Les criquets représentent un taxon clé au sein de la chaîne trophique du fait de leur herbivorie et de leur statut de proies, notamment pour les oiseaux de plaine, dont le déclin est attribué pour partie à une raréfaction de leurs ressources alimentaires, ainsi que pour les reptiles. Estimer l’abondance des criquets dans les milieux est donc devenu l’objectif de nombreuses études autour de la préservation, la gestion et la valorisation de la biodiversité.
Comme c’est le cas pour de nombreux invertébrés, une partie du cycle biologique des criquets se passe dans le sol. De ce fait, les perturbations liées aux travaux agricoles et à l’assolement provoquent l’extinction des populations dans les parcelles de culture annuelle. Ainsi, le maintien des criquets dans le paysage ne peut se faire que par l’intermédiaire des milieux pérennes ou prairies. Or, ces milieux sont peu nombreux et sont sujets à des destructions fréquentes. Ainsi, les populations soumises à des extinctions locales ne se maintiennent que si de nouveaux habitats sont disponibles et accessibles à la colonisation. De ce fait, seules les espèces se déplaçant suffisamment peuvent survivre.
Les chercheurs du CEBC s’attachent à étudier le fonctionnement des communautés de criquets présentes sur la Zone Atelier « Plaine et Val de Sèvre » (450 km²) en relation avec les pratiques agricoles et la structure des paysages. Dans ce cadre, évaluer l’effet des mesures de gestion des habitats sur l’abondance des criquets, ou encore établir la relation entre l’abondance des prédateurs à protéger et la ressource en criquets, sont les objectifs généralement poursuivis.
Pour normaliser les études réalisées par les chercheurs et les naturalistes, l’équipe du CEBC s’est dans un premier temps attachée à étudier la fiabilité de la méthode de capture des criquets pour estimer leur abondance. Ils ont ainsi pu établir que la technique consistant à lancer une cage d’1 m2 de base devant soi pouvait être utilisée dans n’importe quelle condition météorologique, dans des prairies de différentes natures et par des observateurs multiples. La taille optimale de la cage est de 1 m2 et il n’est pas possible de la diminuer en raison d’effets de bords importants pour les tailles inférieures.
Dans un second temps, les chercheurs ont montré que l’abondance des espèces de criquets du site d’étude présente de fortes variations à la fois saisonnières et dans l’espace. Ainsi, pour les Gomphocerinae on observe des densités maximales annuelles qui varient de moins de 2 individus par mètre carré en 2007 à plus de 7 en 2004. Une autre espèce, Calliptamus italicus, maintient des densités très faibles quelle que soit l’année (0,5 individus/m² au maximum). La présence des criquets est également fonction du type d’habitat retrouvé dans le paysage agricole. Si l’abondance de C. italicus n’est pas liée au couvert végétal, en revanche celle des Gomphocerinae est structurée par le type de couvert (moyennes ajustées en prairies de graminées : 3,1 individus/m², en prairies artificielles : 0,8 individus/m²). La densité des Gomphocerinae augmente avec la durée d’implantation des prairies jusqu’à un âge de 4 à 8 ans qui maximise l’abondance, avant que celle-ci ne décroisse.
Les chercheurs ont ensuite modélisé l’évolution de l’abondance d’espèces dominantes sur le site d’étude – l’espèce Calliptamus italicus et la sous-famille des Gomphocerinae - depuis l’éclosion des œufs jusqu’à la mort des adultes à l’automne. Pour cela, ils ont réalisé l’échantillonnage hebdomadaire de fin mai à mi-octobre de la densité de criquets dans 23 prairies, de manière annuelle depuis 2004. L’analyse statistique a consisté à modéliser les cinétiques des 2 taxons dominants par la loi de Weibull. Les chercheurs ont ainsi réussi à caractériser les fluctuations d’abondance saisonnière des deux espèces par un schéma annuel moyen décrivant 70% des parcelles étudiées (voir figure).
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Courbes représentant les dynamiques saisonnières d’abondance des deux taxons de criquets étudiés, Calliptamus italicus et la sous-famille des Gomphocerinae. La date « julienne » est le nombre de jours écoulés depuis le 1er janvier.
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Cette modélisation permet d’établir qu’au cours d’une saison les populations fluctuent très rapidement dans le temps – courbe en cloche –. De plus, elle permet de connaître pour une espèce de criquet et une année données la date à laquelle les densités des populations de juvéniles ou d’adultes sont maximales, ainsi que la durée de développement des juvéniles. Ces dates varient d’une année à l’autre. Disposer de ces informations s’avère très intéressant car elles peuvent être corrélées avec des données climatiques et contribuer ainsi à évaluer l’impact du réchauffement climatique. Sur un plan plus appliqué, elles permettent le choix de la période optimale d’échantillonnage en fonction des objectifs des études.
Référence :
Acridid (Orthoptera: Acrididae) abundance in Western European Grasslands : sampling methodology and temporal fluctuations. Journal of Applied Entomology, 133 (2009) 720-732. I.Badenhausser1, P.Amouroux1, J.Lerin2 & V.Bretagnolle3.
1Centre d’études biologiques de Chizé, INRA-UPR 1934 CNRS, F-79360 Beauvoir sur Niort, France.
2INRA-URP3F, F-86600 Lusignan, France.
3CNRS-CEBC IPR 1934? F-79360 Beauvoir sur Niort, France
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