux enzymes qui permettent leur expression.
Il est crucial d’identifier les facteurs qui « commandent » l'activation ou la désactivation de certains gènes dans la cellule car leur altération peut conduire à des maladies génétiques ou à des cancers. Une étude menée par Hélène Bierne, directrice de recherche à l’INRA au sein de l’Unité des Interactions Bactéries-Cellules (Institut Pasteur, Inserm U604, INRA USC2020) dirigée par Pascale Cossart, en collaboration avec d'autres équipes de l'Institut Pasteur et des chercheurs CNRS de l'Institut Gustave Roussy, a permis de découvrir comment la protéine humaine BAHD1 est capable de stimuler la compaction de la chromatine au niveau de certains gènes. En mettant en œuvre un complexe de protéines qui condensent la chromatine, BAHD1 désactive plusieurs gènes impliqués dans la multiplication ou la survie des cellules. Or, l’expression anormale de ces gènes contribue à des anomalies congénitales ou à l'apparition de cancers.
Cette découverte apporte donc un nouvel espoir dans la compréhension des processus de cancérisation et la recherche de nouvelles thérapies anti-cancer. Ainsi BAHD1, qui contrôle la compaction de ces gènes, pourrait être un nouveau marqueur pronostique de l'évolution de certains cancers en servant à repérer les patients susceptibles de développer des métastases.
Pour en savoir plus :
« Human BAHD1 promotes heterochromatic gene silencing », Hélène Biernea, To Nam Thama, Eric Batscheb, Anne Dumayc, Morwenna Leguillouc, Sophie Kernéis-Golsteynd, Béatrice Regnaulte, Jacob-S Seelerf, Christian Muchardtb, Jean Feunteunc and Pascale Cossarta. PNAS, 2009, vol. 106 _ no. 33 pp. 13826–13831.
aInstitut Pasteur, Unité des Interactions Bactéries Cellules, Inserm U604, and INRA USC2020, Paris, F-75015, France;
bInstitut Pasteur, Unité de Régulation Epigénétique, INSERM Avenir, CNRS URA 2578, Paris, F-75015, France;
cLaboratoire Génomes et Cancers, FRE CNRS 2939, Villejuif, F-94805, France;
dInstitut Pasteur, Plate-forme de Microscopie Electronique, Paris, F-75015, France;
eInstitut Pasteur, Plate-forme Puces à ADN, Paris, F-75015, France; and
fInstitut Pasteur, Unité Organisation Nucléaire et Oncogénèse, INSERM U579, Paris, F-75015, France
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