Canicule
et vigne
En réponse à des températures sous abri supérieures
à 35°C et souvent voisines de 40°C, les vignobles, notamment
en zone méditerranéenne, ont manifesté des symptômes
d’échaudage sur feuillage et sur raisins. Les conséquences
physiologiques sont une réduction de l’activité des
feuilles adultes les plus exposées donc potentiellement les plus
« photosynthétisantes », et surtout le blocage de certains
métabolismes du raisin (ex : coloration) voire l’altération
de la structure des baies.
Les vignobles ont surtout subi les dommages de la sécheresse exceptionnelle,
provoquant essentiellement une réduction, voire un blocage, de
l’activité du feuillage accompagnée assez souvent
par des chutes estivales des feuilles les plus âgées, l’ensemble
ralentissant l’alimentation des raisins et souvent aussi l’aoûtement
des sarments, à la limite provoquant un dépérissement
des ceps.
Les conséquences de
la sécheresse climatique globale ont été très
variables selon les cépages et les terroirs :
- quelques parcelles n’ont pas
subi de contrainte hydrique, ce qui nuit à la qualité,
- d’autres relativement nombreuses,
ont pu bénéficier de contraintes hydriques optimales
pour la qualité du raisin,
- d’autres ont subi une contrainte
forte entraînant un changement de typicité des vins mais
pas d’altération qualitative,
- d’autres enfin, relativement
peu nombreuses, ont connu des blocages de maturation voire des dépérissements.
Les choix des
vignerons
Rappelons ici que la notion de « terroir viticole » inclut
non seulement l’environnement naturel mais aussi, et parfois surtout,
les décisions technologiques en viticulture comme en œnologie.
Le système cultural, résultat des choix du vigneron, s’est
avéré dans la plupart des cas capital pour que ces conditions
se transforment, soit en réussite, soit en problème. Par
exemple des résultats favorables ont été enregistrés
suite à un choix judicieux :
- de méthodes d’entretien
du sol,
- de conduite du vignoble en matière
de taille et d’architecture,
- « d’irrigation qualitative
»,
- de la date de récolte en fonction
de la prise en compte de l’évolution climatique en fin
d’été,
- de l’observation précise
de la maturation des raisins (chargement ou concentration des sucres,
« maturité phénolique », pH).
Un autre phénomène
important a été la présence de températures
nocturnes élevées pendant la maturation, ce qui n’est
potentiellement pas très favorable aux synthèses polyphénoliques
(anthocyanes notamment) ou terpéniques. Deux raisons en sont à
l’origine : le niveau thermique lui-même et la précocité
induite qui oblige à récolter en période naturellement
plus chaude. Mais là aussi, en fonction des terroirs, conditions
d’environnement naturel et choix techniques comme la date de récolte,
les résultats sur la qualité sont différents, certains
étant remarquables.
Les choix œnologiques complètent les facteurs d’adaptation,
avec dans certains cas la décision d’un assemblage optimum
de cépages ou de cuves. Il est aussi à noter que la question
de vins à degré alcoolique trop élevé s’est
de nouveau posée.
Canicule
et vins
Un millésime d’année de canicule donne
des vins atypiques
Les acquis de la recherche permettent maintenant de mieux évaluer
les potentialités de la baie de raisin : teneur en sucre pour transformation
en alcool, teneur en acides tartrique et malique, teneur en arômes
et précurseurs d'arômes, teneur en polyphénols et
extractibilité de ceux-ci. Selon le millésime et le moment
choisi de la récolte, ces critères ne sont pas tous à
leur optimum qualitatif et ne s'exprimeront pas de la même façon
au moment de la vinification.
Un millésime d'année
de canicule est... atypique. Pour en définir la qualité,
il faut un peu de recul. Le vin n'est pas une boisson industrielle. C'est
l'expérience qui a, par exemple, permis de savoir que 1976, année
chaude et de sécheresse, encore dans la mémoire de beaucoup
d'entre nous, a réuni les conditions permettant d'élaborer
un grand millésime en champagne.
