Publications > Cahiers > N° 76, 3ème trimestre 2005
TRAVAIL ET TERRITOIRES. Production despaces et territorialité
de lactivité économique
Introduction : Nicolas Renahy et Bertrand Schmitt
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Appropriation et identification des territoires du vin : la lutte entre grands et petits propriétaires du "Corton"
Olivier JACQUET *, Gilles LAFERTÉ **(* Institut d'histoire contemporaine,
Université de Bourgogne, 6 boulevard Gabriel, 21004 Dijon cedex, e-mail
: olivier.jacquet@u-bourgogne.fr
- ** INRA-CESAER, 26 boulevard du Docteur Petitjean, BP 87999, 21079 Dijon cedex,
e-mail : Glaferte@aol.com)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 76, 2005, pp 9-27
Résumé - A partir d'une analyse de cas, les conflits autour de la délimitation de l'appellation du vin Corton en Bourgogne dans l'entre-deux-guerres, le texte distingue deux modes de construction du territoire : l'identification, processus de désignation par l'Etat et l'appropriation, processus de revendication par les intéressés eux-mêmes. Face à l'impossible identification légitime des territoires viticoles par l'Etat, la loi de 1919 sur les appellations d'origine impose le recours à la voie judiciaire pour régler les différends. Les acteurs en conflit s'affrontent alors sur des appropriations et définitions divergentes du territoire. Chacun revendique des registres de justification différents pour tenter d'imposer son territoire. Le territoire n'est nullement un héritage naturel, mais le fruit d'un affrontement social. Si les grands propriétaires jouent d'arguments économiques et historiques pour fonder leur revendication à une zone d'appellation restrictive, les petits propriétaires, nouveaux entrants de l'appellation et de l'économie viticole de luxe, avancent eux des arguments politiques, républicains, pour séduire les tribunaux de la IIIe République. La définition du territoire et les règles du marché dépendent d'un jeu qui dépasse largement la lutte strictement économique variant selon les contextes politiques et les rapports de forces sociaux.
Mots-clés : appellation d'origine, vin, territoire, identification, appartenance, Bourgogne.
Travail et territoire : du bon usage de la nation.
À propos de l'enquête de 1848 sur le travail agricole et industriel
Annie BLETON-RUGET* (** Université de Bourgogne, UFR de sciences
humaines, 2 boulevard Gabriel, 21000 Dijon, e-mail : annie.ruget@libertysurf.fr)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 76, 2005, pp 29-48
Résumé - Cette contribution s'appuie sur une relecture d'une
enquête officielle sur le travail, décidée en mai 1848.
Elle examine le contexte dans lequel le projet prend naissance comme substitut
à la création, réclamée par les socialistes parisiens,
d'un ministère du Travail. Elle analyse les conceptions du travail qui
sont à l'oeuvre dans le questionnaire proposé et les effets attendus
de son administration au sein de commissions " paritaires " réunies
dans chaque chef lieu de canton sous l'autorité des juges de paix. L'examen
des débats autour de la mise en place de cette enquête permet de
montrer que loin d'être fortuits, les rapports travail/territoires sont
constitutifs des représentations du travail et des espoirs de réforme
sociale qui s'attachent à l'enquête. À terme, le choix d'étendre
l'enquête à l'ensemble du territoire national, pour contrer les
demandes parisiennes, et de retenir le canton comme circonscription susceptible
d'offrir les conditions d'une médiation sociale, a contribué à
vider le projet de ses objectifs premiers. Sous l'impulsion de la notabilité
provinciale, le travail ouvrier s'est trouvé immergé dans une
France rurale dont les défenseurs se sont employés à soutenir
une conception du travail agricole qui n'avait pas grand-chose à voir
avec le travail salarié.
Mots-clés : travail agricole, travail ouvrier, territoire, nation, canton, enquête.
Histoire de la dynamique territoriale de l'industrie.
Le rôle de la demande de travail
Francis AUBERT *, Carl GAIGNÉ ** (* ENESAD-CESAER, 26 bd du
Docteur Petitjean, BP 87999, 21079 Dijon cedex, e-mail : aubert@enesad.inra.fr
- ** INRA-CESAER, 26 bd du Docteur Petitjean, BP 87999, 21079 Dijon Cedex, e-mail
: gaigne@enesad.inra.fr)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 76, 2005, pp 49-70
Résumé - Cet article analyse l'évolution historique du rôle de la demande de travail dans la dynamique spatiale de l'industrie. Après avoir explicité les liens à l'espace des différentes composantes de la demande de travail, nous proposons une périodisation de l'évolution spatiale de l'industrie. Le début de l'industrie se manifeste par des formes de dispersion à la campagne où les ateliers profitent des avantages de coût et de flexibilité de la main-d'oeuvre. Dans une deuxième période, l'industrie crée le regroupement en dehors des villes historiques, comme points de fixation de la main-d'oeuvre ; puis elle réintègre la ville, afin de bénéficier des avantages d'un marché du travail dense et diversifié. Au cours de la troisième période, l'industrie s'établit à la périphérie des grandes villes, périphérie de plus en plus lointaine : des banlieues proches aux aires rurales les plus reculées où elle retrouve des formes de travail relativement détachées des marchés urbains.
