Les principales méthodes
de lutte biologique
Pour lutter contre un insecte nuisible à une plante cultivée,
l’organisme auxiliaire utilisé peut être un prédateur,
un parasite ou un microorganisme. Dans le cas où l’auxiliaire
est un animal, souvent appelé entomophage, plusieurs méthodes
d’intervention sont envisageables :
• les traitements biologiques. Comme pour tout traitement phytosanitaire,
ils sont répétés dans le temps et permettent d’obtenir
soit un effet d’élimination rapide du ravageur par les organismes
directement lâchés en grand nombre (lâchers inondatifs),
soit un effet différé par la descendance des individus lâchés
(lâchers inoculatifs). Ce sont surtout les auxiliaires utilisés
dans ce cadre qui font l’objet d’un développement commercial,
comme les trichogrammes.
• la lutte biologique par acclimatation ou lutte biologique classique.
Elle a pour but de rechercher et d’introduire un auxiliaire originaire
de la même zone géographique que le ravageur exotique qui a été
introduit accidentellement dans une région nouvelle. Il s’agit
dans ce cas d’établir un équili-bre durable entre le ravageur
et l’auxiliaire. C’est le cas pour le psylle de l’eucalyptus
ou la Cicadelle nord-américaine.

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Trichogrammes pondant dans des œufs
de pyrale du maïs © INRA J.Pizzol Réf. : PCD 0031-IMG0077.PC | Dans tous les cas, la lutte biologique
est ciblée sur l’insecte nuisible. Elle évite
le recours aux insecticides de synthèse qui pose de nombreux
problèmes, comme le manque de sélectivité, la
résistance développée par les ravageurs à
certains produits ou le problème des résidus de traitements.
Elle préserve ainsi la biodiversité au sein de l’écosystème
traité.
La lutte biologique s’appuie sur des recherches scientifiques
de haut niveau. Il s’agit en effet de connaître l’écosystème
où vit le ravageur, d’étudier les interactions
avec les autres organismes, la génétique et la dynamique
des populations. Dans tous les cas, la connaissance et la gestion
de la biodiversité sont des points essentiels à prendre
en compte pour mettre en place une stratégie viable de lutte
biologique.
Les trichogrammes contre
la pyrale du maïs
La production de masse d'une microguêpe, qui s'appelle Trichogramma
brassicae, a été mise au point et expérimentée
par l'INRA à Antibes, en collaboration avec la société
Biotop. Ce parasitoïde (organisme parasite qui, pour se développer,
provoque systématiquement la mort de son hôte) s'attaque aux
œufs de la pyrale du maïs, un papillon, l'un des principaux ennemis
de cette culture. Dans la biofabrique, l'insecte auxiliaire est conditionné
en plaquettes qui sont disposées sur le terrain. Le prix de revient
de ce procédé est équivalent, pour l'agriculteur, à
celui des insecticides chimiques et son efficacité est redoutable.
Grâce à l'intérêt croissant pour les méthodes
alternatives de protection des cultures, les surfaces de maïs traitées
en France par la lutte biologique augmentent régulièrement et
dépassent au-jourd'hui les 80 000 hectares.
La protection biologique
en cultures sous serres
Depuis plus de 20 ans, la lutte biologique par apport d’organismes auxiliaires
s’est fortement développée en France sur plusieurs cultures
protégées. Cette technique donne entièrement satisfaction
puisqu’elle a permis de réduire considérablement l’utilisation
des insecticides et acaricides. Cette réduction atteint 90% pour les
cultures de tomate sous serre, dont plus de 50% des superficies utilisent
cette technique alternative de protection. Alors qu’en 1980, 2 à
3 espèces d’insectes auxiliaires étaient utilisées
en France, on en compte actuellement plus d’une cinquantaine. Le monde
agricole profite donc pleinement de cette avancée technologique, qui
permet, en réduisant l’usage des produits phytosanitaires, de
protéger les cultures avec des organismes vivants, inoffensifs pour
les consommateurs et l’environnement.
Des insectes pour contrôler
les invasions de nouveaux ravageurs
En 1994, un nouvel insecte ravageur est signalé sur la Côte d’Azur,
principale zone de production de feuillages d’eucalyptus à vocation
ornementale en France. Originaire de l’Australie, le psylle de l’eucalyptus
(Ctenarytaina eucalypti), un suceur de sève proche des pucerons,
envahit les plantations des Alpes-Maritimes et du Var. La lutte chimique employée
par les horticulteurs est peu efficace et très néfaste pour
l’environnement, et les prédateurs autochtones (araignées,
punaises) ne sont pas suffisamment efficaces pour maîtriser les pullulations.
Les scientifiques de l’INRA engagent alors des recherches visant à
identifier, dans la région d’origine du psylle, un auxiliaire
potentiel, et à l’acclimater. Une microguêpe, Psyllaephagus
pilosus, parasite spécifique des larves du psylle de l’eucalyptus,
est rapidement repérée et au printemps 1997, plusieurs centaines
d’individus sont introduits dans les locaux de quarantaine à
l’INRA. Les chercheurs entament alors un patient travail consistant
à isoler individuellement des adultes de l’auxiliaire, en s’assurant
de l’élimination de tout risque d’introduction d’hyperparasites
ou de maladies. Fin avril 1997, les premiers lâchers d’adultes
sont effectués dans le massif du Tanneron, sur une parcelle très
infestée par le psylle. Au bout de trois mois à peine, aucun
renfort ne s’avère nécessaire, tant la multiplication
et la dissémination du parasite sont spectaculaires. Le parasitoïde
ne s’est pas seulement disséminé au sein des parcelles
dans lesquelles il avait été lâché, mais également
dans toute la région, atteignant même la côte italienne
de Ligurie où les plantations d’eucalyptus sont très répandues.
L’opération est un franc succès. Le suivi de la démographie
du couple hôte-parasitoïde coordonné par l’INRA depuis
le début de l’opération révèle que l’auxiliaire
reste fidèle au poste. Il s’est acclimaté sans problème
et sa spécificité d’action le rend sans danger pour d’autres
insectes autochtones.
Une opération analogue est
actuellement en cours à l’INRA pour combattre la Cicadelle nord-américaine,
Metcalfa pruinosa, qui envahit de nombreuses régions du Sud
de la France. Les résultats, bien que moins rapides à obtenir
compte tenu de la biologie du ravageur et de l’auxiliaire introduit,
sont extrêmement encourageants et permettent d’envisager une issue
positive sur la réduction durable des populations de la cicadelle dans
les toutes prochaines années.
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