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Fiche de dossier de presse. 25/11/2003

Raisonnement de l’usage du cuivre en agriculture biologique


Le cahier des charges « agriculture biologique » est très strict et limite fortement les solutions connues « possibles » pour lutter contre les pathogènes. Le cuivre, très utilisé pour lutter contre de nombreuses maladies notamment cryptogamiques (mildious, bactérioses, cloque, tavelure, etc…) présente l’inconvénient de s’accumuler dans les sols où il peut y atteindre des concentrations toxiques pour les êtres vivants.
Depuis le 31 mars 2002, le règlement CE2092/91 limite l’usage des sels cupriques1 . Dans ces conditions, l’efficacité des programmes de protection des plantes (vigne, fruits et légumes) en agriculture biologique doit être entièrement revisitée. Si à l’heure actuelle, une majorité d’opérateurs considère que l’usage du cuivre doit être limité et mieux raisonné, les solutions alternatives, viables à la fois techniquement et économiquement, tardent à se développer, aucun produit de substitution ne présentant une efficacité générale acceptable, dans l’état actuel des connaissances.
Bien que l’agriculture biologique souhaite privilégier une approche globale des problèmes techniques, lorsqu’il y a des urgences réglementaires et techniques comme c’est le cas pour le cuivre, les approches analytiques sont parfois nécessaires.

 

Le programme sur le raisonnement de l’usage du cuivre en agriculture biologique a été élaboré grâce à l’association des compétences de l’INRA et de plusieurs ICTA. Coordonné par l’ITAB, il a pour objectif de proposer des réponses à court et moyen terme, sur deux plans différents :

- Un plan réglementaire, avec une limitation des apports de cuivre, depuis le 31 mars 2002.
- Un plan environnemental, il paraît en effet difficile à une agriculture qui se veut écologique et durable de maintenir l’usage de produits perturbants pour la vie des sols.

L’objet de ce programme est d’étudier les cas du mildiou de la vigne (Plasmopara viticola) de la cloque du pêcher (Taphrina deformans), de la tavelure du pommier (Venturia inaequalis), du mildiou de la tomate (Phytophthora infestans) et des bactérioses sur tomates (Pseudomonas syringae et Xanthomonas campestris). Si les mildious (vigne, tomate) sont convenablement maîtrisés avec les produits cupriques disponibles et sans limitation de doses, ce n’est pas le cas de la tavelure et de la cloque du pêcher freins majeur à la conversion.
Compte tenu de l’importance prépondérante du cuivre pour la maîtrise d’un très grand nombre de pathogènes (très large spectre d’action) en agriculture biologique, trois types d’approches du problème sont proposées dans ce programme. La première concerne les sols et les moyens d’évaluer et de maîtriser les impacts non intentionnels du cuivre sur la biocénose ; la deuxième vise à optimiser les produits et techniques actuellement utilisées afin de réduire les doses apportées et la dernière approche est plus prospective puisqu’elle a pour but d’identifier des produits ou des techniques alternatifs à l’usage du cuivre.

De nombreux résultats

Les résultats de l’étude de l’impact du cuivre sur les micro-organismes du sol menée par l’INRA de Dijon 2 montrent que les doses de cuivre actuellement applicables (8 puis 6 kg/ha/an de cuivre métal) sont tout à fait compatibles avec une activité et un développement « normal » des micro-organismes du sol. D’une part parce que ceux-ci sont capables de s’adapter à des taux de cuivre supérieurs à la « normale » mais surtout parce que les autres pratiques culturales des viticulteurs biologiques (apports de matières organiques, pas d’herbicides, enherbement, travail du sol...) sont favorables à leur développement. Les apports de cuivre tels que limités par la réglementation, ne sont donc pas dangereux pour la vie du sol et restent cohérents avec le respect de l’environnement revendiqué par l’agriculture biologique. Cela laisse du temps à la recherche pour trouver des solutions alternatives à l’usage du cuivre.