Mots-clés : industrie, urbain, rural, travail, histoire économique.
Une industrie nouvelle en zone rurale : de la fabrique
d'une main-d'oeuvre à la fabrique de destins sociaux territorialisés
?
Pierre FOURNIER* (* Université d'Aix-Marseille I, Laboratoire
méditerranéen de sociologie, 29 avenue Robert Schuman, 13621 Aix-en-Provence
cedex 1, e-mail : pierre.fournier@up.univ-aix.fr)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 76, 2005, pp 71-92
Résumé - L'implantation d'une industrie nouvelle en zone rurale suscite mécaniquement une structuration de la main-d'oeuvre et une structuration de l'espace résidentiel suivant le type de logements construits pour l'accueillir. Si l'on se donne le temps d'observer ces structurations, on les voit s'infléchir sous l'effet des propriétés sociales de ceux dont elles organisent les conduites. Mais la lecture qu'en font les acteurs sociaux eux-mêmes ne change pas forcément. Il leur semble que les référents qu'ils prennent pour décider de leur action sont permanents, attachés au territoire d'installation. C'est cette perception du territoire qui est au coeur de notre article. Il s'appuie sur une enquête de terrain dans une zone marquée par l'implantation d'un site nucléaire. L'analyse d'une destinée familiale atypique révèle cet attachement ordinaire - et ordinairement invisible - des acteurs à des repères territorialisés : dans cette famille, la reproduction intergénérationnelle des positions sociales n'a pu se faire qu'au prix d'un éloignement du fils, vécu comme une crise. Cette crise ne provient pas d'un simple sentiment de trahison vis-à-vis d'une entreprise paternaliste peinant à assurer l'emploi des descendants, ni d'un ancrage familial profond pris à revers par une restructuration économique. Il apparaît plutôt, dans cette destinée, que le lien au territoire sert de médiatisation dans l'appréciation des destins sociaux par les acteurs impliqués.
Mots-clés : main-d'oeuvre, territoire, industrie nucléaire, trajectoire, mobilité sociale.
Un licenciement collectif et ses contrecoups
Nicolas RENAHY*, Cécile DÉTANG-DESSENDRE**, Séverine
GOJARD*** (* INRA-CESAER, 26 bd du Docteur Petitjean, BP 87999, 21079 Dijon
cedex et Laboratoire de sciences sociales (ENS/EHESS), e-mail : renahy@enesad.inra.fr
- ** INRA-CESAER, e-mail : detang@enesad.inra.fr
- *** INRA-CORELA, 65 bd de Brandebourg, 94205 Ivry-sur-Seine cedex et Laboratoire
de sciences sociales (ENS/EHESS), e-mail : gojard@ivry.inra.fr)
In : Cahiers d'Economie et Sociologie Rurales, n° 76, 2005, pp 93-115
Résumé - Si les conséquences des fermetures d'établissements industriels sur les licenciés sont relativement bien connues, celles qui sont relatives à l'extinction de systèmes locaux de formation professionnelle engendrée par ces fermetures le sont moins. Nous revenons ici sur un licenciement collectif advenu en 1981 dans un village ouvrier de l'est de la France. Une entreprise familiale d'environ 300 salariés avait pu se développer grâce à la mise en place de pratiques de sédentarisation des familles ouvrières, qui accédaient de manière familière au marché du travail. Au-delà du chômage des parents, l'arrêt brutal des activités industrielles dans la commune handicape l'accès des enfants à une première expérience professionnelle. S'opère alors une diffusion familiale du chômage, dont nous détaillons les mécanismes en utilisant des données quantitatives, parallèlement à une enquête ethnographique. Nous mesurons ainsi le poids de l'appartenance familiale dans l'accès au marché du travail, qu'il se fasse directement par une professionnalisation du jeune dans l'entreprise ou, par défaut, par un recours aux institutions d'encadrement du chômage.
Mots-clés : chômage, emploi industriel, accès au marché du travail, parenté.