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Fiche de Presse Info. 01/08/2004

Les invasions biologiques, onze mille ans d’histoire


D'où viennent carpes et lapins, rats et souris, chèvres et mouflons, pour ne parler que d’espèces connues de tous ; et depuis quand peuplent-ils notre pays ? À la demande du Ministère de l'Ecologie, une équipe de l'INRA de Rennes (1) a piloté une synthèse critique sur l'évolution de la faune de vertébrés en France au cours des onze mille dernières années.

 


Le rat, introduit en France depuis l'Asie
(Ratus norvegicus)
©INRA/Michel Pascal, PCD9003-IMG0120
L'homme joue un rôle majeur dans les invasions biologiques

Une invasion biologique est caractérisée par l'augmentation de l'aire de répartition d'une espèce au cours d'une période donnée. Processus naturel à l'échelle des temps géologiques, les invasions biologiques participent à l'évolution des espèces.

Cependant, depuis l'avènement de l'agriculture et de l'élevage, l'homme joue un rôle majeur dans le phénomène en augmentant la fréquence des invasions et en mettant en contact des espèces appartenant à des entités biogéographiques de plus en plus éloignées.
C'est ainsi que, bien avant l'ère chrétienne, sont introduits délibérément en France notre fameux coq gaulois originaire d'Asie, la carpe du Danube, le lapin d'Espagne et le mouton d'Asie Mineure à l'origine du mouflon de Corse.

Mais c'est probablement à l'insu de l'homme que, depuis l'Asie, le rat noir puis le rat surmulot parviennent en France, le premier au cours des premiers siècles avant J.C., le second au 18e siècle. Introduits par la suite dans plus de 80% des îles du monde, ces rongeurs ont contribué à l’extinction de nombreuses espèces d’oiseaux.
Ainsi, certaines invasions biologiques perturbent fortement le fonctionnement d'écosystèmes, génèrent de sévères épidémies et épizooties, entraînant de graves pertes économiques (chiffrées, par exemple, à plus de 100 milliards de dollars annuels pour les seuls USA).

57 spécialistes dépouillent 1 300 documents pour étudier les invasions biologiques de vertébrés en France

À l'échelle de la planète, et en raison notamment de l'augmentation des échanges commerciaux, le nombre d'invasions biologiques s'est accru de façon considérable depuis 50 ans. Qu'en est-il en France ? Que sait-on des modalités de ces invasions et de leurs conséquences ? De quelles mesures de gestion les populations des espèces allochtones ont-elles fait l'objet ? C'est pour éclairer ces questions que le Ministère de l'Écologie a confié à l'équipe « Gestion des populations invasives » de l’INRA de Rennes l'élaboration d'une synthèse des disparitions et invasions de vertébrés intervenues sur le territoire de la France métropolitaine au cours de l'Holocène (-9000 à nos jours). Pour la réaliser, 57 spécialistes, paléontologues, archéozoologues, historiens, écologues, épidémiologistes, gestionnaires, ont réalisé l'analyse critique et la synthèse de plus de 1300 documents, dont 80 % n’avaient jamais été cités par la littérature académique.
Cette synthèse montre que la France n’est pas à l’écart du phénomène enregistré à l’échelle de la planète. L'indice séculaire d'invasions biologiques de vertébrés y croît de façon exponentielle au cours de l'Holocène : de moins d’une invasion par siècle entre –9000 et 1600, il atteint la valeur de 132 au cours des 60 dernières années. Parmi les 585 espèces de vertébrés retenues pour cette étude, 51 ont disparu au cours de l'Holocène et 154 y ont réalisé des invasions. Quatre-vingt six d'entre elles sont nouvelles pour la France. Par ailleurs, l'impact écologique et socio-économique de 75 % des invasions biologiques est totalement inconnu. Si quelques-unes font l'objet de mesures de gestion motivées par des préoccupations socio-économiques, aucune ne l'est actuellement au titre de préoccupations strictement environnementales.
Au delà des connaissances acquises, cette synthèse met en lumière les lacunes de connaissance et contribue à identifier les champs de recherche à promouvoir pour prévenir et gérer les invasions biologiques.

(1) Unité SCRIBE : Station commune de recherches en Ichtyophysiologie, biodiversité et environnement,
équipe "Gestion des populations invasives", Centre de Rennes, département d’Ecologie des forêts, prairies, milieux aquatiques

http://www.rennes.inra.fr/scribe/recherche/inventaire.htm


 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Michel Pascal, Michel.Pascal@beaulieu.rennes.inra.fr, Tél : 02 23 48 53 79 ou 50 02

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