
| Le rat, introduit en France depuis
l'Asie
(Ratus norvegicus)
©INRA/Michel Pascal, PCD9003-IMG0120 | L'homme joue un rôle majeur dans les invasions biologiques
Une invasion biologique est caractérisée par l'augmentation
de l'aire de répartition d'une espèce au cours d'une période
donnée. Processus naturel à l'échelle des temps
géologiques, les invasions biologiques participent à l'évolution
des espèces.
Cependant, depuis l'avènement
de l'agriculture et de l'élevage, l'homme joue un rôle
majeur dans le phénomène en augmentant la fréquence
des invasions et en mettant en contact des espèces appartenant
à des entités biogéographiques de plus en
plus éloignées.
C'est ainsi que, bien avant l'ère chrétienne, sont
introduits délibérément en France notre fameux
coq gaulois originaire d'Asie, la carpe du Danube, le lapin d'Espagne
et le mouton d'Asie Mineure à l'origine du mouflon de Corse.
Mais
c'est probablement à l'insu de l'homme que, depuis l'Asie, le
rat noir puis le rat surmulot parviennent en France, le premier au cours
des premiers siècles avant J.C., le second au 18e siècle.
Introduits par la suite dans plus de 80% des îles du monde, ces
rongeurs ont contribué à l’extinction de nombreuses
espèces d’oiseaux.
Ainsi, certaines invasions biologiques perturbent fortement le fonctionnement
d'écosystèmes, génèrent de sévères
épidémies et épizooties, entraînant de graves
pertes économiques (chiffrées, par exemple, à plus
de 100 milliards de dollars annuels pour les seuls USA).
57 spécialistes dépouillent
1 300 documents pour étudier les invasions biologiques de vertébrés
en France
À l'échelle de la planète,
et en raison notamment de l'augmentation des échanges commerciaux,
le nombre d'invasions biologiques s'est accru de façon considérable
depuis 50 ans. Qu'en est-il en France ? Que sait-on des modalités
de ces invasions et de leurs conséquences ? De quelles mesures
de gestion les populations des espèces allochtones ont-elles
fait l'objet ? C'est pour éclairer ces questions que le Ministère
de l'Écologie a confié à l'équipe «
Gestion des populations invasives » de l’INRA de Rennes
l'élaboration d'une synthèse des disparitions et invasions
de vertébrés intervenues sur le territoire de la France
métropolitaine au cours de
l'Holocène (-9000 à nos jours). Pour la réaliser,
57 spécialistes, paléontologues, archéozoologues,
historiens, écologues, épidémiologistes, gestionnaires,
ont réalisé l'analyse critique et la synthèse de
plus de 1300 documents, dont 80 % n’avaient jamais été
cités par la littérature académique.
Cette synthèse montre que la France n’est pas à
l’écart du phénomène enregistré à
l’échelle de la planète. L'indice séculaire
d'invasions biologiques de vertébrés y croît de
façon exponentielle au cours de l'Holocène : de moins
d’une invasion par siècle entre –9000 et 1600, il
atteint la valeur de 132 au cours des 60 dernières années.
Parmi les 585 espèces de vertébrés retenues pour
cette étude, 51 ont disparu au cours de l'Holocène et
154 y ont réalisé des invasions. Quatre-vingt six d'entre
elles sont nouvelles pour la France. Par ailleurs, l'impact écologique
et socio-économique de 75 % des invasions biologiques est totalement
inconnu. Si quelques-unes font l'objet de mesures de gestion motivées
par des préoccupations socio-économiques, aucune ne l'est
actuellement au titre de préoccupations strictement environnementales.
Au delà des connaissances acquises, cette synthèse met
en lumière les lacunes de connaissance et contribue à
identifier les champs de recherche à promouvoir pour prévenir
et gérer les invasions biologiques.
(1) Unité SCRIBE : Station commune de recherches
en Ichtyophysiologie, biodiversité et environnement,
équipe "Gestion des populations invasives", Centre
de Rennes, département d’Ecologie des forêts, prairies,
milieux aquatiques
http://www.rennes.inra.fr/scribe/recherche/inventaire.htm
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