Les résultats concernant l’étude du lessivage foliaire des produits cupriques (dans le but de raisonner les apports), menée par l’ITV de Nîmes 3 , sont également très intéressants puisqu’il montrent que ce sont les premiers millimètres de pluies qui génèrent le plus de pertes, le taux de lessivage diminuant très rapidement au-delà et environ 40% de la dose initiale restent sur les feuilles, non lessivable et donc non utilisés, quels que soit la répartition des pluies, l’intensité de la pluie ou le délai entre le traitement et la pluie. Une grande partie du cuivre apportée étant gaspillée, l’idée est donc de demander aux firmes produisant les produits cupriques de mettre au point des formulations qui optimiseraient mieux le cuivre apporté : moins de cuivre pour plus d’efficacité. Cette étude pourrait être également étendue à d’autres cultures (arbres fruitiers, tomates) pour savoir si le comportement au lessivage serait le même avec d’autres espèces.

Lors des tests conduits par l’INRA de Bordeaux 4 et le Ctifl de Lanxade 5, les produits de traitement sans cuivre, n’ont pas montré l’efficacité nécessaire pour assurer une protection suffisante aussi bien contre le mildiou de la vigne que contre la tavelure du pommier.

Pour lutter contre la tavelure du pommier, une méthode mécanique a été expérimentée par le GRAB d’Avignon 6 : à l’automne, les feuilles mortes sont retirées du verger et détruites. Cette méthode permet de réduire l’inoculum primaire et montre son efficacité pour réduire la pression de maladie la saison suivante, ce qui permet de diminuer les doses de cuivre appliquées et/ou le nombre de traitements cupriques, ainsi que les pertes de récoltes.

Les tests de la sensibilité à la cloque de différentes variétés de pêcher anciennes et modernes, menés par le GRAB d’Avignon et le Ctifl de Balandran 7 permet de mettre en évidence quelques variétés qui présentent une bonne tolérance ou résistance à cette maladie et qui demanderont donc peu de traitements cupriques. Elles sont à recommander aux arboriculteurs biologiques. Le travail de screening devra être poursuivi pour pouvoir proposer aux producteurs une gamme plus vaste de variétés tolérantes.

 

1 Réglementation sur l’utilisation du cuivre :
Depuis le 16 mars 2002 les apports de cuivre sont limités à 8kg/ha.an de cuivre métal jusqu’au 31 décembre 2005, et à 6kg/ha/an au-delà de cette date. Pour les cultures pérennes, les quantités de cuivre apportées peuvent être raisonnées sur cinq ans, de façon à prendre en compte les variations des pressions parasitaires d’une année sur l’autre. Ainsi, les quantités maximales de cuivre apportées sur la période allant du 23 mars 2003 au 31 décembre 2006 ne devront pas dépasser 38kg par hectare soit une moyenne annuelle de 7.8kg/ha (4 années à 8kg/ha et 1 année à 6kg/ha). Le même principe de calcul est appliqué pour les année suivantes : 36kg.ha de 2003 à 2007, 34kg/ha de 2004 à 2008 etc...
2 Sous la responsabilité de Rémi Chaussod, Unité mixte de recherche INRA – Université de Bourgogne Microbiologie et géochimie des sols, département Environnement et Agronomie et département Santé des Plantes et Environnement, centre de Dijon.
3 Sous la responsabilité de Bernard Molot, Institut Technique du Vin, Nîmes.
4 Sous la responsabilité de Michel Clergeau, Unité de recherche Ichtyophysiologie, biodiversité et environnement, département Hydrobiologie et faune sauvage, centre de Rennes.
5 Sous la responsabilité de Michel Giraud, CTIFL, Lanxade.
6 Sous la responsabilité de François Warlop (tavelure du pommier et cloque du pêcher), GRAB, Avignon.
7 Sous la responsabilité d’Alain Garcin, CTIFL, Balandran.

 
Rédacteur :  Service Presse INRA
Contacts : 
Monique Jonis, tél. : 04 67 06 23 93
Institut Technique de l’Agriculture Biologique, Lattes.

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