En 2003, souvent les parcelles de vigne référencées
pour donner des vendanges tardant à venir à maturité
polyphénolique ont donné des vins beaucoup plus riches et
colorés (si la vigne n'a pas subi de stress hydrique au-delà
d'un certain seuil qu'il est maintenant possible de caractériser).
Inversement des parcelles de vignes référencées pour
donner des vendanges venant très tôt à maturité
ont été encore beaucoup plus précoces (si la vigne
n'a pas subi de stress hydrique excessif ) et l’œnologue a
dû privilégier le potentiel acidité.
En vendange rouge, les œnologues qui ont privilégié
la maturité polyphénolique et ne se sont pas trop hâtés
de récolter ont fait un choix opportun.
Les cépages méditerranéens (Carignan par exemple)
ont été peu affectés par la canicule de 2003.
Canicule et traitements
de la vendange
En 2003, un grand nombre de caves ont ouvert dès le mois d'août
y compris en région septentrionale. A cette période de l'année,
les journées et les nuits sont encore très chaudes. La vendange
arrive à la cave de vinification à des températures
nécessitant un refroidissement immédiat de la vendange surtout
s'il s'agit de raisin blanc. La récolte nocturne permise par la
récolte avec machine à vendanger n'a pas suffi le plus souvent
pour obtenir une température satisfaisante au niveau des quais
d'apport.
La vinification en blanc nécessite des températures maîtrisées
(5°C à 20°C) dès le pressurage du raisin ou pour
les macérations pelliculaires. A ces températures, l'objectif
est de favoriser l'extraction des composés pelliculaires d'arômes
sur raisin blanc par diffusion tout en limitant l'extraction des polyphénols
et les phénomènes oxydatifs. Les opérations de débourbage
des moûts, nécessaires avant leur mise en fermentation, se
réalisent également à des températures basses.
La puissance frigorifique disponible dans une cave a souvent été
le facteur limitant dans la maîtrise des procédés
de vinification et impose de réguler les apports de vendange à
la cave.
La teneur en sucre des raisins, la maturité polyphénolique
des baies de raisin, l'état sanitaire de la vendange ont été
satisfaisants.
Par contre, une plus faible acidité des moûts et des pH plus
élevés ont un impact sur la perception organoleptique des
moûts et des vins correspondants. En 2003, les œnologues ont
en général pas ou peu chaptalisé ou peu enrichi en
sucre leur vendange. Par contre, comme la législation l'autorise,
ils ont plutôt acidifié les moûts par de l'acide tartrique.
Cependant, les effets de la correction restent assez faibles par rapport
aux variations observées lors des années sans canicule.
Le déroulement de la fermentation levurienne a pu être plus
lent avec des risques accrus d'arrêt de fermentation. Un appauvrissement
du moût en de nombreux éléments (composés azotés
par exemple) est à l'origine de ces difficultés que l'œnologue
a dû gérer.
Canicule et traitement
des vins
La maturation du vin à pH plus élevé requiert toute
l'attention et le savoir-faire de l'œnologue pour s'assurer par exemple
d'une bonne stabilisation de la biomasse bactérienne et éviter
les montées d'acidités volatiles dans les vins.
Les technologies à membranes (filtration tangentielle, électrodialyse...)
aident l’œnologue à clarifier et stabiliser les vins
simplement et efficacement.
Les années de canicule, la technologie et le savoir-faire de l’œnologue
font la différence dans ce qui fera l'appréciation organoleptique
des vins, au moment où ceux-ci seront proposés au consommateur.
L'élevage des vins sera effectué selon des durées
différentes en fonction des analyses effectuées sur le vin
à ce moment-là et le profil du produit souhaité.
1 Unité expérimentale de
Pech-Rouge, département Transformation des produits végétaux,
centre de Montpellier.
2 Unité mixte de recherches Sciences pour l'œnologie et
la viticulture INRA – ENSAM – Université de Montpellier
I, départements Microbiologie et Transformation des produits
végétaux, centre de Montpellier.
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